Isolation pour prévenir l'hypothermie pendant les interventions chirurgicales

Question d’analyse

Nous voulions déterminer les effets de l’isolation supplémentaire sur la prévention de l'hypothermie et de ses complications chez les adultes subissant une intervention chirurgicale.

Contexte

Pendant les interventions chirurgicales, les patients peuvent avoir froid, surtout en raison des médicaments utilisés comme anesthésiques. Cela peut parfois entraîner des problèmes cardiaques potentiellement dangereux. Le froid peut également entraîner des frissons et rendre les gens inconfortables après l’opération. Des moyens ont donc été développés pour garder les patients au chaud durant l’intervention. L'un de ces moyens consiste à utiliser des couvertures ou des vêtements réfléchissants comme isolation supplémentaire.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons examiné les données publiées avant février 2014 et avons trouvé 22 études réalisées auprès de plusieurs centaines de patients. Les études portaient sur des personnes âgées de plus de 18 ans ayant subi une intervention chirurgicale d'urgence ou courante. Nous n’avons pas tenu compte des études impliquant des chirurgies de la tête ou des greffes de peau dans le cadre desquelles une baisse de la température corporelle était provoquée délibérément durant l'opération, ni des études dans lesquelles les sujets subissaient une intervention sous anesthésie locale.

Nous avons examiné les études comparant l'utilisation de couvertures ou de vêtements réfléchissants à la prestation de soins habituels, soit l’utilisation de couvertures ou de vêtements non réfléchissants.

Nous nous sommes aussi penchés sur les études comparant l'utilisation d’un appareil à air chaud soufflé dans les couvertures (réchauffement à air forcé) à l’utilisation de couvertures ou de vêtements réfléchissants.

Principaux résultats

Aucune preuve ne démontre clairement que l'utilisation de couvertures ou de vêtements réfléchissants augmente la température corporelle des patients comparativement aux soins habituels.

Certaines indications révèlent que le réchauffement à air forcé augmente la température corporelle de 0,5°C à 1°C par rapport à l'utilisation de couvertures ou de vêtements réfléchissants. Il est difficile de savoir dans quelle mesure cette différence de température permet de réduire les conséquences de la froideur, et ses effets sur la perte de sang, les frissons et le temps en salle de réveil étaient imprécis. Nous ne sommes pas parvenus à trouver suffisamment d’informations pour examiner les effets indésirables de l'isolation et du réchauffement, ni les événements graves touchant le cœur ou l’appareil circulatoire.

Qualité des preuves

La plupart des preuves étaient de faible qualité. Nous étions particulièrement préoccupés par la possibilité d’obtention de résultats faussés en raison du changement du comportement du personnel du bloc opératoire ayant pris connaissance de la modification de la méthode de maintien de la température corporelle des patients.

Conclusions des auteurs: 

L’isolation thermique supplémentaire n’offre aucun avantage évident par rapport aux soins habituels. Le réchauffement à air forcé semble mieux maintenir la température centrale que l’isolation thermique supplémentaire, et ce, par 0,5°C à 1°C de plus, mais l'importance clinique de cette différence n'est pas clairement établie.

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Contexte: 

L'hypothermie périopératoire par inadvertance survient en raison d'une interférence des anesthésiques avec la régulation de la température corporelle normale et de l'exposition de la peau pendant des périodes prolongées. Un certain nombre d’interventions différentes ont été proposées pour maintenir la température corporelle en diminuant la perte de chaleur. L’isolation thermique, telle que l’utilisation de couches supplémentaires de matériaux isolants ou de couvertures réfléchissantes, devrait réduire la perte de chaleur par convection et rayonnement et permettre d'éviter l'hypothermie.

Objectifs: 

Évaluer les effets de l’isolation thermique préopératoire ou peropératoire, ou des deux, dans la prévention de l'hypothermie périopératoire et de ses complications pendant l'intervention chirurgicale chez l'adulte.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (Bibliothèque Cochrane 2014, numéro 2), MEDLINE, OvidSP (de 1956 jusqu'au 4 février 2014), EMBASE, OvidSP (de 1982 jusqu'au 4 février 2014), ISI Web of Science (de 1950 jusqu'au 4 février 2014), CINAHL, EBSCOhost (de 1980 jusqu'au 4 février 2014) et dans les références bibliographiques des articles. Nous avons également effectué des recherches dans Current Controlled Trials et ClinicalTrials.gov.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés comparant l'isolation thermique aux soins habituels ou à d'autres interventions ayant pour but de maintenir la normothermie.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont extrait les données et évalué le risque de biais des études retenues. Un troisième auteur a procédé à la vérification des détails. Nous avons communiqué avec certains chercheurs pour leur demander des informations supplémentaires. Nous avons recueilli des données sur les événements indésirables uniquement lorsqu’ils étaient mentionnés dans les essais.

Résultats principaux: 

Nous avons retenu 22 essais et avons utilisé les données de 16 de ces essais pour certaines analyses. Le type de patients et d'interventions chirurgicales, la fréquenceet la mesure de la température et, en particulier, les types de co-interventions variaient largement dans les essais. Le risque de biais était largement imprécis, mais la plupart des études présentaient un risque élevé de biais de performance et un faible risque de biais d'attrition. La plus importante comparaison entre l’isolation supplémentaire et les soins habituels comprenait cinq essais avec 353 patients en fin de chirurgie et celle-ci a révélé une différence moyenne pondérée (DMP) de 0,12°C (IC à 95 % -0,07 à 0,31 ; preuves de faible qualité). La comparaison de l’isolation supplémentaire au réchauffement à air forcé à la fin de l'intervention chirurgicale a révélé une DMP de -0,67°C (IC à 95 % -0,95 à -0,39 ; preuves de très faible qualité), ce qui indique que le réchauffement à air forcé entraîne une augmentation plus importante de la température. Aucun résultat cardiovasculaire majeur n'a été documenté. Ceux-ci n’ont donc pas fait l’objet d’une analyse. Aucun effet précis n’a été observé sur l’hémorragie, les frissons ou la durée de séjour en soins post-anesthésiques dans ni l’une ni l’autre des comparaisons. Aucun autre effet indésirable n'a été signalé.

Notes de traduction: 
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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.