Biomarqueurs urinaires pour le diagnostic non invasif de l'endométriose

Problématique de la revue

Quelle est la précision des tests urinaires pour détecter l'endométriose ? Un test urinaire peut-il être suffisamment précis pour remplacer ou réduire le besoin de chirurgie dans le diagnostic de l'endométriose ?

Contexte

Les femmes atteintes d'endométriose ont du tissu endométrial (tissu qui tapisse l'utérus et qui se détache pendant les règles) qui se développe hors de l'utérus dans la cavité pelvienne. Ce tissu réagit aux hormones reproductrices, provoquant des règles douloureuses, des douleurs chroniques dans la partie basse de l’abdomen et des difficultés à concevoir. Actuellement, la seule façon fiable de diagnostiquer l'endométriose est d'effectuer une chirurgie laparoscopique et de visualiser les dépôts endométriaux dans l'abdomen. La chirurgie étant risquée et coûteuse, nous avons évalué la capacité des tests urinaires à détecter l'endométriose de façon non invasive. Un test d'urine précis pourrait mener au diagnostic d'endométriose sans qu'il soit nécessaire de recourir à une intervention chirurgicale ; ou pourrait réduire la nécessité d’un diagnostic chirurgical, de sorte que seules les femmes les plus susceptibles d’être atteintes d’une endométriose en auraient besoin. D'autres méthodes non invasives de diagnostic de l'endométriose à l'aide de tests sanguins, endométriaux, combinés et d’examens d'imagerie sont évaluées dans des revues Cochrane distinctes de cette série.

Caractéristiques des études

Les données probantes comprises dans cette revue sont à jour jusqu'au mois de juillet 2015. Nous avons inclus huit études impliquant la participation de 646 personnes. Toutes les études ont évalué des femmes en âge de procréer qui subissaient une chirurgie diagnostique pour étudier les symptômes de l'endométriose ou pour d'autres indications. Cinq études ont évalué la précision diagnostique de quatre biomarqueurs urinaires, dont trois biomarqueurs qui se sont exprimés différemment chez les femmes selon qu’elles étaient atteintes ou non d’endométriose, et une étude n'a révélé aucune différence entre les deux groupes. Trois autres études ont simplement identifié trois biomarqueurs qui ne permettaient pas de distinguer les deux groupes.

Résultats principaux

Aucun des biomarqueurs évalués, notamment la cytokératine 19 (CK 19), l'énolase 1 (NNE), la protéine de liaison à la vitamine D (VDBP) et le profil des peptides urinaires, n'a été examiné dans suffisamment d'études pour que l’on ait une idée pertinente de la précision des tests. Aucun des tests n'était assez précis pour remplacer la chirurgie diagnostique. Plusieurs études ont identifié des biomarqueurs qui pourraient être utiles pour diagnostiquer l'endométriose, mais trop peu de rapports sont disponibles pour être certain de leur utilité diagnostique. Les données probantes ne sont pas suffisantes pour que l’on puisse recommander l'utilisation d'un biomarqueur urinaire dans la pratique clinique pour le diagnostic de l'endométriose.

Valeur probante des données

Dans l’ensemble, les rapports étaient de faible qualité méthodologique et les analyses d'urine n'ont été évaluées que dans de petites études isolées.

Recherches futures

D’autres essais expérimentaux de bonne qualité sont nécessaires pour évaluer avec précision le potentiel des biomarqueurs urinaires, dont un petit nombre d'études suggèrent qu’ils pourraient avoir une utilité dans le diagnostique de l'endométriose.

Conclusions des auteurs: 

Les données probantes étaient insuffisantes pour recommander l’analyse de biomarqueurs urinaires comme test de remplacement ou de triage pour le diagnostic de l'endométriose dans la pratique clinique. Plusieurs biomarqueurs urinaires pourraient avoir un potentiel diagnostique, mais nécessitent une évaluation approfondie avant d'être introduits dans la pratique clinique courante. La laparoscopie demeure la méthode de référence pour le diagnostic de l'endométriose, et l’analyse de biomarqueurs urinaires pour le diagnostic d'endométriose ne devrait être effectuée que dans un contexte de recherche.

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Contexte: 

Environ 10 % des femmes en âge de procréer souffrent d'endométriose, une maladie chronique coûteuse qui provoque des douleurs pelviennes et une infertilité. La laparoscopie est le test diagnostique de référence pour l'endométriose, mais elle est coûteuse et comporte des risques chirurgicaux. Actuellement, aucun test simple non invasif ou peu invasif permettant de diagnostiquer avec précision l'endométriose n’est disponible dans la pratique clinique.

