L'insertion d'un implant contraceptif peu après l'accouchement

Question de la revue

Les auteurs de la revue Cochrane ont comparé les taux d'initiation (mise en place), l'efficacité et les effets secondaires de l'insertion d'un implant contraceptif (un implant ayant pour rôle d'empêcher de tomber enceinte) immédiatement après l'accouchement par rapport à une pose retardée à la visite post-partum.

Contexte

Espacer temporellement plusieurs grossesses a un impact positif sur la santé à la fois des femmes enceintes et des nouveau-nés. Les implants contraceptifs sont une méthode de contraception hautement efficace à base de progestérone. Normalement, un implant contraceptif est proposé à la première visite post-partum (généralement au bout de six semaines). Cependant, certaines femmes ne viennent pas à cette visite, ou ont des rapports sexuels avant cette visite de contrôle. L'insertion d'un implant contraceptif après l'accouchement, mais avant la sortie de l'hôpital mérite d'être considéré ; il est pratique en termes de temps et de contexte et peut accroître le nombre de femmes utilisant cette méthode.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons recherché des études randomisées jusqu'au 28 octobre 2016. Nous avons cherché à déterminer si l'insertion d'implants contraceptifs immédiatement après l'accouchement ou lorsque les femmes reviennent pour le premier contrôle post-partum affecte l'utilisation de cette méthode de contraception. Nous avons inclus trois études portant sur un total de 410 femmes.

Principaux résultats

L'utilisation d'un implant contraceptif était plus élevée lorsque celui-ci était inséré immédiatement après l'accouchement plutôt que lorsqu'il était inséré quatre à six semaines plus tard. Il semble n'y avoir que peu ou pas de différences entre les groupes au niveau du taux de personnes continuant d'utiliser des implants contraceptifs au bout de 6 mois. Il était difficile de savoir s'il y avait une différence entre les groupes au niveau de la poursuite de l'utilisation des contraceptifs à 12 mois ou au niveau du taux de grossesses non désirées au bout de 12 mois.

Bien que les saignements vaginaux et d'autres effets indésirables durant les six premières semaines après l'accouchement, tels que les nausées, la perte de cheveux, l'hirsutisme, les maux de tête, et l'acné semblent être plus fréquents chez les femmes ayant reçu cette intervention quelques jours après l'accouchement, plutôt que de quatre à six semaines plus tard, ce résultat n'est cependant pas définitif car toutes les participantes savaient la nature de l'intervention qu'elles recevaient (l'intervention n'était pas cachée ou les participantes « mises en aveugle ») et ces effets indésirables n'étaient pas évalués objectivement. Il était difficile de savoir s'il y avait une différence entre les groupes au bout de 12 mois au niveau des saignements vaginaux importants et irréguliers ou des crampes sévères, des taux de grossesses non désirées, ou dans les mesures de la satisfaction des participants. De même, il n'y avait aucune différence claire dans les taux d'allaitement au bout de 6 mois. Les études incluses ont été menées aux États-Unis, et la généralisation de ces résultats à d'autres contextes ou populations doit être réalisée avec prudence.

Qualité des preuves

Dans l'ensemble, la qualité des preuves était très faible à modérée. Les principales limitations étaient les imprécisions et le risque de biais (lié à l'absence de mise en aveugle et à l'attrition). D'autres essais contrôlés randomisés de bonne qualité, et bien conçus permettraient d'offrir des informations supplémentaires.

Conclusions des auteurs: 

Les preuves issues de cette revue indiquent que les taux d'initiation d'implants contraceptifs lors de la première visite de contrôle post-partum étaient plus élevés lors de l'insertion postpartum immédiate plutôt qu'avec l'insertion différée. Il semble n'y avoir que peu ou pas de différences entre les groupes au niveau des taux de poursuite d'utilisation des implants contraceptifs utilisés au bout de 6 mois. Il était difficile de savoir s'il y avait une différence entre les groupes au niveau de la poursuite de l'utilisation des contraceptifs à 12 mois ou dans les taux de grossesses non désirées au bout de 12 mois.

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Contexte: 

Espacer temporellement les grossesses a un impact positif sur la santé de la mère et du nouveau-né. L'implant contraceptif progestatif, une méthode de contraception réversible à longue durée d'action, a un faible taux d'échec bien établi qui est similaire à la stérilisation tubaire. L'offre standard de méthodes de contraception lors de la première visite post-partum peut mener certaines femmes à risquer des grossesses indésirées, soit en raison de la perte de suivi ou suite à des rapports sexuels avant de recevoir un moyen contraceptif. Ainsi, l'offre immédiate de contraceptifs hautement efficaces avant la sortie de l'hôpital pourrait améliorer la prévalence d'utilisation des contraceptifs et prévenir des grossesses indésirées.

