Les aminoadamantanes par rapport à d'autres médicaments antiviraux pour le traitement de l'hépatite C chronique

Contexte

Le virus de l'hépatite C est principalement transmis par contact avec du sang infecté. L'infection chronique par le virus de l'hépatite C touche environ 3 % de la population mondiale et progresse lentement. La plupart des patients consultent sans symptômes, ou présentent des symptômes tels que de la fatigue ou une morbidité liée au foie. Souvent, le diagnostic de la maladie se fait par coïncidence en raison des résultats de laboratoire anormaux. Environ 5 % à 40 % de tous les patients infectés développeront de graves dommages au foie, ce qui peut provoquer des morbidités sévères liées au foie et finalement la mort. Le traitement actuel comporte l’interféron alpha pégylé et la ribavirine, et dans certains sous-groupes de patients ces agents sont combinés avec du télaprévir ou du bocéprévir, ou d'autres antiviraux à action directe. Chez environ 70 % des patients atteints d'hépatite C chronique, il est possible d'éradiquer le virus dans le sang, mais les effets cliniques ne sont pas connus. Les aminoadamantanes (un autre groupe de médicaments antiviraux), principalement l'amantadine, ont été testés dans plusieurs essais cliniques. Les auteurs ont déjà réalisé une revue systématique de l'amantadine face à un placebo ou à l'absence d'intervention et n'ont trouvé aucun effet significatif de l'amantadine.

Questions de la revue et caractéristiques des études

Seule l'amantadine a été testée dans des essais cliniques randomisés incluant des participants atteints d'hépatite C chronique. Le principal objectif de ces essais était d'étudier si l'amantadine en tant que traitement unique ou en combinaison avec d'autres thérapies antivirales, comparée à un placebo ou à l'absence d'intervention (avec ou sans traitement antiviral), pourrait augmenter la proportion de patients atteignant l'éradication du virus dans le sang. Cette revue évalue si l'amantadine par rapport à d'autres médicaments antiviraux a un effet bénéfique ou nocif chez les patients atteints d'hépatite C chronique. Les essais comparaient l'amantadine avec la ribavirine, le mycophénolate mofétil, l'interféron alpha ou l’interféron gamma. Les principaux critères de jugement étaient le critère composite de la mortalité toutes causes confondues ou la morbidité liée au foie et les événements indésirables. Cette revue comprend six essais cliniques randomisés avec un total de 581 patients.

Principaux résultats et qualité des preuves

Tous les essais inclus étaient à risque élevé de biais. Cette revue n'a pas permis de démontrer les avantages ou les inconvénients de l'amantadine sur la mortalité toutes causes confondues ou la morbidité liée au foie et sur les événements indésirables, mais les données étaient rares. En comparaison avec la ribavirine, l'amantadine semblait conduire à davantage de participants qui ne parviennent pas à atteindre une réponse virologique soutenue (c’est-à-dire, l'ARN du virus de l'hépatite C indétectable dans le sérum par des tests de sensibilité six mois après la fin du traitement). Cette différence peut être réelle ou observée en raison de biais (erreurs systématiques), mais elle ne semble pas être due au hasard (erreurs aléatoires), puisque l'analyse séquentielle des essais a confirmé le résultat. En comparaison avec le mycophénolate mofétil, l'amantadine semblait être moins efficace dans l'obtention d'une réponse virologique à la fin du traitement. En comparaison avec l'interféron alpha ou gamma, l'amantadine n'a pas semblé offrir de bénéfices. En conséquence, les preuves issues de cette revue ne permettent pas de recommander l'utilisation clinique systématique de l'amantadine. Par conséquent, il est probablement plus efficace d’examiner les effets d'autres antiviraux à action directe dans le domaine de l'hépatite C que de procéder à des essais cliniques randomisés supplémentaires sur l'amantadine. Nous n'avons trouvé aucun essai clinique randomisé évaluant d'autres aminoadamantanes, par exemple la rimantadine.

Conclusions des auteurs: 

Cette revue systématique a identifié des preuves de très faible qualité pour les principaux critères de jugement de la mortalité toutes causes confondues ou de la morbidité hépatique et des événements indésirables chez les patients atteints d'hépatite C chronique traités avec l'amantadine en comparaison avec la ribavirine, le mycophenolate, l'interféron alpha ou l’interféron gamma. Le laps de temps pour mesurer le résultat composite était insuffisant dans les essais inclus. Il y avait des preuves de faible qualité que l'amantadine a conduit à une augmentation du nombre de participants qui n'ont pas réussi à atteindre une réponse virologique soutenue par rapport à la ribavirine. Cette observation peut être réelle ou due à des erreurs systématiques (biais), mais elle ne semble pas être causée par les erreurs aléatoires (jeux de hasard). En raison de la faible qualité des preuves, nous ne sommes pas en mesure de déterminer définitivement si l'amantadine est moins efficace que d'autres antiviraux chez les patients atteints d'hépatite C chronique. Comme il semble peu probable que de futurs essais évaluant l'amantadine ou potentiellement d'autres aminoadamantanes chez les patients atteints d'hépatite C chronique obtiennent des bénéfices solides, il est probablement préférable de se concentrer sur l’évaluation d’autres médicaments antiviraux à action directe. Nous n'avons trouvé aucune preuve évaluant d'autres aminoadamantanes dans des essais cliniques randomisés permettant de recommander ou de déconseiller leur utilisation.

