La chirurgie endoscopique des perforantes sous-fasciales (chirurgie des veines de jambe) aide-t-elle à guérir les ulcères de jambe veineux ?

Quel est l’objectif de cette revue ?

La chirurgie endoscopique des perforantes sous-fasciales (CEPS) consiste à couper et fermer les veines perforantes endommagées (vaisseaux sanguins qui relient les veines superficielles et profondes) de la jambe. L'objectif de cette étude était de déterminer si la CEPS peut aider à guérir les ulcères de jambe veineux (plaies cutanées à cicatrisation lente causées par une mauvaise circulation sanguine dans les veines des jambes). Nous avons recueilli et analysé tous les essais contrôlés randomisés pertinents (un type d'étude dans lequel les participants sont assignés à l'un de deux groupes de traitement ou plus au moyen d'une méthode aléatoire, qui fournit les données les plus fiables) pour répondre à cette question et avons identifié quatre études à inclure.

Messages principaux

Le bénéfice et l’innocuité de la CEPS pour le traitement des ulcères de jambe veineux est incertain, car les données recueillies ont une valeur probante faible voire très faible, et les participants aux études incluses étaient peu nombreux.

Quel était l’objet de la revue ?

Les ulcères de jambe veineux sont un problème de santé courant et coûteux. Ces plaies chroniques mettent souvent des mois à guérir et ont de grandes chances de réapparaître après la guérison. Les ulcères veineux de jambe peuvent être causés par des veines qui ne fonctionnent pas correctement, ce qui entraîne une circulation sanguine dans la mauvaise direction entre les veines superficielles et profondes de la jambe. Le sang qui ne s'écoule pas correctement provoque une augmentation de la pression et une inflammation, ce qui entraîne une rupture de la peau et une ulcération dans la partie inférieure de la jambe. La chirurgie endoscopique des perforantes sous-fasciales peut empêcher le sang de circuler dans la mauvaise direction en coupant et en refermant les veines qui relient les veines superficielles et profondes. Nous ne savons pas si la CEPS est plus efficace que d'autres options thérapeutiques telles que les bandes ou les bas de contention, qui sont le traitement standard des ulcères de jambe veineux. Nous avons donc vérifié si cette technique chirurgicale pouvait permettre aux ulcères de jambe veineux de guérir plus rapidement. Nous avons également vérifié si l'intervention chirurgicale avait entraîné des effets secondaires et si elle avait eu une incidence sur la qualité de vie des participants aux études, leur expérience de la douleur ou le temps qu’ils ont passé à l'hôpital et en soins infirmiers.

Quels sont les principaux résultats de la revue ?

Nous avons inclus quatre études dans la revue qui datent de 1997 à 2011 et qui ont comparé la CEPS à d'autres traitements des ulcères de jambe veineux. Les études ont porté sur un total de 322 participants, âgés de 30 à 82 ans, avec un nombre égal d'hommes et de femmes.

Deux études ont comparé la CEPS et les bas de contention aux bas de contention seuls ; une étude a comparé la CEPS à l’opération de Linton (un type de chirurgie ouverte des veines des jambes) ; et une étude a comparé la CEPS en plus de la chirurgie de la veine saphène (chirurgie de la veine superficielle la plus large de la jambe) à la chirurgie saphène seule.

Nous avons conclu que les données probantes sont insuffisantes pour déterminer si la CEPS donne de meilleurs, de pires ou les mêmes résultats que les traitements par compression pour ce qui est de la guérison des ulcères. La CEPS peut présenter un avantage en ce qui concerne la proportion d'ulcères guéris à 24 mois, mais les preuves à l'appui de cette hypothèse sont d'une faible certitude. On ne sait pas vraiment non plus si la CEPS, en tant que complément à la chirurgie saphène ou par rapport à l’opération de Linton, donne des résultats différents en matière de cicatrisation des ulcères veineux de la jambe. Aucune étude n'a fait état de la qualité de vie des participants à l'étude, des effets secondaires graves ou de leurs besoins en soins infirmiers à domicile.

