Les antiseptiques dans le soin des brûlures

Problématique de la revue

Nous avons examiné les preuves pour savoir si les antiseptiques sont sûrs et efficaces pour le traitement des plaies des brûlures.

Contexte

Les plaies causées par des brûlures mènent à de nombreuses complications et décès dans le monde. Les personnes ayant des plaies causées par des brûlures sont particulièrement vulnérables aux infections. Les antiseptiques limitent la croissance des micro-organismes tels que les bactéries. Ceux-ci peuvent être appliqués sur les plaies causées par des brûlures, sous forme de pansements ou en nettoyage de la plaie, ce qui pourrait aider à prévenir les infections et favoriser la cicatrisation des plaies. Nous voulions découvrir si des antiseptiques étaient plus efficaces que d'autres types de traitements, ou si un antiseptique peut être plus efficace que d'autres, pour réduire le nombre d'infections et accélérer la cicatrisation.

Caractéristiques de l’étude

En septembre 2016, nous avons cherché des essais contrôlés randomisés (ECR) concernant des traitements antiseptiques pour les brûlures. Nous avons inclus 56 études avec 5807 participants. La plupart des participants étaient des adultes dont les brûlures récentes au deuxième degré représentaient moins de 40 % de leur surface corporelle totale. Parmi les antiseptiques utilisés : ceux à base d'argent, de miel, d'iode, de chlorhexidine ou de polyhexanide (biguanides). La plupart des études ont comparé les antiseptiques à un antibiotique topique (appliqué sur la peau). Un plus petit nombre d'études ont comparé les antiseptiques à un traitement non antibactérien ou à un autre antiseptique.

Résultats principaux

La majorité des études ont comparé les traitements antiseptiques avec la sulfadiazine d'argent (SSD), un antibiotique topique couramment utilisé dans le traitement des brûlures. Il existe des preuves de faible qualité qui mettent en évidence que certains antiseptiques peuvent potentiellement accélérer le temps moyen de cicatrisation par rapport à la SSD. Il existe également des preuves de certitude modérée que les brûlures traitées avec du miel guérissent probablement plus rapidement que celles traitées avec des antibiotiques topiques. La plupart des autres comparaisons n'ont pas montré de différence tranchée entre les antiseptiques et les antibiotiques.

Certaines preuves indiquent que les brûlures traitées au miel guérissent plus rapidement (preuve de haute certitude) et sont plus susceptibles de guérir (preuve de certitude modérée) que celles qui ont reçu une gamme de traitements non antibactériens, dont certains étaient non conventionnels. Les brûlures traitées avec des antiseptiques comme l'argent nanocristallin ou la merbromine peuvent potentiellement guérir plus rapidement en moyenne que celles traitées avec de la gaze vaselinée ou d'autres traitements non antibactériens (preuve de certitude modérée ou faible). Les comparaisons de deux antiseptiques différents ont été limitées, mais le temps moyen de cicatrisation peut potentiellement être légèrement plus rapide pour les plaies traitées à la povidone iodée qu’à la chlorhexidine (preuve peu certaine). Peu de participants aux études ont éprouvé des effets secondaires graves, mais ceux-ci n’étaient pas toujours rapportés. Les résultats ne nous permettent pas d'être certains des différences dans les taux d'infection. La mortalité était faible là où elle a été signalée.

Qualité des données probantes

La plupart des études n'ont pas été bien rapportées, il est donc difficile de savoir s'il y a un risque de biais. Dans de nombreux cas, une seule étude (souvent de petite envergure) fournit toutes les preuves des effets comparatifs des différents traitements, et certaines études similaires ont donné des résultats contradictoires. Lorsqu'il existe des données probantes de certitude moyenne ou élevée, les cliniciens doivent déterminer si les données probantes de la comparaison sont pertinentes pour leurs patients.

Ce résumé en langage simplifié est à jour en septembre 2016.

Conclusions des auteurs: 

Il était souvent difficile de savoir si les antiseptiques étaient associés à une différence dans la guérison, les infections ou sur d’autres critères. Lorsqu'il existe des données probantes de certitude moyenne ou élevée, les décideurs doivent tenir compte de l'applicabilité des données probantes de la comparaison à leurs patients. Les rapports étaient médiocres, à tel point que nous ne sommes pas convaincus que la plupart des essais cliniques sont exempts de tout risque de biais.

