Les antihistaminiques H1 sous forme de comprimés ou liquide aident-ils à améliorer les symptômes de l'eczéma chez les personnes utilisant déjà des traitements à base de crèmes ou des onguents ?

Problématique de la revue

Les antihistaminiques H1 (qui inhibent l'action des substances chimiques libérées lors d'une réaction allergique, appelées "histamines"), pris sous forme de comprimés ou liquide, sont-ils efficaces et sûrs chez les personnes de tout âge atteintes d'eczéma comparativement au traitement avec une substance inactive (placebo), lorsqu’ils sont administrés en plus des crèmes et onguents, ou sans ajout à ces derniers ?

Contexte

L'eczéma (aussi appelé "eczéma atopique/dermatite atopique") est un trouble cutané qui touche fréquemment les enfants et les adultes. Dans les pays développés, 10 à 20 % des personnes sont atteintes d'eczéma au cours de leur vie. Le principal symptôme consiste en des démangeaisons, entraînant des grattements, puis une inflammation de la peau, ce qui produit fréquemment des rougeurs. Les symptômes de l'eczéma peuvent causer de l'insomnie et de la fatigue, réduisant ainsi la qualité de vie. Les antihistaminiques sont souvent administrés pour soulager les démangeaisons (en particulier les antihistaminiques H1 pris par voie orale) et peuvent atténuer les symptômes de l'eczéma lorsqu'ils sont administrés en plus des traitements classiques appliqués directement sur la peau (p. ex. émollients, hydratants, crèmes aux stéroïdes), mais on ne pense pas que ces médicaments puissent guérir l’eczéma. De nombreux antihistaminiques sont disponibles sans ordonnance, par exemple, la cétirizine ou la loratadine. Bien que les antihistaminiques H1 soient souvent prescrits pour traiter l'eczéma, nous ne savons pas s'ils sont efficaces et sûrs.

Caractéristiques de l’étude

Nous avons cherché des études pertinentes jusqu'en date de mai 2018. Nous avons inclus 25 essais contrôlés randomisés avec 3285 participants de tous âges ayant reçu un diagnostic d'eczéma. Huit études portaient sur des enfants ou des adolescents et 17 sur des adultes. Le sexe des participants et la gravité des symptômes n'ont souvent pas été signalés. Toutes les études ont été menées dans des établissements de soins secondaires, y compris des cliniques hospitalières, des cliniques de recherche, des centres de dermatologie et des centres de chirurgie, ce qui signifie que les participants étaient susceptibles de souffrir d'eczéma plus grave que s’ils avaient été recrutés dans un premier point de contact (c'est-à-dire dans un établissement de soins primaires). Les antihistaminiques H1 ont été comparés à un placebo toutes les études, sauf une. Les chercheurs ont étudié 13 antihistaminiques H1 différents, dont la plupart étaient moins sédatifs (appelés "antihistaminiques de deuxième génération"). Les études ont duré entre trois jours et 18 mois. Sept essais ont reçu des financements de sociétés pharmaceutiques ; il s'agit des essais les plus importants inclus dans la présente revue.

Résultats principaux

Nous n'avons trouvé aucune preuve convaincante que les antihistaminiques H1 aident les patients atteints d'eczéma.

Une étude a comparé la cétirizine à 0,5 mg/kg/j à un placebo (chez des enfants sur une période de 18 mois). Aucune donnée n'a été fournie sur les symptômes de démangeaison associés à l'eczéma évalués par les patients. La cétirizine est probablement associée à moins d'événements indésirables (surtout légers) et à la nécessité d'administrer un peu moins d'antihistaminiques H1 pour prévenir les poussées. Même si les signes cliniques évalués par les médecins ont été réduits dans les deux groupes, les résultats ne montrent aucune différence entre les groupes (toutes les données probantes sont de qualité moyenne).

Comparativement au placebo, nous n'avons trouvé aucune preuve qu'une dose plus élevée de cétirizine à raison de 10 mg/j sur une période de quatre semaines puisse faire une différence en ce qui concerne les démangeaisons évaluées par le patient, le nombre d'effets secondaires, les signes évalués par le médecin ou le nombre de poussées d'eczéma mesuré par la dose utilisée (toutes ces données probantes sont de faible qualité). Les effets secondaires signalés dans les deux groupes comprenaient la somnolence, des problèmes cutanés, des problèmes respiratoires et des maux de tête.

Comparativement au placebo, la fexofénadine à 120 mg/j administrée à des adultes pendant une semaine réduit probablement légèrement les démangeaisons évaluées par le patient et permet également d’en diminuer les zones de façon plus importante, selon l'évaluation d'un médecin. Elle n’entraîne que peu ou pas de différence quant au nombre de patients atteints d’effets secondaires (surtout de la somnolence et des maux de tête) ou dans l'importance du traitement nécessaire comme indicateur du nombre de poussées d’eczéma (toutes les données probantes sont de qualité moyenne).