Les quatre études étaient de petite envergure, les plus importantes comptant 200 participants et les trois autres, 75 participants ou moins. Ce facteur, conjugué à de mauvaises méthodes de conception d’étude, signifie que les données sur le rôle de la CEPS dans le traitement des ulcères de jambe veineux ont une valeur probante faible ou très faible. On ne sait donc pas vraiment si la CEPS est bénéfique ou sûre pour le traitement des ulcères de jambe veineux, et d'autres études de bonne qualité sur des échantillons de plus grande taille sont susceptibles de modifier les conclusions de cette étude.

Cette revue est-elle à jour ?

Nous avons recherché toutes les études publiées jusqu'en mars 2018.

Conclusions des auteurs: 

Le rôle de la CEPS dans le traitement des ulcères de jambe veineux demeure incertain. Seuls des éléments probants de faible ou très faible certitude étaient disponibles. En raison de la petite taille des échantillons et du risque de biais dans les études incluses, nous n'avons pas été en mesure de déterminer les avantages et les inconvénients potentiels de la CEPS dans cette indication. Seulement quatre études répondaient à nos critères d'inclusion, trois étaient très petites et une n’a pas correctement rapporté ses résultats. D'autres études de bonne qualité portant sur le recours à la CEPS dans la prise en charge des ulcères de jambe veineux sont susceptibles de modifier les conclusions de cette revue.

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Contexte: 

Les ulcères de jambe veineux sont complexes, coûteux et leur prévalence devrait augmenter avec le vieillissement de la population. La mauvaise circulation est une cause possible des ulcères de jambe veineux, que la chirurgie endoscopique des perforantes sous-fasciales (CEPS) tente de traiter en éliminant les connexions entre les veines profondes et superficielles (veines perforantes). L'efficacité de la CEPS dans le traitement des ulcères de jambe veineux n'est toutefois pas établie.

Objectifs: 

Évaluer les avantages et les inconvénients de la chirurgie endoscopique des perforantes sous-fasciales (CEPS) pour le traitement des ulcères veineux de la jambe.

La stratégie de recherche documentaire: 

En mars 2018, nous avons fait des recherches dans le registre spécialisé du groupe de travail Cochrane sur les plaies ; le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) ; Ovid MEDLINE (y compris les références en cours et autres références non indexées) ; Ovid Embase et EBSCO CINAHL Plus. Nous avons également fait des recherches dans les registres d'essais cliniques pour trouver des études en cours et non publiées, et examiné les bibliographies des études incluses, des revues, méta-analyses et rapports sur les technologies de la santé pour trouver d'autres études. Aucune restriction n’a été appliquée concernant la langue, la date de publication ou le contexte de l'étude.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) d'interventions qui ont étudié l'utilisation de la CEPS indépendamment ou en association avec une autre intervention pour le traitement des ulcères de jambe veineux.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont sélectionné indépendamment les études à inclure, extrait les données, évalué le risque de biais et évalué la valeur probante des données à l'aide de al méthode GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus quatre ECR avec un total de 322 participants. Il y avait trois comparateurs différents : CEPS plus traitement de compression versus traitement de compression seul (deux essais) ; CEPS versus procédure de Linton (un type de chirurgie ouverte) (un essai) ; et CEPS plus chirurgie saphène versus chirurgie saphène (un essai). L’âge des participants variait de 30 à 82 ans, avec une répartition égale d'hommes et de femmes. Tous les essais ont été menés en milieu hospitalier avec des durées de suivi variables, allant de 18 mois à 6 ans. Un essai comprenait des participants qui avaient à la fois des ulcères guéris et des ulcères actifs, et les autres ne comprenaient que des participants ayant des ulcères actifs.

Tous les essais présentaient un risque de biais de reporting et trois essais présentaient un risque de biais d’exécution et de détection. Les participants au quatrième essai ont reçu l'une des deux interventions chirurgicales et cette étude présentait un faible risque de biais d’exécution et de détection.

