Le cétuximab, nouveau traitement pour le cancer du poumon non à petites cellules avancé

Le cancer du poumon est le cancer le plus fréquent dans le monde. Le cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) avancé représente environ 60 % de tous les cas de cancer du poumon. Depuis que l'efficacité du traitement standard actuel pour les CPNPC avancés (c.-à-d. la chimiothérapie) plafonne, de nouveaux traitements plus efficaces sont encore nécessaires pour améliorer le devenir des patients atteints de cette maladie. Cette revue de 2 018 patients issus de quatre essais a trouvé que l'ajout du cétuximab (un agent récemment développé) au traitement standard prolongeait la durée de survie des patients atteints de CPNPC avancé d'environ 1,5 mois et repoussait la progression du cancer d'environ 0,5 mois. Un an après le traitement, 45 % des patients recevant un traitement standard plus le cétuximab et 40 % des patients recevant le traitement standard seul étaient encore en vie. Toutefois, les effets du cétuximab sur la qualité de vie des patients sont incertains. Sept types d'événements indésirables, principalement dermatologiques et hématologiques, ont été beaucoup plus fréquents chez les patients recevant du cétuximab, tandis que d'autres événements indésirables semblaient se produire dans les mêmes proportions dans les deux groupes. Les événements indésirables rapportées ont globalement été qualifiés de gérables. Aucun décès lié au cétuximab n'a été signalé. En résumé, des preuves de haute qualité montrent que l'utilisation du cétuximab combiné avec un traitement standard conduit à une meilleure survie que le traitement standard seul pour améliorer la survie des patients atteints de CPNPC avancé.

Conclusions des auteurs: 

La combinaison de chimiothérapie et du cétuximab est supérieure à la chimiothérapie seule en tant que traitement de première ligne du CPNPC avancé en termes d'amélioration de la survie globale, tout en induisant des taux plus élevés de certains événements indésirables, considérés comme gérables.

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Contexte: 

Dans le cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) avancé, l'efficacité de la chimiothérapie cytotoxique standard semble avoir atteint un palier, et de nouveaux traitements sont nécessaires pour améliorer encore le pronostic. Le cétuximab est un anticorps monoclonal visant la voie de signalisation du récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR). En somme, il est conçu pour inhiber la croissance et la métastase dans d'autres processus biologiques cancéreux. En combinaison avec la chimiothérapie, il a été évalué comme traitement de première ligne pour le CPNPC avancé dans certains essais contrôlés randomisés (ECR), avec des résultats contradictoires.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et la toxicité de la chimiothérapie associée au cétuximab par rapport à la chimiothérapie seule pour le cancer du poumon non à petites cellules (CPNPC) avancé non traité précédemment par chimiothérapie ou avec des médicaments visant le récepteur du facteur de croissance épidermique (EGFR).

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué une recherche systématique dans le Registre spécialisé du Groupe Cochrane sur le cancer du poumon (de sa création au 17 décembre 2013), le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (La Bibliothèque Cochrane 2013, numéro 12), MEDLINE (accessible via PubMed, de 1966 au 17 décembre 2013), EMBASE (de 1980 au 17 décembre 2013), ClinicalTrials.gov (de sa création au 17 décembre 2013), et le Système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l'OMS (de sa création au 17 décembre 2013). Nous avons également consulté manuellement les actes de l'American Society of Clinical Oncology et de la Société européenne d'oncologie médicale concernant le cancer du poumon (de 2000 au 17 décembre 2013). Nous avons cherché dans les références bibliographiques de toutes les études primaires éligibles et dans des articles de revue d'autres études potentiellement intéressantes.

