Traitement non chirurgical de la sténose de la colonne vertébrale accompagnée de douleur à la jambe

Question de la revue

Nous avons passé en revue les preuves sur l'efficacité des traitements non chirurgicaux chez les personnes souffrant de douleur à la jambe causée par la pression sur les nerfs dans la colonne vertébrale.

Contexte

Si le canal de l'épendyme devient étroit et fait pression sur les nerfs (sténose de la colonne vertébrale), il peut provoquer une douleur dans les jambes ou les fesses (claudication neurogène). La sténose de la colonne vertébrale est traitée par une diversité de méthodes non chirurgicales, incluant des analgésiques et d'autres médicaments, des injections dans la colonne vertébrale, de l'exercice physique, la physiothérapie et les traitements similaires. Nous voulions découvrir si l'utilisation de méthodes non chirurgicales a été plus ou bien moins efficace que d'autres options possibles.

Caractéristiques des études

Nous avons inclus 21 essais contrôlés randomisés ayant comparé des traitements non chirurgicaux à un placebo, à l'absence de traitement, ou à la chirurgie. Tous les participants souffraient de douleur à la jambe et avaient eu un diagnostic confirmé de sténose de la colonne lombaire. Il y avait 1 851 personnes, âgées en moyenne de 50 ans, équitablement réparties entre les hommes et les femmes. La période de suivi variait d'une semaine à six ans. Cette recherche est à jour jusqu'à juin 2012.

Principaux résultats

Globalement, la revue suggère que la chirurgie est plus efficace pour soulager la douleur que les traitements non chirurgicaux.

Médicaments à prendre par la bouche. Les résultats d'un petit essai sur chacune des prostaglandines (comparées les unes aux autres), la gabapentine (comparée à un placebo), et la vitamine B1 (comparée à une diversité de traitements) ont suggéré des améliorations de la douleur et de la distance de marche. Certains problèmes digestifs ont été rapportés avec les deux médicaments dans l'essai sur les prostaglandines ; et certaines personnes dans l'essai sur la gabapentine ont signalé des étourdissements et une somnolence.

Injections péridurales. Deux petits essais ont démontré des améliorations à court terme de la douleur et de la qualité de vie (jusqu'à deux semaines) et deux autres n'ont révélé aucune différence comparativement aux injections de placebo. Aucun essai n'a rapporté de mauvaises réactions ou de problèmes.

Injections de calcitonine. Six petits essais ont indiqué que la calcitonine n'est pas plus efficace que le paracétamol ou le placebo. Un certain nombre de personnes ont indiqué qu'elles s'étaient senties malades ou avaient développé une éruption cutanée.

Approches mixtes comparées à la chirurgie. Cinq essais ont comparé les résultats de la chirurgie aux résultats d'une diversité de traitements non chirurgicaux. Un essai a trouvé que, après deux ans, il n'y avait aucune différence entre les traitements s'agissant de la douleur. Les quatre autres essais ont trouvé que la chirurgie avait soulagé la douleur davantage que les traitements non chirurgicaux pendant différentes périodes de temps, mais pas nécessairement la capacité de marche. Entre 5 % et 18 % ont souffert d'effets secondaires indésirables à la suite de la chirurgie, et certains étaient graves.

Kinésithérapie. Quatre petits essais, incluant tous une certaine forme d'exercice physique, n'ont pas réussi à démontrer une amélioration de la capacité à marcher après la kinésithérapie. Les résultats d'un essai sur chacune des prostaglandines ont suggéré que l'exercice physique est plus efficace que l'absence de traitement pour la douleur à la jambe, et que la marche sur tapis roulant et le vélo d'intérieur produisent des résultats limités comparables.

Qualité des preuves / qualité des données

Les conclusions de tous les essais dans cette étude étaient fondées sur des preuves de qualité faible ou très faible. Les schémas des études étaient médiocres, ou bien elles ne fournissaient pas suffisamment de données sur ce qui a été fait. Ce qui signifie que nous ne pouvons pas avoir confiance dans la fiabilité des résultats, et que d'autres recherches pourraient aussi bien parvenir à une conclusion différente.

Conclusions des auteurs: 

Les preuves de qualité modérée et de grande qualité en faveur du traitement non chirurgical font défaut, ce qui empêche par conséquent d'émettre toute recommandation pour éclairer la pratique clinique. Compte tenu de l'augmentation exponentielle prévue de la prévalence de la sténose de la colonne lombaire accompagnée de claudication neurogène, il est urgent d'effectuer des essais de grande qualité et à grande échelle.

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Contexte: 

La sténose de la colonne lombaire accompagnée de claudication neurogène est l'une des maladies de la colonne vertébrale les plus couramment diagnostiquées et traitées. Elle touche fréquemment la population âgée.

Objectifs: 

Examiner systématiquement les preuves de l'efficacité du traitement non chirurgical de la sténose de la colonne lombaire accompagnée de claudication neurogène.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué une recherche dans les bases de données CENTRAL, MEDLINE, CINAHL, et Index to Chiropractic Literature (ICL) jusqu'à juin 2012.

Critères de sélection: 

Les essais contrôlés randomisés publiés en anglais, dans lesquels au moins un bras de traitement a fourni des données sur les traitements non chirurgicaux

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standard prévues par The Cochrane Collaboration. Le risque de biais dans chaque étude a été indépendamment évalué par deux auteurs de la revue à l'aide des 12 critères recommandés par le Groupe thématique Cochrane sur les douleurs lombaires (Furlan 2009). Les résultats dichotomiques étaient exprimés sous la forme de risques relatifs (RR), les résultats continus sous la forme de différence moyenne ou de différence moyenne standardisée ; l'incertitude était exprimée avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Lorsque cela était possible, une méta-analyse a été effectuée, sinon les résultats étaient présentés par une description qualitative. Le système GRADE a été utilisé pour évaluer la qualité des preuves.

Résultats principaux: 

Parmi les 8 635 références bibliographiques passées au crible, 56 textes intégraux d'articles ont été évalués et 21 essais (1 851 participants) ont été inclus. Il existait des preuves de très faible qualité issues de six essais indiquant que la calcitonine n'est pas plus efficace que le placebo ou le paracétamol, quel que soit le mode d'administration ou le résultat évalué. Parmi les petits essais individuels, il y avait des preuves de faible qualité en faveur des prostaglandines, et des preuves de très faible qualité en faveur de la gabapentine ou de la méthylcobalamine indiquant qu'elles avaient amélioré la distance de marche. Il existait des preuves de très faible qualité issues d'un essai individuel indiquant que les injections de stéroïdes épiduraux avaient amélioré la douleur, la fonction et la qualité de vie, jusqu'à deux semaines, comparativement aux exercices physiques à domicile ou à la kinésithérapie en milieu hospitalier. Il existait des preuves de faible qualité issues d'un essai individuel indiquant que les exercices physiques entraînent un effet bénéfique sur la douleur à la jambe et la fonction comparativement à l'absence de traitement. Il existait des preuves de faible qualité et de très faible qualité issues de six essais indiquant que le traitement non chirurgical multimodal est moins efficace que la décompression chirurgicale indirecte ou directe avec ou sans fusion. Une méta-analyse de deux essais comparant la décompression directe avec ou sans fusion à la prise en charge non chirurgicale multimodale n'a révélé aucune différence significative de la fonction à six mois (différence moyenne (DM) -3,66, IC à 95 % -10,12 à 2,80) et à un an (DM -6,18, IC à 95 % -15,03 à 2,66), mais à 24 mois, une différence significative a été détectée en faveur de la décompression (DM -4,43, IC à 95 % -7,91 à -0,96).

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.