CEPS + traitement de compression versus traitement de compression (2 études ; 208 participants)

Il pourrait y avoir une augmentation de la proportion d'ulcères guéris à 24 mois chez les personnes traitées par la CEPS et le traitement par compression comparativement au traitement par compression seul (risque relatif (RR) 1,17, intervalle de confiance à 95 % (IC) 1,03 à 1,33 ; 1 étude ; 196 participants) ; données de faible valeur probante (revue deux fois à la baisse, une pour risque de biais et une fois pour imprécision).

On ne sait pas si la CEPS réduit le risque de récidive d'ulcère à 24 mois (RR 0,85, IC à 95 % : 0,26 à 2,76 ; 2 études ; 208 participants ; 2 études) ; données de très faible valeur probante (revue trois fois à la baisse, deux fois pour imprécision importante et une fois pour risque de biais).

Les essais inclus n'ont pas mesuré ni rapporté les critères de jugement suivants : délai de guérison, qualité de vie (QVLS), événements indésirables, douleur, durée de l'hospitalisation et besoins en soins infirmiers de ville.

CEPS versus opération de Linton (1 étude ; 39 participants)

On ne sait pas s'il y a une différence dans la guérison des ulcères à 24 mois entre les participants traités par la CEPS et ceux traités par la procédure de Linton (RR 0,95, IC à 95 % : 0,83 à 1,09 ; 1 étude ; 39 participants) ; données de très faible valeur probante (revue trois fois à la baisse, deux fois pour imprécision importante et une fois pour risque de biais).

Il n'est pas certain non plus qu'il y ait une différence de risque de récidive à 60 mois : (RR 0,47, IC à 95 % : 0,10 à 2,30 ; 1 étude ; 39 participants) ; données de très faible valeur probante (revue trois fois à la baisse, deux fois pour imprécision importante et une fois pour risque de biais).

Il est possible que la procédure de Linton soit associée à un plus grand nombre d'événements indésirables que la CEPS (RR 0,04, IC à 95 % : 0,00 à 0,60 ; 1 étude ; 39 participants ; 1 étude) ; données de très faible valeur probante (revue trois fois à la baisse, deux fois pour imprécision importante et une fois pour risque de biais).

Les critères de jugement suivants : le délai de guérison, la QVLS, la douleur, la durée de l'hospitalisation et les besoins en soins infirmiers de ville n'ont pas été mesurés, ni rapportés ou bien les données n'étaient pas disponibles pour analyse.

CEPS + chirurgie saphène versus chirurgie saphène (1 étude ; 75 participants)

On ne sait pas s'il existe une différence dans la guérison des ulcères à 12 mois entre les participants traités par la CEPS et la chirurgie saphène et ceux traités par la chirurgie saphène seule (RR 0,96, IC à 95 % : 0,64 à 1,43 ; 1 étude : 22 participants) ; données de très faible valeur probante (revue trois fois à la baisse, deux fois pour imprécision importante et une fois pour risque élevé de biais de reporting).

Il n'est pas certain non plus qu'il y ait une différence dans le risque de récidive à 12 mois : (RR 1,03, IC à 95 % : 0,15 à 6,91 ; 1 étude ; 75 participants) ; données de très faible valeur probante (revue trois fois à la baisse, deux fois pour imprécision importante et une fois pour risque élevé de biais de reporting).

Enfin, nous ne savons pas s'il y a une augmentation des événements indésirables dans le groupe CEPS (RR 2,05, IC à 95 % : 0,86 à 4,90 ; 1 étude ; 75 participants) ; données de très faible valeur probante (revue trois fois à la baisse, deux fois pour imprécision importante et une fois pour risque élevé de biais de reporting).

Les critères de jugement suivants : le délai de guérison, la QVLS, les effets indésirables graves, la douleur, la durée de l'hospitalisation et les besoins en soins infirmiers de ville n'ont pas été mesurés, ni rapportés ou bien les données n'étaient pas disponibles pour analyse.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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