Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine pour le rétablissement après un accident vasculaire cérébral

Problématique de la revue
Quels sont les effets des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sur la récupération après un accident vasculaire cérébral (AVC) ?

Contexte
L'AVC est une cause majeure d'invalidité. L'invalidité liée aux AVC peut inclure des difficultés dans les tâches quotidiennes comme la toilette, le lavage et la marche. Parfois, l'invalidité est si grave qu'une personne devient dépendante des autres pour l'exécution d'activités basiques (c'est ce qu'on appelle la " dépendance "). Notre précédente revue Cochrane publiée en 2012 suggérait que les médicaments ISRS (une classe de médicaments habituellement utilisée pour traiter les troubles de l'humeur, qui agissent en modifiant le niveau de substances chimiques dans le cerveau) pourraient améliorer la récupération après un AVC, réduisant ainsi l'invalidité et augmentant les chances d'être autonome après un AVC. Cependant, en regardant seulement les essais de haute qualité, l’effet était moins convainquant.

Un large essai recrutant plus de 3 000 participants est maintenant terminé et il est donc nécessaire de mettre à jour cette revue. Dans nos analyses principales, nous avons décidé d'inclure uniquement les essais de haute qualité, c'est-à-dire ceux qui utilisaient des méthodes rigoureuses pour éviter les biais (par exemple, la personne qui évalue le résultat est au courant que le survivant de l’AVC a reçu le médicament actif ou le placebo). Dans cette revue, nous les appelons les essais à " faible risque de biais ".

Si l'invalidité et la dépendance peuvent être améliorées par un simple médicament, cela pourrait avoir un impact majeur sur la qualité de vie de nombreux survivants d'AVC.

Nous voulions également savoir si les ISRS présentaient d'autres avantages, par exemple l'amélioration de la gravité de toute faiblesse d'un bras ou d'une jambe, de l'humeur, de l'anxiété, de la qualité de vie et si les ISRS étaient associés à des effets secondaires tels que des saignements ou convulsions.

Caractéristiques de l'étude
Au total, nous avons trouvé 63 essais recrutant 9 168 survivants d'AVC dans l'année suivant leur AVC. Il y avait une large tranche d'âges. Environ la moitié des essais ont exigé des participants qu'ils souffrent de dépression pour participer à l'essai. La durée, le médicament et la dose variaient d'un essai à l'autre. Toutefois, seulement trois de ces essais présentaient un faible risque de biais ; les participants de ces essais n'avaient pas besoin d'être déprimés pour participer, et ils ont tous été recrutés peu de temps après leur AVC.

Principaux résultats
Lorsque nous avons combiné les données de ces trois études à faible risque de biais, ayant recruté 3 249 participants, les ISRS n'ont pas eu d’effet sur le score d'invalidité ou sur la dépendance. Les ISRS réduisaient le risque de dépression future, mais augmentaient le risque de problèmes du système digestif. Il n'y avait pas de données probantes d'une différence substantielle dans les convulsions. Lorsque nous avons combiné les données de toutes les études, sans égard aux risques de biais, il semblait y avoir un effet bénéfique sur la récupération, mais c'est presque certainement parce que les études à risque élevé de biais avaient tendance à donner des résultats positifs. Les preuves sont à jour jusqu'en juillet 2018.

Valeur probante des données
Nous sommes convaincus que les résultats sont fiables lorsque nous n'avons inclus que les études à faible risque de biais. Lorsque nous avons inclus toutes les études sans égard au risque de biais, nous avons constaté que les ISRS réduisaient l’invalidité. Lorsqu'ils seront disponibles, nous inclurons les résultats de deux grands essais en cours dans une prochaine mise à jour.

Conclusions des auteurs: 

Nous n'avons pas trouvé de données probantes fiables sur le fait que les ISRS devraient être utilisés systématiquement pour favoriser le rétablissement après un AVC. La méta-analyse des essais à faible risque de biais indique que les ISRS n'améliorent pas le rétablissement après un AVC. Nous avons identifié des améliorations potentielles de l'invalidité uniquement dans les analyses qui incluaient des essais à risque élevé de biais. Une futur méta-analyse des grands essais en cours sera nécessaire pour déterminer si ces résultats sont généralisables.