Objectifs: 

1. Fournir des estimations sommaires de la précision des biomarqueurs urinaires pour le diagnostic de l'endométriose pelvienne par rapport au diagnostic chirurgical comme méthode de référence.

2. Évaluer l'utilité diagnostique des biomarqueurs qui pourraient permettre de faire la distinction entre l'endométriome ovarien et d’autres masses ovariennes.

Les biomarqueurs urinaires ont été évalués comme examens de remplacement pour la chirurgie diagnostique et comme tests de triage pour guider les décisions concernant la chirurgie de l'endométriose.

La stratégie de recherche documentaire: 

Les recherches n'ont pas été limitées à des conceptions d'étude, des langues ou des dates de publication spécifiques. Nous avons effectué des recherches dans les bases de données suivantes entre le 20 avril et le 31 juillet 2015 : CENTRAL, MEDLINE, EMBASE, CINAHL, PsycINFO, Web of Science, LILACS, OAIster, TRIP et ClinicalTrials.gov (registre d’essais). Nous avons également fait des recherches dans MEDION, DARE et PubMed afin d’identifier les revues et lignes directrices considérées comme références permettant de trouver d’autres études potentiellement pertinentes. Nous avons également recherché des articles récemment publiés et qui n’ont pas encore été indexés dans les principales bases de données. La stratégie de recherche comprenait des mots dans le titre, les résumés, des termes dans l’article et le « Medical Subject Heading » (MeSH) et a été modifiée pour chaque base de données.

Critères de sélection: 

Nous avons examiné des études publiées revues par des pairs, de toute taille, contrôlées et randomisées ou transversales, qui comprenaient des échantillons prélevés prospectivement sur des populations de femmes en âge de procréer suspectées de présenter une ou plusieurs des affections cibles suivantes : endométriose ovarienne, péritonéale ou profonde infiltrante. Nous avons inclus des études qui comparaient la précision du test diagnostique d'un ou plusieurs biomarqueurs urinaires à la visualisation chirurgicale des lésions endométriosiques.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont recueilli et évalué de façon indépendante la qualité des données de chaque étude. Pour chaque test diagnostique, les données ont été classées comme positives ou négatives pour la détection chirurgicale de l'endométriose et des estimations de sensibilité et de spécificité ont été calculées. Si deux ou plusieurs tests ont été évalués dans la même cohorte, chacun a été considéré comme un ensemble de données distinct. Le modèle bivarié a été utilisé pour obtenir des estimations groupées de la sensibilité et de la spécificité lorsque des ensembles de données suffisants étaient disponibles. Les critères prédéterminés pour un test d'urine cliniquement utile pour remplacer une chirurgie diagnostique étaient une sensibilité de 94 % et une spécificité de 79 % pour détecter l'endométriose. Les critères pour les tests de triage ont été fixés à une sensibilité égale ou supérieure à 95 % et une spécificité égale ou supérieure à 50 %, excluant le diagnostic en cas de résultat négatif (test SnOUT) ou à une sensibilité égale ou supérieure à 50 % avec une spécificité égale ou supérieure à 95 %, posant le diagnostic en cas de résultat positif (test SpIN).

Résultats principaux: 

646 personnes ont participé aux huit études incluses, qui, pour la plupart, étaient de faible qualité méthodologique. Les biomarqueurs urinaires ont été évalués soit dans une phase spécifique du cycle menstruel, soit indépendamment de la phase du cycle. Cinq études ont évalué la performance diagnostique de quatre biomarqueurs urinaires pour l'endométriose, dont trois ayant permis de distinguer les femmes atteintes ou non d’endométriose (énolase 1 [NNE] ; protéine de liaison à la vitamine D [VDBP] ; et profil peptidique urinaire) et un biomarqueur (cytokératine 19 [CK19]) qui n’a montré aucune différence significative entre les deux groupes. Tous ces biomarqueurs ont été évalués dans de petites études isolées et n'ont pas pu être évalués statistiquement de façon pertinente. Aucun des biomarqueurs ne répondait aux critères d'un examen de remplacement ou d'un test de triage. Trois études ont évalué trois biomarqueurs qui ne permettaient pas de distinguer les femmes atteintes d'endométriose des témoins sains.

Notes de traduction: 

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