Le bupropion pour le traitement du trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH) chez l’adulte

Question de la revue

Nous avons examiné les données relatives aux effets du bupropion chez les adultes atteints de TDAH. Nous avons également examiné ses effets indésirables (effets secondaires résultant de la prise du médicament).

Contexte

Le TDAH est un trouble cérébral marqué par un schéma permanent d’inattention, d’impulsivité et/ou d’activité excessive, qui interfère avec le fonctionnement ou le développement. Certaines personnes atteintes de TDAH ont seulement des problèmes avec l’un de ces comportements, tandis que d’autres en combinent plusieurs. Le bupropion est un médicament autorisé pour le traitement de la dépression et le sevrage tabagique, mais également utilisé pour traiter le TDAH. Le traitement médicamenteux du TDAH fait généralement appel à des stimulants tels que le méthylphénidate et les amphétamines. Cependant, tous les patients ne répondent pas bien aux stimulants. Certains peuvent ne pas les tolérer en raison des effets secondaires. D’autres ont des problèmes médicaux, tels que des troubles psychiatriques ou des tics, qui leur interdisent la prise de stimulants. D’autres encore peuvent se montrer réticents à utiliser des stimulants car il s’agit de substances réglementées. On utilise donc parfois, à leur place, des médicaments non stimulants tels que le bupropion, dont l’efficacité dans le traitement du TDAH n’est cependant pas encore connue.

Date de la recherche

Les données probantes sont à jour à la date de février 2017.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons inclus six essais contrôlés randomisés (ECR), autrement dit des études dans lesquelles les participants étaient assignés de manière aléatoire à un des deux ou plusieurs groupes de traitement. Cinq de ces études ont été réalisées aux États-Unis et la sixième en Iran. Les études portaient sur 438 patients atteints de TDAH. Toutes évaluaient une version à longue durée d’action du bupropion, c’est-à-dire une forme de ce médicament absorbée lentement et qui peut donc être prise une seule fois par jour. Cette posologie simple convient aux personnes souffrant de TDAH, qui peuvent avoir du mal à se souvenir de prendre leurs médicaments à cause de leur maladie.

La durée des études variait entre 6 et 10 semaines. Tous les participants avaient un diagnostic établi de TDAH et souvent d’autres problèmes de santé mentale. Dans une étude, tous les participants avaient un TDAH et étaient dépendants aux opiacés (des médicaments qui soulagent la douleur).

Sources de financement des études

Quatre études ont été financées par l’industrie et deux par des fonds publics. Dans l’une de ces dernières, l’auteur principal était rémunéré par l’industrie (mais pas par des fabricants de bupropion) pour des activités de recherche.

Principaux résultats

Le bupropion peut apporter une petite amélioration du TDAH et pourrait également en réduire les symptômes. Il ne produit pas plus d’effets indésirables qu’un placebo. Il pourrait constituer une option de traitement pour les adultes atteints de TDAH qui ne peuvent ou ne veulent pas prendre des médicaments stimulants.

Qualité des données

La qualité des données dans cette revue est mauvaise car nous n’avons trouvé que très peu d’études, cinq des six études étaient de petite taille et toutes étaient réalisées de façon médiocre. Les effets du bupropion sur divers aspects du fonctionnement quotidien n’ont pas été étudiés. En outre, aucune étude n’a évalué les effets à long terme de ce médicament. D’autres études sont nécessaires afin d'évaluer si le bupropion est efficace dans des sous-groupes spécifiques de TDAH ou chez les personnes atteintes d’autres maladies concomitantes.

Conclusions des auteurs : 

Les résultats de cette revue comparant le bupropion à un placebo pour le traitement du TDAH chez l’adulte indiquent un possible bénéfice du bupropion. Nous avons trouvé des données de faible valeur probante indiquant que le bupropion a diminué la sévérité des symptômes du TDAH et modérément augmenté la proportion de participants atteignant une amélioration cliniquement significative des symptômes du TDAH. En outre, nous avons trouvé des données de faible valeur probante montrant que le bupropion est aussi bien toléré que le placebo. Dans le traitement pharmacologique des adultes atteints de TDAH, le bupropion à libération prolongée peut être une alternative aux stimulants. Les données de faible valeur probante indiquent une incertitude en ce qui concerne les estimations d’effet combinées. D’autres recherches sont très susceptibles de modifier nos estimations. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour tirer des conclusions plus définitives et mieux définir la population cible optimale pour ce médicament. La réponse au traitement doit encore être rapportée dans une population diagnostiquée suivant le DSM-5. En outre, nous manquons de connaissances sur les résultats à long terme.

