L'ajout de plerixafor à G-CSF pour la mobilisation de cellules souches en vue d'une greffe autologue chez les personnes atteintes de certains cancers du sang

Question de la revue

Nous avons examiné la littérature existante concernant l'efficacité et l'innocuité du plerixafor ajouté aux facteurs de stimulation des colonies de granulocytes (G-CSF) versus G-CSF seuls pour la mobilisation de cellules souches chez les personnes atteintes d'un lymphome malin ou de myélome multiple, qui sont des cancers du sang.

Contexte

Le lymphome malin peut être défini en deux catégories : le lymphome hodgkinien et le lymphome non hodgkinien. Il affecte généralement les ganglions lymphatiques et le système lymphatique. Le myélome multiple est un cancer de la moelle osseuse. Une option de traitement efficace pour le lymphome non hodgkinien et le myélome multiple est une chimiothérapie à haute dose suivie d'une greffe de cellules souches autologues. Dans une greffe autologue, les cellules souches sont recueillies dans le sang du patient avant la chimiothérapie à haute dose. Elles doivent être mobilisées à partir de la moelle osseuse dans le sang. Un agent couramment utilisé pour la mobilisation de cellules souches est le G-CSF. De récentes études ont suggéré que l'ajout d'un nouvel agent, le plerixafor (qui était initialement développé pour le traitement de l'infection par le VIH), au G-CSF pourrait permettre de collecter davantage de cellules souches et ainsi augmenter la probabilité de réussite de la greffe après la chimiothérapie.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons effectué des recherches dans plusieurs bases de données médicales et identifié quatre essais contrôlés randomisés qui répondaient à nos critères d'inclusion. Deux des quatre études ont été interrompues prématurément en raison de leur faible recrutement (14 participants) et n'ont pas donné de résultats. Nous n'avons donc pas pu les inclure dans notre analyse statistique. Les deux essais publiés que nous avons analysé incluaient 600 participants atteints de myélome multiple et de lymphome non hodgkinien. Dans les deux études, le groupe expérimental avait reçu du G-CSF et du plerixafor par voie sous-cutanée, et le groupe témoin avait reçu du G-CSF associé à un placebo. Les deux essais étaient parrainés par Genzyme, le fabricant du plerixafor.

Résultats principaux

Nous avons été en mesure de réaliser une méta-analyse des données issues de ces deux études concernant les critères de jugement de la mortalité au bout de 12 mois, la réussite de la collecte de cellules souches et les événements indésirables.

Nous n'avons trouvé aucune preuve d'une différence entre le plerixafor et le groupe placebo pour les critères de jugement de la mortalité au bout de 12 mois, et les événements indésirables lors de la période de mobilisation de cellules souches.

La méta-analyse a montré un avantage pour les participants randomisés au plerixafor pour le critère de jugement de réussite de la collecte de cellules souches. En outre, dans les deux études, le temps de recueil d’un nombre de cellules souches défini était significativement plus court dans le groupe plerixafor que dans le groupe sous placebo.

Dans l'étude portant sur des patients atteints de myélome multiple, 95,9 % des participants du groupe plerixafor et 88,3 % des participants du groupe placebo ont subi une greffe. Dans l'étude ayant examiné les patients atteints de lymphome non-hodgkinien, 90 % des participants du groupe plerixafor et seulement 55,4 % du groupe sous placebo ont pu être greffés. Il semble que l'ajout de plerixafor ait une incidence sur le succès de la greffe, en particulier chez les patients atteints de lymphome non-hodgkinien, mais il n'y avait aucune preuve d'une différence pour le temps de greffe des neutrophiles et des plaquettes chez les participants transplantés.

Aucun des essais n'a rapporté de données sur la qualité de vie ou la survie sans progression.

Qualité des preuves

La qualité des preuves était élevée pour les événements indésirables et la réussite de la collecte de cellules souches, et modérée pour la mortalité à 12 mois. La principale limitation était le large intervalle de confiance.

Conclusions des auteurs: 

Les résultats de l'analyse des données suggèrent que l'ajout de plerixafor conduit à une augmentation de la collecte de cellules souches dans un délai plus court. Il n'y avait pas suffisamment de preuves pour déterminer si l'ajout plerixafor a une incidence sur la survie ou les événements indésirables.

