Tests de dépistage pour le syndrome de Down dans les 24 premières semaines de grossesse

Contexte
Le syndrome de Down (également connu sous le nom de Trisomie 21) est un trouble génétique incurable qui provoque d'importants problèmes de santé mentale et physique et des incapacités. Cependant, il existe une variation importante dans la manière dont le syndrome de Down affecte les personnes. Certaines sont gravement affectées, alors que d'autres ont des problèmes légers et peuvent mener une vie relativement normale. Il n'existe aucun moyen de prédire à quel point un bébé peut être affecté.

Les futurs parents se voient proposer des tests pour le syndrome de Down pendant la grossesse pour être assistés dans la prise de décision. Si une mère porte un bébé avec le syndrome de Down, la décision doit être prise quant à interrompre ou poursuivre la grossesse. Les informations offrent aux parents la possibilité de planifier leur vie avec un enfant atteint du syndrome.

Les tests les plus précis de dépistage de la Trisomie 21 impliquent l'analyse du liquide autour du bébé (une amniocentèse) ou des tissus du placenta (le prélèvement de villosités choriales (PVC)) pour les chromosomes anormaux associés au syndrome de Down. Ces deux tests impliquent l'insertion d'aiguilles à travers l'abdomen de la mère et sont connus pour augmenter le risque de fausse couche. Par conséquent, les tests ne sont pas adaptés pour être proposés à toutes les femmes enceintes. Des tests de mesure des marqueurs dans le sang de la mère, l'urine ou sur les échographies du bébé sont plutôt utilisées pour le dépistage. Ces tests de dépistage ne sont pas parfaits, ils peuvent parfois rater des cas de syndrome de Down et également donner des résultats de tests "à risque élevé" à un certain nombre de femmes dont les bébés ne sont pas affectés par ce syndrome. Par conséquent, les grossesses identifiées comme étant à "risque élevé" après utilisation de ces tests de dépistage nécessitent des tests supplémentaires à l'aide d'une amniocentèse ou du PVC pour confirmer un diagnostic du syndrome de Down.

Méthode
L'objectif de cette revue était de déterminer quels sont les tests urinaires de dépistage réalisés au cours des 24 premières semaines de grossesse les plus précis pour prédire le risque qu'une grossesse soit affectée par le syndrome de Down. Nous avons examiné sept marqueurs d'urine différents qui peuvent être utilisés seuls, en rapports ou en association et pris avant 24 semaines de gestation, ce qui donne 24 tests de dépistage du syndrome de Down. Nous avons trouvé 19 études, impliquant 18 013 grossesses, dont 527 étaient affectées par ce syndrome.

Résultats
Pour les 24 premières semaines de grossesse, les preuves ne permettent pas de recommander l'utilisation de tests d'urine pour le dépistage du syndrome de Down. La quantité de preuves est limitée. Ces tests ne sont pas proposés dans la pratique clinique courante.

D'autres informations importantes à considérer
Les tests d'urine en eux-mêmes n'ont pas d'effets indésirables pour la mère. Cependant, certaines femmes, qui ont un résultat de test de dépistage indiquant un "risque élevé" et sur qui on procède à une amniocentèse ou un PVC, risquent de faire une fausse couche d'un bébé non trisomique. Les parents devront soupeser ce risque lorsqu'ils choisiront de faire ou non une amniocentèse ou un PVC à la suite d'un résultat de test de dépistage indiquant un "risque élevé".

Conclusions des auteurs: 

Les tests impliquant le fragment ß-core du deuxième trimestre et l'œstriol avec l'âge maternel sont significativement plus sensibles que le marqueur unique du fragment ß-core du deuxième trimestre combiné à l'âge de la mère, cependant, il y avait peu d'études. Il existe un manque de preuves disponibles pour soutenir l'utilisation de tests d'urine pour le dépistage du syndrome de Down dans la pratique clinique lorsque des alternatives sont disponibles.

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Contexte: 

Le syndrome de Down survient quand une personne a trois copies du chromosome 21, ou de la zone spécifique du chromosome 21 impliquée dans le déclenchement du syndrome de Down, au lieu de deux. Elle est la cause congénitale la plus courante de déficience mentale et conduit également à de nombreux problèmes métaboliques et structurels. Cela peut menacer le pronostic vital, ou conduire à des problèmes de santé importants, bien que certaines personnes aient uniquement des problèmes légers et peuvent mener une vie relativement normale. Avoir un bébé avec le syndrome de Down peut avoir un impact significatif sur la vie familiale. Le risque qu'un syndrome de Down affecte la grossesse augmente avec un age maternel de plus en plus avancé.