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Contexte : 

Le trouble de déficit d’attention avec hyperactivité (TDAH) est une affection neurobiologique fréquente, caractérisée par des symptômes comportementaux et cognitifs tels que l’inattention, l’impulsivité et/ou une activité excessive. Le syndrome est souvent accompagné de comorbidités psychiatriques et associé à des performances scolaires et professionnelle insuffisantes.

Bien que les médicaments psychostimulants constituent la base du traitement du TDAH, tous les adultes n’y répondent pas de façon optimale ou ne tolèrent pas ces médicaments. Par conséquent, d’autres approches de traitement avec des médicaments non stimulants ont été explorées. L’un de ceux-ci est le bupropion, un antidépresseur de la classe des aminocétones et antagoniste non compétitif des récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine, autorisé pour le traitement de la dépression et le sevrage tabagique mais également utilisé hors indication pour traiter le TDAH.

Objectifs : 

Évaluer les effets et l'innocuité du bupropion pour le traitement des adultes atteints de TDAH.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE, Embase et sept autres bases de données en février 2017. Nous avons également consulté trois registres d’essais en ligne et trois portails de thèses. En outre, nous avons examiné les références bibliographiques des études incluses et contacté leurs auteurs afin d’identifier des études potentiellement pertinentes qui auraient pu nous échapper.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus tous les essais contrôlés randomisés (ECR) évaluant les effets (y compris les effets indésirables) du bupropion par rapport à un placebo chez des adultes atteints de TDAH.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue (WV, GB) ont examiné indépendamment les dossiers et extrait les données à l’aide d’un formulaire d’extraction de données que nous avons testé dans une étude pilote. Nous avons extrait toutes les données pertinentes sur les caractéristiques des études et les résultats. Nous avons évalué les risques de biais en utilisant l’outil de risque de biais de Cochrane et évalué la qualité globale des données à l’aide de l’approche GRADE. Nous avons utilisé un modèle à effets fixes pour combiner les résultats des études.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus six études portant sur un total de 438 participants. Cinq ont été menées aux États-Unis et une en Iran. Toutes les études évaluaient une forme à longue durée d’action du bupropion, avec une posologie allant de 150 mg à 450 mg par jour. La durée des interventions étudiées variait de six à 10 semaines. Quatre études excluaient explicitement les participants atteints de comorbidité psychiatriques et une étude incluait uniquement des participants atteints de dépendance aux opiacés. Quatre études ont été financées par l’industrie, mais l’impact du financement sur les résultats de cette étude est inconnu. Deux études étaient financées par des fonds publics et l’auteur principal de l’une d’elles était consultant pour plusieurs sociétés pharmaceutiques et recevait également une rémunération d’investigateur de la part de deux entreprises, dont aucune ne fabriquait cependant du bupropion. Nous avons jugé qu’aucune de ces études n’était exempte de biais, la plupart ne fournissant pas suffisamment de détails dans la plupart des domaines de biais. En utilisant l’approche GRADE, nous avons jugé que la qualité globale des données était mauvaise. Nous avons rabaissé la qualité des données en raison de graves risques de biais et de graves imprécisions liées à la petite taille des échantillons.

Nous avons trouvé des données de faible valeur probante indiquant que le bupropion a diminué la sévérité des symptômes du TDAH (différence moyenne standardisée de -0,50, intervalle de confiance (IC) à 95 % de -0,86 à -0,15, 3 études, 129 participants) et augmenté la proportion de participants atteignant une amélioration clinique (risque relatif (RR) 1,50, IC à 95 % de 1,13 à 1,99, 4 études, 315 participants), tout en apportant une amélioration du score sur l’échelle d’impression clinique globale et d’amélioration (RR 1,78, IC à 95 % de 1,27 à 2,50, 5 études, 337 participants). Nous avons trouvé des données de faible valeur probante montrant que la proportion de participants ayant arrêté le traitement en raison d’un quelconque effet indésirable était similaire dans les groupes bupropion et placebo (RR 1,20, IC à 95 % de 0,35 à 4,10, 3 études, 253 participants). Les résultats étaient très similaires quand nous avons utilisé un modèle à effets aléatoires et quand nous avons uniquement analysé les études qui excluaient les participants présentant une comorbidité psychiatrique.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Suzanne Assénat et révisée par Cochrane France

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