Objectifs: 

Comparer les taux d'initiation (mise en place), l'efficacité et les effets secondaires de l'insertion immédiate ou retardée d'un implant contraceptif en post-partum.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons recherché des études éligibles jusqu'au 28 octobre 2016 dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE, Embase, et POPLINE. Nous avons examiné les articles de revue et contacté des investigateurs. Nous avons également consulté des registres d'essais cliniques en cours, les bibliographies des études incluses, des ouvrages clés de la littérature grise et des revues systématiques précédentes pour identifier des études potentiellement pertinentes.

Critères de sélection: 

Nous avons recherché des essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l'insertion immédiate à l'insertion retardée d'implants contraceptifs en post-partum.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs (JS et YW) ont indépendamment passé au crible les titres et les résumés des résultats de la recherche et évalué les articles complets des études potentiellement pertinentes pour l'inclusion. Ils ont extrait les données des études incluses, évalué le risque de biais, comparé leurs résultats et résolu les désaccords par la discussion avec un troisième auteur de la revue (PL ou SK). Nous avons contacté des investigateurs pour obtenir des données supplémentaires, lorsque cela était possible. Nous avons calculé le risque relatif (RR) de Mantel-Haenszel avec des intervalles de confiance à 95 % (IC) pour les résultats binaires et la différence moyenne (DM) avec des IC à 95 % pour les variables continues.

Résultats principaux: 

Trois études incluant 410 participants remplissaient les critères d'inclusion de la revue. Nous n'avons pas identifié d'essais en cours. Deux études incluses étaient à faible risque de biais de sélection, d'attrition et de biais de notification, mais étaient à risque élevé de biais de performance et de détection en raison de l'incapacité à masquer les participants à l'intervention. Une étude incluse était à risque élevé de biais d'attrition. La qualité globale des preuves pour chaque comparaison allait de très faible à modérée ; les principales limitations étaient le risque de biais et les imprécisions.

Les taux d'initiation des implants contraceptifs lors de la première visite de contrôle post-partum étaient significativement plus élevés dans le groupe de l'insertion immédiate comparé au groupe de l'insertion différée (RR 1,41, IC à 95 % 1,28 à 1,55 ; trois études, 410 participants ; preuves de qualité modérée).

Il semble n'y avoir que peu ou pas de différences entre les groupes dans les taux de continuation des implants contraceptifs utilisés au bout de six mois après l'insertion (RR 1,02, IC à 95 % 0,93 à 1,11 ; deux études, 125 participants ; preuves de faible qualité) ou à 12 mois après l'insertion (RR 1,04 ; IC à 95 % 0,81 à 1,34 ; une étude, 64 participants ; preuves de très faible qualité)

Les femmes ayant reçu un implant contraceptif inséré immédiatement en postpartum avaient un plus grand nombre moyen de jours de saignements vaginaux anormaux dans les six semaines postpartum (DM 5,80 jours, IC à 95 % 3,79 à 7,81 ; une étude, 215 participants ; preuves de faible qualité) et un taux plus élevé d'autres effets secondaires dans les six premières semaines après l'accouchement (RR 2,06, IC à 95 % 1,38 à 3,06 ; une étude, 215 participants ; preuves de faible qualité) par rapport à celles ayant réalisé une insertion post-partum différée. Il semble n'y avoir que peu ou pas de différences entre les groupes au niveau des fortes hémorragies vaginales irrégulières, ou des crampes sévères associées au bout de 12 mois (RR 1,01, IC à 95 % 0,72 à 1,44, une étude, 64 participants  ; preuves de très faible qualité).

Il était difficile de savoir s'il y avait des différences entre les groupes en termes de scores de satisfaction des participants sur une échelle de 0 à 10 (DM -0,40, IC à 95 % -1,26 à 0,46, preuves de faible qualité), ou dans les taux de grossesses non désirées (RR 1,82, IC à 95 % 0,38 à 8,71, 1 ECR, 64 femmes, preuves de très faible qualité) au bout de 12 mois, ou en termes de taux d'allaitement maternel à six mois (RR 2,01, IC à 95 % 0,72 IC 5,63, 1 ECR, 64 femmes, preuves de très faible qualité) ; les taux ne différaient pas significativement entre les groupes.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Martin Vuillème et révisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.