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Contexte: 

L'infection par le virus de l'hépatite C touche environ 3 % de la population mondiale, ou environ 160 millions de personnes. Une proportion variable (5 % à 40 %) des personnes infectées développent des symptômes cliniques. Par conséquent, le virus de l'hépatite C est une cause majeure de morbidité et de mortalité hépatique, les séquelles cliniques dominantes étant la fibrose hépatique, la cirrhose du foie en phase terminale et le carcinome hépatocellulaire. La thérapie combinée avec l'interféron alpha pégylé (peg) et la ribavirine permet d'obtenir une réponse virologique soutenue (c’est-à-dire, l'ARN du virus de l’hépatite C indétectable dans le sérum par des tests de sensibilité six mois après la fin du traitement) chez environ 40 % à 80 % des patients traités, selon le génotype virale. Récemment, une nouvelle classe de médicaments a émergé pour l'infection par le virus de l'hépatite C, les antiviraux d'action directe, qui, en association avec un traitement standard ou seuls, peuvent conduire à une réponse virologique soutenue chez 80 % ou davantage des patients traités. Les aminoadamantanes, principalement l'amantadine, sont des médicaments antiviraux utilisés pour le traitement des patients atteints d'hépatite C chronique. Nous avions déjà réalisé une revue systématique de l'amantadine contre un placebo ou l'absence d'intervention et n’avions trouvé aucun effet significatif de l'amantadine sur la mortalité toutes causes confondues ou la morbidité hépatique et sur les événements indésirables chez les patients atteints d'hépatite C. Dans l’ensemble, nous n'avons pas observé un effet significatif de l'amantadine sur la réponse virologique soutenue. Dans cette revue, nous avons systématiquement examiné les aminoadamantanes par rapport à d'autres médicaments antiviraux.

Objectifs: 

Évaluer les effets bénéfiques et nocifs des aminoadamantanes par rapport à d'autres médicaments antiviraux pour les patients atteints d'une infection chronique par le virus de l'hépatite C en réalisant une revue systématique avec méta-analyses et analyses séquentielles d'essais cliniques randomisés.

La stratégie de recherche documentaire: 

Le registre des essais contrôlés du groupe Cochrane sur les affections hépato-biliaires (de 1996 à décembre 2013), le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (numéro 11 sur 12, 2013), MEDLINE (de 1946 à décembre 2013), EMBASE (de 1974 à décembre 2013), Science Citation Index Expanded (de 1900 à décembre 2013), le système d'enregistrement international des essais cliniques de l'OMS (www.who.int/ictrp), Google Scholar et Eudrapharm jusqu'à décembre 2013. En outre, des recherches plein texte ont été menées jusqu'en décembre 2013.

Critères de sélection: 

Essais cliniques randomisés évaluant des aminoadamantanes chez les participants atteints d'une infection chronique par le virus de l'hépatite C.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont extrait les données de façon indépendante. Nous avons utilisé RevMan pour effectuer l'analyse statistique des données dichotomiques au moyen du risque relatif (RR) avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Des domaines méthodologiques ont été utilisés pour évaluer le risque d'erreurs systématiques (biais). Nous avons utilisé une analyse séquentielle des essais pour évaluer le risque d'erreurs aléatoires (effet de hasard).

Résultats principaux: 

Six essais cliniques randomisés portant sur 581 participants atteints d'hépatite C chronique ont été inclus. Tous les essais présentaient un risque élevé de biais. Les essais inclus comparaient l'amantadine par rapport à d'autres médicaments antiviraux : la ribavirine, le mycophénolate mofétil, l'interféron alpha ou l’interféron gamma. Le traitement antiviral standard (interféron alpha, interféron alpha et ribavirine, ou peg-interféron alpha) était administré de manière égale aux groupes d’intervention et aux groupes témoins dans cinq essais, selon la date à laquelle l'essai avait été réalisé. Quatre essais ont comparé l'amantadine versus la ribavirine. Il n'y a eu aucun décès ou morbidité hépatique dans les deux groupes d'intervention (0/216 (0 %) versus 0/211 (0 %) ; 4 essais ; qualité des preuves très faible). La plus faible estimation des risques d'événements indésirables (graves) entraînant un arrêt du traitement avec l'amantadine était imprécise (RR de 0,56, IC à 95 % de 0,27 à 1,16 ; sur la base de 10/216 (5 %) versus 18/211 (9 %) participants dans 4 essais ; qualité des preuves très faible). Il y avait plus de participants en échec de réponse virologique soutenue dans le groupe recevant l'amantadine que dans le groupe recevant de la ribavirine (206/216 (96 %) versus 176/211 (84 %) ; RR 1,14, IC à 95 % de 1,07 à 1,22, 4 essais ; données de faible qualité). Par rapport à la ribavirine, l'amantadine échouait plus souvent à atteindre une réponse biochimique en fin de suivi (41/46 (89 %) versus 31/46 (67 %) ; RR 1,31, IC à 95 % de 1,05 à 1,63 ; 2 essais ; qualité des preuves très faible). Un essai comparait l'amantadine versus le mycophénolate mofétil. Il n'y avait aucune différence significative entre les deux groupes de traitement, sauf que l'amantadine était inférieure au mycophénolate mofétil concernant le critère de jugement d’échec d’une réponse virologie en fin de traitement (données de faible qualité). Un essai avait comparé l'amantadine par rapport à l'interféron alpha ou l’interféron gamma. Les deux comparaisons n'ont montré aucune différence significative dans les résultats du traitement (très faible qualité des preuves). Les effets observés pourraient être dus à des effets réels, des erreurs systématiques (biais), ou des erreurs aléatoires (jeux de hasard). La possible influence du hasard sur l'effet observé est due au fait que des analyses séquentielles d'essais n'ont pas pu confirmer nos résultats. Nous n'avons pas pu effectuer de méta-analyses sur l'échec d'une amélioration histologique et la qualité de vie en raison d'un manque de données valides dans toutes les comparaisons d'essais.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.