Lire le résumé complet...
Contexte: 

Les brûlures causent des taux élevés de morbidité et de mortalité dans le monde entier. Les personnes atteintes de brûlures sont particulièrement vulnérables aux infections ; plus de 75 % des décès par brûlures (après réanimation initiale) résultent d'une infection. Les antiseptiques sont des agents topiques qui agissent pour prévenir la croissance des micro-organismes. Une large gamme est utilisée dans le but de prévenir l'infection et de favoriser la cicatrisation des brûlures.

Objectifs: 

Évaluer les effets et l'innocuité des antiseptiques pour le traitement des brûlures dans tout contexte de soins.

La stratégie de recherche documentaire: 

En septembre 2016, nous avons procédé à des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les plaies et contusions, le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), Ovid MEDLINE, Ovid MEDLINE (In-Process & Other Non-Indexed Citations), Ovid Embase et EBSCO CINAHL. Nous avons également effectué des recherches dans trois registres d'essais cliniques, les références bibliographiques des études incluses et des revues systématiques pertinentes. Il n'y avait aucune restriction concernant la langue, la date de publication ou le contexte de l'étude.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus les essais contrôlés randomisés (ECR) ayant recruté des personnes présentant des plaies causées par des brûlures et ayant évalué l'utilisation d'un traitement topique ayant des propriétés antiseptiques.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont effectué indépendamment la sélection des études, l'évaluation du risque de biais et l'extraction des données.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 56 ECR avec 5807 participants randomisés. Presque tous les essais présentaient une méthodologie mal rapportée, il n’est donc pas clair s'ils présentaient un risque élevé de biais. Dans de nombreux cas, les principaux critères de jugement de la revue, la cicatrisation et l’infection, n’étaient pas rapportés ou l’étaient de façon incomplète.

La plupart des essais ont recruté des personnes souffrant de brûlures récentes, décrites comme des brûlures du deuxième degré et représentant moins de 40 % de la surface corporelle totale ; la plupart des participants étaient des adultes. Les agents antiseptiques évalués étaient : ceux à base d'argent, le miel, l'Aloe Vera, l'iode, la chlorhexidine ou le polyhexanide (biguanides), l'hypochlorite de sodium, la merbromine, le lactate d'éthacridine, le nitrate de cérium et Arnebia euchroma. La plupart des études ont comparé l'antiseptique à un antibiotique topique, principalement la sulfadiazine d'argent (SSD) ; d'autres ont comparé l'antiseptique à un traitement non antibactérien ou un autre antiseptique. La plupart des données probantes ont été évaluées comme étant peu ou très peu sûres, souvent en raison de l'imprécision résultant du faible nombre de participants, du faible taux d'événements, ou des deux, souvent dans le cadre d'études individuelles.

Les antiseptiques par rapport aux antibiotiques topiques

Par rapport à l'antibiotique topique SSD, il existe des preuves de faible certitude que, en moyenne, il n'existe aucune différence claire dans le risque de la cicatrisation (chances de cicatrisation au fil du temps), entre les antiseptiques à base d'argent et la SSD (HR 1,25, IC à 95 % 0,94 à 1,67 ; I2= 0 % ; 3 études ; 259 participants) ; les antiseptiques à base d'argent pourraient, en moyenne, augmenter le nombre de guérisons sur 21 ou 28 jours de suivi (RR de 1,17, IC à 95 % 1,00 à 1,37 ; I2= 45 % ; 5 études ; 408 participants) et pourraient, en moyenne, réduire le temps moyen de la cicatrisation (différence de moyenne -3,33 jours ; IC à 95 % -4,96 à -1,70 ; I2= 87 % ; 10 études ; 979 participants).

Il existe des preuves de certitude modérée indiquant que, en moyenne, les brûlures traitées avec du miel sont probablement plus susceptibles de guérir au fil du temps par rapport aux brûlures traitées avec des antibiotiques topiques (HR 2,45, IC à 95 % 1,71 à 3,52 ; I 2= 66 % ; 5 études ; 140 participants).