Critères de sélection: 

Les études éligibles étaient des ECR comparant une chimiothérapie associée au cétuximab avec la même chimiothérapie seule sur le CPNPC avancé, non traité précédemment par chimiothérapie ou avec des médicaments anti-EGFR, et mesurant au moins un des éléments suivants : survie globale, survie sans progression, taux de survie à un an, taux de réponse objective, qualité de vie ou événements indésirables graves.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standard prévues par la Collaboration Cochrane. Nous avons extrait les données suivantes de chaque étude : détails de la publication, caractéristiques des participants, schémas dans les branches d'intervention et de contrôle, mesures des résultats et taille de l'effet, informations relatives à la qualité méthodologique de l'étude. Nous avons mesuré les effets du traitement sur les résultats dichotomiques et le temps jusqu'à événement par le risque relatif (RR) et le rapport de risque (HR), avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous avons effectué des méta-analyses avec Review Manager 5 en utilisant le modèle à effets aléatoires. Nous avons utilisé la méthode de Mantel-Haenszel pour combiner les RR et la méthode de variance inverse pour combiner les HR.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus quatre essais portant sur 2 018 patients. Les sujets étaient pour la plupart des Blancs (26 % à 56 % de femmes), dont l'âge médian était de 58 à 66 ans. Environ la moitié d'entre eux présentaient un adénocarcinome démontré par l'histologie. Parmi les 2 018 patients, le statut de 83 % à 99 % a été mesuré en utilisant le statut de performances de l'Eastern Cooperative Oncology Group et a atteint un score de 0-1 (qui est généralement considéré comme physiquement « en forme »).

Les quatre études ont fourni des données sur la survie globale, la survie sans progression, le taux de survie à 'un an, le taux de réponse objective et les événements indésirables graves, avec deux études (1 901 patients) étudiant aussi l'effet du cétuximab sur la qualité de vie. Le risque de biais était faible pour les données sur la survie globale et le taux de survie à un an, et élevé pour les données sur tous les autres paramètres, principalement en raison du manque de mise en insu. En comparaison avec la chimiothérapie seule, la chimiothérapie associée au cétuximab a apporté une amélioration de la survie globale (10,5 mois contre 8,9 mois ; HR 0,87, IC à 95 % de 0,79 à 0,96), le taux de survie à un an (45 % contre 40 % ; RR 1,13, IC à 95 % de 1,02 à 1,25 ), et le taux de réponse objective (30 % contre 23 % ; RR 1,31, IC à 95 % de 1,14 à 1,51). La différence de survie sans progression était à la limite de la signification statistique (4,9 mois contre 4,4 mois ; HR 0,91, IC à 95 % de 0,83 à 1,00). Aucune différence significative de qualité de vie entre les deux branches de traitement n'a été signalée dans les deux études évaluant ce paramètre. Les patients du groupe cétuximab ont eu plus fréquemment des éruptions acnéiformes (11,2 % contre 0,3 % ; RR 37,36, IC à 95 % de 10,66 à 130,95), de l'hypomagnésémie (5,3 % contre 0,8 % ; RR 6,57, IC à 95 % de 1,13 à 38,12), des réactions à la perfusion (3,9 % contre 1,1 % ; RR 3,50, IC à 95 % de 1,76 à 6,94), des diarrhées (4,8 % contre 2,3 % ; RR 2,10, IC à 95 % de 1,26 à 3,48), de l'hypokaliémie (6,3 % contre 3,6 % ; RR 1,74, IC à 95 % de 1,02 à 2,99), des neutropénies fébriles (10,6 % contre 7,6 % ; RR 1,40, IC 95 % de 1,10 à 1,77) et des leucopénies (58,1 % contre 42,7 % ; RR 1,36, IC à 95 % de 1,17 à 1,58) que ceux du groupe témoin. La différence pour les autres événements indésirables n'atteignait pas la signification statistique. Selon les rapports des études originales, les effets indésirables étaient généralement gérables. Il n'y a eu aucun décès lié au cétuximab.

La qualité des preuves est élevée pour la survie globale et le taux de survie à un an, mais faible pour la plupart des critères d'évaluation secondaires.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.