Nous n'avons trouvé aucune différence entre le placebo et la loratadine à raison de 10 mg/j administrée à des adultes pendant quatre semaines dans les cas de démangeaisons évaluées par le patient, d'apparition d'effets secondaires ou de signes d'eczéma évalués par un médecin (toutes les données probantes étaient de faible qualité). Le nombre de poussées d'eczéma n’a pas été mesuré dans cette étude. Les auteurs de l'étude n'ont signalé qu'un seul effet secondaire (folliculite), survenu avec le placebo.

Une seule étude a mesuré la qualité de vie, mais les résultats n'ont pas pu être analysés.

Qualité des données probantes

La valeur probante des données pour tous les critères de jugement dans l’ensemble des comparaisons clés variait de faible à modérée. Parmi les raisons justifiant un tel niveau de qualité, mentionnons les inquiétudes relatives à la façon dont les études ont été conduites et l'inclusion d'un trop petit nombre de participants, les résultats en ont donc été moins précis.

Conclusions des auteurs: 

D'après les principales comparaisons, nous n'avons pas trouvé de données probantes cohérentes sur l'efficacité des AH H1 comme traitement d'appoint de l'eczéma comparativement au placebo ; les données probantes pour cette comparaison étaient de qualité faible ou moyenne. Cependant, la fexofénadine entraîne probablement une légère amélioration du prurit évalué par le patient, sans différence significative dans la quantité de traitement utilisée pour prévenir les poussées d'eczéma. La cétirizine n’a pas donné de meilleurs résultats que le placebo pour ce qui est des signes cliniques évalués par le médecin et des symptômes évalués par le patient, et nous n'avons trouvé aucune preuve que la loratadine était plus bénéfique que le placebo, bien que toutes les interventions semblent sûres.

La qualité des données probantes était limitée en raison de la mauvaise conception des études et des résultats imprécis. Les futurs chercheurs devraient définir clairement l'état (évolution et gravité) et communiquer clairement leurs méthodes, en particulier la sélection et la randomisation des participants, les caractéristiques de base et les critères de jugement (selon l'initiative Harmoniser les mesures des critères de jugement dans les études sur l'eczéma).

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Contexte: 

Les symptômes de l'eczéma peuvent causer de l'insomnie et de la fatigue et avoir un impact important sur la qualité de vie. L'utilisation d'antihistaminiques H1 oraux (AH H1) comme traitement adjuvant aux agents topiques repose sur l'idée que les effets anti-inflammatoires des traitements topiques associés à l'action des AH H1 comme inhibiteurs aux récepteurs cutanés de l'histamine (pour réduire le prurit, symptôme principal de l’eczéma) pourraient amplifier ou intensifier l'effet du traitement. De plus, il serait contraire à l'éthique de comparer les AH H1 oraux utilisés seuls à l'absence de traitement, car le traitement topique est la prise en charge standard pour cette affection.

Objectifs: 

Évaluer les effets des antihistaminiques H1 oraux comme traitement d'appoint au traitement topique chez les adultes et les enfants atteints d'eczéma.

La stratégie de recherche documentaire: 

Jusqu'en mai 2018, nous avons effectué des recherches dans les bases de données suivantes : le registre spécialisé du Groupe Cochrane sur la peau, CENTRAL, MEDLINE, Embase et GREAT (Global Resource of EczemA Trials ; depuis sa création). Nous avons consulté cinq registres d'essais cliniques et vérifié les listes de références des études incluses et exclues pour trouver d'autres références à des essais cliniques comparatifs et randomisés (ECR) pertinents. Nous avons également recherché les résumés de quatre actes de conférences tenues entre 2000 et 2018.

Critères de sélection: 

Nous avons recherché des ECR évaluant les AH H1 par voie orale comme traitement d'appoint au traitement topique pour les personnes atteintes d'eczéma par rapport au traitement topique avec placebo ou à l’absence de traitement additionnel comme traitement d'appoint.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standards de Cochrane. Les principaux critères de jugement mesurés ont été les suivants : "changement moyen des symptômes d'eczéma évalués par le patient" et "proportion de participants ayant signalé des effets indésirables et des événements indésirables graves". Les critères de jugement secondaires étaient les suivants : "changement moyen des signes cliniques évalués par le médecin", "changement moyen de la qualité de vie " et "nombre de poussées d'eczéma".