Certaines données d’un faible niveau de certitude issues d'essais cliniques individuels montrent que l'hypochlorite de sodium pourrait, en moyenne, réduire légèrement le temps moyen de guérison par rapport à la SSD (différence de moyenne -2,10 jours, IC à 95 % -3,87 à -0,33, 10 participants (20 brûlures)) tout comme la merbromine comparativement à la sulfadiazine zinc (différence de moyenne -3,48 jours, IC à 95 % -6,85 à -0,11, 50 participants concernés). D'autres comparaisons avec des preuves de certitude faible ou très faible n'ont pas révélé de différences claires entre les groupes.

La plupart des comparaisons n'ont pas fourni de données sur l'infection. D'après les données disponibles, nous ne pouvons pas avoir la certitude que les traitements antiseptiques augmentent ou réduisent le risque d'infection par rapport aux antibiotiques topiques (preuve de très faible certitude).

Antiseptiques contre antiseptiques alternatifs

Il pourrait y avoir une certaine réduction du temps moyen de cicatrisation des plaies traitées à la povidone iodée comparativement à la chlorhexidine (DM - 2,21 jours, IC à 95 % : 0,34 à 4,08). D'autres éléments de preuve n'ont pas montré de différences claires et sont d'une certitude faible ou très faible.

Les antiseptiques par rapport à des comparateurs sans propriétés antibactériennes

Nous avons trouvé des preuves de haute certitude que le traitement des brûlures au miel, en moyenne, réduisait le temps moyen de guérison par rapport aux traitements non antibactériens (différence de moyenne -5,3 jours, IC à 95 % -6,30 à -4,34 ; I2 = 71 % ; 4 études ; 1156 participants) mais cette comparaison comprenait certains traitements non classiques comme la membrane amniotique et la peau de pomme de terre. Il existe des preuves d'une certitude modérée que le miel augmente probablement aussi la probabilité de guérison des plaies avec le temps comparativement aux traitements antibactériens non conventionnels (HR 2,86, IC à 95% 1,60 à 5,11 ; I2 = 50% ; 2 études ; 154 participants).

Il existe des preuves de certitude modérée qu'en moyenne, les brûlures traitées avec des pansements d'argent nanocristallin ont probablement un temps moyen de guérison légèrement plus court que celles traitées avec du gaze vaselinée (différence de moyenne -3,49 jours, IC à 95 % -4,46 à -2,52 ; I2 = 0 % ; 2 études, 204 participants), mais des preuves peu certaines qu'il peut y avoir peu ou aucune différence dans le nombre de guérisons à 14 jours entre les brûlures traitées avec une xénogreffe d'argent ou une gaze de paraffine (RR 1,13, IC à 95 % 0,59 à 2,16 1 étude ; 32 participants). D'autres comparaisons représentaient des éléments de preuve dont la certitude était faible ou très faible.

Il n'est pas certain que les taux d'infection chez les personnes atteintes de brûlures et traitées avec des antiseptiques à base d'argent ou de miel diffèrent de ceux des traitements non antimicrobiens (preuve de très faible certitude). Il n'y a probablement pas de différence dans les taux d'infection entre un traitement à base d'iode et une pommade humide pour brûlure exposée (preuve de certitude modérée). Il n'est pas certain non plus que les taux d'infection diffèrent pour la SSD plus le nitrate de cérium par rapport à la SSD seule (preuve de faible certitude).

La mortalité était faible là où elle a été signalée. La plupart des comparaisons ont fourni des preuves peu certaines qu'il peut y avoir peu ou pas de différence entre de nombreux traitements. Il peut potentiellement y avoir moins de décès dans les groupes traités avec du nitrate de cérium plus la SSD comparativement à la SSD seule (RR 0,22, IC à 95 % : 0,05 à 0,99 ; I2 = 0 %, 2 études, 214 participants) (preuve de faible certitude).

Notes de traduction: 

Post-édition : Meriem Naimi - Révision : Lou Rey (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

Tools
Information
Share/Save

Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.