Est-ce que les statines préviennent l'insuffisance rénale chez les adultes après une intervention chirurgicale ayant nécessité une circulation extra-corporelle ?

La chirurgie cardiaque est pratiquée couramment dans les pays développés avec une sécurité qui s'est significativement améliorée. Néanmoins, la chirurgie cardiaque est encore associée à des complications. Parmi elles, l'insuffisance rénale est d'une grande importance ; et les patients dont les reins deviennent insuffisants après une intervention cardiaque sont plus susceptibles d'avoir d'autres problèmes. Prévenir l'insuffisance rénale après chirurgie cardiaque est par conséquent un problème majeur de santé.

La circulation extra-corporelle, qui remplace la fonction cardiopulmonaire en déviant le sang des grands vaisseaux vers une machine pendant l'intervention chirurgicale, est nécessaire dans la plupart des interventions cardiaques majeures. On sait que la circulation extra-corporelle libère des molécules qui causent de l'inflammation dans le sang. Chez les personnes sensibles, ces molécules peuvent causer une insuffisance rénale. Les statines sont des médicaments utilisés pour diminuer les taux d'acides gras (lipides) et aider à prévenir les maladies cardiovasculaires. Il semble également que les statines diminuent le niveau général d'inflammation dans le sang. Bien que les études sur les animaux ont fait suggérer que les statines pouvaient aider à prévenir l'insuffisance rénale après chirurgie cardiaque, elles peuvent avoir des effets indésirables. Des preuves supplémentaires sont nécessaires avant de pouvoir utiliser les statines en pratique courante.

Les objectifs de cette revue sont d'évaluer les preuves sur l'utilisation des statines lors de la chirurgie cardiaque pour rechercher si leur utilisation pourrait aider à prévenir l'insuffisance rénale et sur la tolérance des statines par les patients. Nous avons recherché la littérature jusqu'à janvier 2015 et inclus sept études impliquant un total de 662 participants pour documenter notre évaluation. Dans ces études, les patients programmés pour une chirurgie cardiaque avaient reçu une statine ou un placebo (ou pas de traitement du tout). Cinq études (467 participants) ont mentionné les taux d'insuffisance rénale. Nous avons trouvé qu'il y avait un grand risque de biais pour six des sept études incluses.

Concernant le taux d'insuffisance rénale, nous n'avons pas trouvé de différence entre les patients qui recevaient des statines et ceux qui n'en recevaient pas. Deux études (195 patients) ont consigné la créatinémie (un marqueur de la fonction rénale) après l'intervention. Nous avons trouvé que la créatinémie était plus basse chez les patients du groupe statines (indiquant une meilleure fonction rénale). D'autres conclusions étaient limitées par le petit nombre d'études. Néanmoins, les patients ayant reçu des statines ne semblaient pas avoir besoin de moins de dialyses. Ils n'avaient pas un plus fort taux de décès à l'hôpital et n'avaient pas un taux d'effets indésirables plus élevé.

Conclusions des auteurs: 

Les analyses des données actuellement disponibles ne font pas suggérer que l'utilisation des statines en préopératoire soit associée à une incidence diminuée de l'IRA chez les adultes après une intervention chirurgicale ayant nécessité une circulation extra-corporelle. Malgré une réduction significative de la créatinémie postopératoire notée chez des personnes traitées par des statines, ce résultat ne provient que des résultats d'une seule étude où la créatinémie n'était considérée que comme critère de jugement secondaire. Les résultats de la méta-analyse doivent être interprétés avec précaution ; peu d'études ont été incluses dans les analyses de sous-groupes et les méthodologies des études incluses présentent des différences importantes. De grands ECR sont nécessaires pour établir la sécurité et l'efficacité des statines pour prévenir l'IRA après chirurgie cardiaque.

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Contexte: 

L'insuffisance rénale aigue (IRA) est fréquente chez les patients ayant une chirurgie cardiaque, elle est associée chez eux à des résultats médiocres, des durées d'hospitalisation prolongées et une augmentation de la mortalité. Les statines ont plus d'un effet indépendant de leur effet sur la diminution lipidique et pourraient améliorer les lésions rénales par une inhibition des réponses inflammatoires postopératoires.

Objectifs: 

Cette revue visait à étudier les donnée probantes étayant les bénéfices des statines périopératoires pour la prévention de l'IRA chez des adultes hospitalisés après une chirurgie nécessitant une circulation extra-corporelle. Les principaux objectifs étaient de 1) déterminer si l'utilisation des statines était associée à la prévention du développement d'une IRA ; 2) déterminer si l'utilisation des statines était associée à des réductions de la mortalité à l'hôpital ; 3) déterminer si l'utilisation des statines était associée à une diminution du besoin de traitement de substitution rénale (TSR) ; et 4) déterminer les effets indésirables associés à l'utilisation des statines.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons pris contact avec le coordinateur des recherches d'essais cliniques pour consulter le registre spécialisé du groupe Cochrane sur la néphrologie jusqu'au 13 janvier 2015 en utilisant des termes de recherche pertinents pour cette revue.

Critères de sélection: 

Les essais contrôlés randomisés (ECR) qui comparaient l'administration d'une statine à un placebo ou aux soins cliniques habituels chez des patients adultes ayant eu une chirurgie nécessitant une circulation cardiopulmonaire extra-corporelle et consignant l'IRA, la créatinémie ou la nécessité d'une TSR dans leurs critères de jugement étaient admissibles à l'inclusion. Toutes les formes et tous les dosages de statines conjointement avec toute durée de traitement préopératoire étaient pris en compte pour être inclus dans cette revue.

Recueil et analyse des données: 

Tous les auteurs ont extrait les données de manière indépendante et les évaluations ont été vérifiées par un second auteur. De même, l'évaluation du risque de biais de l'étude a d'abord été faite par un auteur puis par un second pour en assurer l'exactitude. Les désaccords étaient arbitrés entre auteurs jusqu'à l'obtention d'un consensus. Les auteurs de deux des études incluses ont fourni des données supplémentaires concernant la créatinémie postopératoire et également la nécessité d'un TSR. Des méta-analyses ont été utilisées pour évaluer les résultats concernant l'IRA, la créatinémie et le taux de mortalité. Les données relatives aux résultats concernant les TSR ou les effets indésirables n'ont pas été regroupées. Les effets indésirables pris en compte ont été ceux consignés par les auteurs des études incluses.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus sept études (662 participants) dans cette revue. Toutes les études sauf une ont été évaluées comme étant à risque élevé de biais. Trois études ont évalué l'atorvastatine, trois la simvastatine et une la rosuvastatine. Toutes les études ont recueilli des données de la seule période periopérative immédiate ; le recueil de données jusqu'à la sortie de l'hôpital et le recueil de données biochimiques postopératoires se sont étendus entre 24 heures et 7 jours. Globalement, le traitement par statine en préopératoire n'a pas été associé à une réduction postopératoire d'une IRA, de la nécessité d'un TSR ou de la mortalité. Seules deux études (195 participants) ont consigné le taux de créatinémie postopératoire. Dans ces deux études, les patients assignés pour recevoir des statines ont eu des taux de créatinémie postopératoires plus bas par rapport aux patients assignés à l'absence de médicament et/ou au placebo (DM 21,2 µmol/l, IC à 95 % de -31,1 à -11,1). Les effets indésirables n'ont été suffisamment consignés que dans une étude ; aucune différence n'a été trouvée entre le groupe statine par comparaison au groupe placebo.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.