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 25 études (3285 participants randomisés). Dix-sept études portaient sur 1344 adultes et huit sur 1 941 enfants. La plupart des études n'ont pas signalé la gravité de l'eczéma au départ, mais elles ont été menées dans des établissements de soins secondaires ; il est donc probable qu'elles aient recruté des patients atteints d'eczéma plus grave. La durée des essais était comprise entre trois jours et 18 mois. Les chercheurs ont étudié 13 traitements AH H1 différents. Nous n'avons pas pu procéder à la mise en commun des données en raison de la grande diversité des études en ce qui concerne la durée de l'intervention et les doses utilisées, le traitement topique concomitant et l'évaluation des critères de jugement. Le risque de biais n'était généralement pas clair, mais cinq études présentaient un risque élevé de biais dans un domaine (biais d'attrition, de sélection ou de déclaration). Une seule étude a mesuré la qualité de vie, mais les résultats étaient insuffisants pour une analyse statistique.

Bien qu’elle ait porté sur 17 comparaisons, cette revue est un résumé des résultats issus de trois comparaisons clés.

Cetirizine versus placebo

Une étude a comparé la cétirizine à 0,5 mg/kg/j à un placebo pendant 18 mois chez 795 enfants. Les auteurs de l'étude n'ont pas signalé séparément les symptômes d'eczéma évalués par le patient pour le prurit. La cétirizine est probablement associée à moins d'effets indésirables (surtout légers) (risque relatif (RR) de 0,68, intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,46 à 1,01) et à la nécessité d'utiliser un peu moins d’AH H1 comme indicateur du taux de poussées d'eczéma (P = 0,035 ; aucune autre donnée numérique n’a été fournie). Les signes cliniques évalués par le médecin (indice SCORAD (SCORing Atopic Dermatitis Index)) ont été réduits dans les deux groupes, mais la différence entre les groupes a été déclarée non significative (aucune valeur P fournie). Les données probantes pour cette comparaison étaient de qualité moyenne.

La cétirizine à 10 mg/j a été évaluée contre placebo dans une étude pendant quatre semaines chez 84 adultes. Les résultats ne montrent aucune différence entre les groupes quant aux symptômes de l'eczéma évalués par le patient (prurit mesuré dans le cadre de SCORAD ; aucune donnée numérique fournie), au nombre d'événements indésirables (RR 1,11, IC à 95 % : 0,50 à 2,45 ; qui étaient principalement la sédation, d’autres problèmes cutanés, des symptômes respiratoires ou des céphalées) ou aux changements des signes cliniques évalués par le médecin, à la quantité de traitements de secours topiques nécessaires ou au nombre d’applications comme indicateur des poussées d'eczéma (aucune donnée numérique fournie). Les éléments probants de cette comparaison étaient de faible qualité.

Fexofénadine versus placebo

Comparativement au placebo, la fexofénadine à 120 mg/j prise chez l'adulte pendant une semaine (une étude) entraîne probablement une légère réduction des symptômes de prurit évalués par le patient sur une échelle de 0 à 8 (différence moyenne (DM) -0,25, IC à 95 % -0,43 à -0,07 ; n = 400) et une réduction plus importante du rapport entre les surfaces atteintes par le prurit après l’évaluation d’un médecin et la surface corporelle totale (P = 0,007 ; aucune autre donnée numérique fournie) ; ces réductions pourraient toutefois ne pas être significatives sur le plan clinique. Les résultats suggèrent probablement qu’il y a peu sinon pas de différence dans les effets indésirables (surtout la somnolence et les céphalées) (RR 1,05, IC à 95 % : 0,74 à 1,50 ; n = 411) ni dans la quantité de butyrate d'hydrocortisone à 0,1 % utilisée (co-intervention dans les deux groupes) comme indicateur de poussée d’eczéma, mais aucune donnée numérique n'a été fournie. Les données probantes pour cette comparaison étaient de qualité moyenne.

Loratadine versus placebo

Une étude menée auprès de 28 adultes a comparé la loratadine à 10 mg/j prise sur 4 semaines à un placebo. Les chercheurs n'ont trouvé aucune différence entre les groupes en ce qui concerne le prurit évalué par le patient, mesuré selon une échelle visuelle analogique de 100 points (DM -2,30, IC à 95 % -20,27 à 15,67) ; la réduction des signes cliniques évalués par le médecin (SCORAD) (DM -4,10, IC à 95 % -13,22 à 5,02) ; ou les effets indésirables. Les auteurs de l'étude n'ont signalé qu'un seul effet secondaire (la folliculite avec le placebo) (RR 0,25, IC à 95 % : 0,01 à 5,76). Les éléments probants de cette comparaison étaient de faible qualité. Le nombre de poussées d'eczéma n'a pas été mesuré dans le cadre de cette comparaison.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Jean-Charles VINET et révisée par Cochrane France.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.