Le dépistage non-invasif basé sur l'analyse biochimique du sérum maternel ou de l'urine, ou des mesures à ultrasons du fœtus, permet d'estimer le risque qu'une grossesse soit affectée et fournit des informations pour orienter les décisions concernant les tests définitifs. Avant d'accepter de passer les tests de dépistage, les parents doivent être totalement informés des risques, des bénéfices et des éventuelles conséquences d'un tel test. Cela comprend des choix ultérieurs pour d'autres tests auxquels ils pourraient être confrontés par la suite, et les implications de tests de dépistage résultant en faux positifs et en faux négatifs (c'est-à-dire un test diagnostique invasif et la possibilité de fausse couche d'un fœtus chromosomiquement normal). Les décisions auxquelles les futurs parents peuvent avoir à faire face engendrent inévitablement un niveau élevé d'anxiété à tous les stades du processus de dépistage, et les résultats du dépistage peuvent être associés à une morbidité physique et psychologique importante. Aucun test de dépistage ne peut prédire la gravité des problèmes qu'une personne souffrant du syndrome de Down aura.

Objectifs: 

Estimer et comparer la précision des marqueurs d'urine des premier et second trimestres pour le dépistage du syndrome de Down.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches de littérature sensibles et exhaustives dans MEDLINE (de 1980 au 25 août 2011), EMBASE (de 1980 au 25 août 2011), BIOSIS via EDINA (de 1985 au 25 août 2011), CINAHL via OVID (de 1982 au 25 août 2011), la base des résumés des revues systématiques hors Cochrane (DARE, The Cochrane Library 2011, numéro 7), MEDION (25 août 2011), la base de données des revues systématiques et méta-analyses en médecine de laboratoire (25 août 2011), le National Research Register (archive de 2007), la base de données des projets de recherche en cours des services de santé (25 août 2011). Nous avons examiné les références bibliographiques et les articles de revue publiés.

Critères de sélection: 

Etudes évaluant les tests d'urine de la mère chez les femmes jusqu'à 24 semaines de gestation pour le syndrome de Down, comparés à une référence, soit par vérification chromosomique soit par examen postnatal macroscopique.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons extrait les données sous forme de résultats de test positif ou de test négatif pour des grossesses affectées ou non affectées par le syndrome de Down, permettant l'estimation des taux de détection (sensibilité) et des taux de faux positifs (spécificité 1). Nous avons effectué une évaluation de la qualité conformément aux critères QUADAS (Evaluation de la qualité des études sur la précision des critères diagnostiques). Nous avons utilisé les méthodes méta-analytiques par modélisation de la courbe ROC de synthèse pour analyser la performance des tests et comparer la précision des tests. Nous avons procédé à une analyse des études permettant une comparaison directe entre les tests. Nous avons étudié l'impact de l'âge de la mère sur la performance des tests dans les analyses en sous-groupes.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 19 études portant sur 18 013 grossesses (dont 527 avec le syndrome de Down). Les études étaient généralement de bonne qualité, bien que la vérification différentielle fut commune, avec un test invasif uniquement effectué pour des grossesses à haut risque. Vingt-quatre combinaisons de tests ont été évaluées, formées par la combinaison des sept marqueurs différents suivants, avec et sans l'âge de la mère : AFP (alpha-fœtoprotéine), ITA (antigènes de trophoblaste invasif), fragment ß-core , ß-hCG libre (bêta-gonadotrophine chorionique humaine), hCG total, œstriol, peptides de gonadotrophine et différents rapports de marqueurs. Les stratégies évaluées incluaient trois tests doubles et sept tests simples avec l'âge de la mère, et un test triple, deux doubles et 11 simples sans l'âge de la mère. Douze des 19 études évaluaient uniquement la performance d'une stratégie de test unique , tandis que les sept autres évaluaient au moins deux stratégies de tests. Deux combinaisons de marqueurs ont été évaluées dans plus de quatre études ; le fragment ß-core du deuxième trimestre (six études), et le fragment ß-core du deuxième trimestre avec l'âge de la mère (cinq études).

Dans les comparaisons directes de tests, pour un taux de faux positifs de 5 % (FPR), la précision diagnostique du test combinant deux marqueurs, le fragment ß-core du deuxième trimestre et l'œstriol, avec l'âge de la mère était significativement meilleure (rapport des cotes diagnostique (RCD) : 2,2 (intervalle de confiance à 95 % (IC) 1,1 à 4,5), P = 0,02) (sensibilité globale de 73 % (IC 57 à 85) à une valeur seuil de 5 % FPR) que celle de la stratégie de test du marqueur unique du fragment ß-core du deuxième trimestre et de l'âge de la mère (sensibilité globale de 56 % (IC 45 à 66) à une valeur seuil de 5 % FPR), mais n'était pas significativement meilleure (RCD : 1,5 (0,8 à 2,8), P = 0,21) que celle de la stratégie de test du rapport du fragment ß-core du deuxième trimestre à l'œstriol combiné avec l'âge de la mère (sensibilité globale de 71 % (IC 51 à 86) à une valeur seuil de 5 % FPR).

Notes de traduction: 

Post-édition : Pauline Villemant (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.