Les deux essais inclus dans la méta-analyse ont été réalisés par la Genzyme Corporation, le fabricant du plerixafor, et ont été publiés plusieurs fois. Deux autres ECR examinant l'ajout de plerixafor à un traitement de mobilisation par G-CSF ont été interrompu prématurément sans publier aucun résultat. Les essais incluent respectivement neuf et cinq participants. Un autre ECR avec 100 participants s'est terminé récemment, mais n'a pas encore publié de résultats. En raison des ECR non publiés, il est possible que notre étude soit affectée par le biais de publication, même si deux essais n'ont pas réussi à recruter un nombre suffisant de participants pour analyser les données.

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Contexte: 

Une greffe de cellules souches autologues est couramment réalisée pour restaurer le fonctionnement de la moelle osseuse chez les personnes atteintes d'un lymphome malin ou d’un myélome multiple, après avoir subi de la chimiothérapie myéloablative. Les résultats de certains essais cliniques indiquent que l’ajout de plerixafor aux facteurs de stimulation des colonies de granulocytes (G-CSF) par rapport au G-CSF seul pourrait entraîner une augmentation de la mobilisation et de la libération de cellules CD34-positives, facilitant l’aphérèse efficace.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité des plerixafor supplémentaires au G-CSF pour la mobilisation de cellules souches hématopoïétiques chez les personnes atteintes d'un lymphome malin ou de myélome multiple.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE (de 1990 à septembre 2015), ainsi que des actes de conférences (American Society of Hematology, American Society of Clinical Oncology, European Hematology Association ; American Society for Blood and Marrow Transplantation ; European Group for Blood and Marrow Transplantation) pour les études. Deux auteurs de la revue ont passé au crible les résultats de recherche de manière indépendante.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l'ajout de plerixafor en plus du G-CSF par rapport au G-CSF seul pour la mobilisation de cellules souches chez les personnes atteintes d'un lymphome malin ou de myélome multiple, de tous les stades et âges. Nous avons inclus les textes complets ainsi que des résumés et des données non publiées si les informations étaient suffisantes sur le plan d'étude, les caractéristiques des participants, les interventions et les critères de jugement. Nous avons exclu les essais croisés, les essais quasi-randomisés et les études rétrospectives post-hoc.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment passé au crible les résultats des stratégies de recherche, extrait les données, évalué la qualité, et analysé les données selon les méthodes Cochrane standard. Nous avons effectué une interprétation finale avec un clinicien expérimenté.

Résultats principaux: 

Nous avons identifié quatre ECR répondant aux critères d'inclusion. Cependant, deux d'entre eux ont du être arrêtés prématurément en raison de leur faible niveau de recrutement et n'ont pas rapporté de résultats. Les deux autres essais ont évalué 600 participants atteints de myélome multiple ou de lymphome non hodgkinien. Dans les deux études, le groupe expérimental avait reçu du G-CSF et du plerixafor, et le groupe témoin recevait du G-CSF associé à un placebo.

La méta-analyse n'a montré aucune preuve pour les différences entre le plerixafor et le groupe placebo concernant la mortalité au bout de 12 mois (600 participants ; risque relatif (RR) 1,00, intervalle de confiance à 95 % (IC) 0,59 à 1,69 ; P = 1,00 ; preuves de qualité moyenne) et les événements indésirables lors de la mobilisation et la collecte de cellules souches (593 participants ; RR 1,02, IC à 95 % 0,99 à 1,06 ; P = 0,19 ; preuves de qualité élevée).

Concernant le critère de jugement de réussite de la collecte de cellules souches, la méta-analyse a montré un avantage pour les participants randomisés pour le groupe plerixafor (600 participants ; RR 2,42, IC à 95 % 1,98 à 2,96 ; P < 0,00001 ; preuves de qualité élevée).

Comme il y avait une grande hétérogénéité entre les études concernant le nombre de participants transplantés, nous n'avons pas effectué de méta-analyse pour ces données. Pour l'étude sur le myélome multiple, 95,9 % (142 participants) du groupe plerixafor et 88,3 % (136 participants) du groupe placebo ont subi une greffe (RR 1,09, IC à 95 % 1,02 à 1,16) ; dans l'essai sur le lymphome non-hodgkinien, 90 % (135 participants) des membres du groupe plerixafor contre 55,4 % (82 participants) dans le groupe sous placebo ont pu être greffés (RR 1,62, IC à 95 % 1,39 à 1,89). Dans les deux essais, il n'y avait aucune preuve d'une différence entre les participants du groupe plerixafor et et du groupe placebo en ce qui concerne le temps de greffe des neutrophiles et des plaquettes chez les participants transplantés.

Aucun des essais n'a rapporté de données sur les critères de jugement de la qualité de vie et la survie sans progression.

Notes de traduction: 

Post-édition : Yann Sarrabere (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.