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Contexte: 

L'AVC est une cause majeure d'invalidité chez les adultes. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) sont utilisés depuis de nombreuses années pour traiter la dépression et d'autres troubles de l'humeur après un accident vasculaire cérébral (AVC). La revue Cochrane de 2012 sur les ISRS dans le rétablissement post-AVC a démontré des effets positifs sur le rétablissement, même chez les personnes qui n'étaient pas déprimées au moment de la randomisation. Un large essai sur la fluoxétine pour le rétablissement post-AVC (fluoxétine versus placebo sous supervision) a récemment été publié, et il est maintenant approprié de mettre à jour les données probantes.

Objectifs: 

Déterminer si les ISRS sont plus efficaces que le placebo ou les soins habituels pour améliorer les résultats des personnes moins de 12 mois après leur AVC, et déterminer si le traitement par ISRS est associé à des effets indésirables.

Stratégie de recherche documentaire: 

Pour cette mise à jour, nous avons effectué des recherches dans le Cochrane Stroke Group Trials Register (dernière recherche le 16 juillet 2018), le Cochrane Controlled Trials Register (CENTRAL, numéro 7, juillet 2018), MEDLINE (1946 à juillet 2018), Embase (1974 à juillet 2018), CINAHL (1982 à juillet 2018), PsycINFO (1985 à juillet 2018), AMED (1985 à juillet 2018) et PsycBITE (mars 2012 à juillet 2018). Nous avons également effectué des recherches dans la littérature grise et les registres d'essais cliniques.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) ayant recruté des survivants d'AVC, ischémiques ou hémorragiques, à tout moment au cours de la première année. L'intervention était n'importe quel ISRS, administré à n'importe quelle dose, pour n’importe quelle durée et pour n'importe quelle indication. Nous avons exclu les médicaments avec des effets pharmacologiques mixtes. Le comparateur était les soins de référence ou un placebo. Pour être inclus, les essais devaient recueillir des données sur au moins un de nos critères de jugement principaux (score d'invalidité ou indépendance) ou secondaires (déficiences, dépression, anxiété, qualité de vie, fatigue, coût des soins de santé, décès, événements indésirables et abandon précoce de l'essai).

Recueil et analyse des données: 

Nous avons extrait les données sur les caractéristiques démographiques, le type d'AVC, la durée écoulée depuis l'AVC, nos critères de jugement principaux et secondaires et les sources de biais. Deux auteurs de la revue ont extrait indépendamment les données de chaque essai. Nous avons utilisé les différences moyennes standardisées (DMS) pour estimer les effets du traitement pour les variables continues et les rapports de risque (RR) pour les effets dichotomiques, avec leurs intervalles de confiance (IC) à 95%. Nous avons évalué les risques de biais et appliqué les critères GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons identifié un total de 63 essais éligibles recrutant 9 168 participants, dont la plupart n'ont fourni des données qu'à la fin du traitement et non durant le suivi. Il y avait une large tranche d'âges. Environ la moitié des essais ont exigé des participants qu'ils souffrent de dépression pour participer à l'essai. La durée, le médicament et la dose variaient d'un essai à l'autre. Seulement trois des essais inclus présentaient un faible risque de biais dans les domaines clés du " risque de biais ". Une méta-analyse de ces trois essais n’a révélé que peu ou pas d'effet des ISRS sur les scores d'invalidité : DMS -0,01 (IC à 95 % -0,09 à 0,06 ; P = 0,75 ; 2 études, 2 829 participants ; données probantes de qualité moyenne) ou sur l’indépendance : RR 1,00 (IC à 95 % : 0,91 à 1,09 ; P = 0,99 ; 3 études, 3 249 participants ; données probantes de qualité moyenne). Nous avons rétrogradé ces deux critères de jugement pour cause d’imprécision.

Les ISRS ont réduit le score moyen de dépression (diminution du DMS de 0,11, diminution de 0,19 à 0,04 ; 2 essais, 2 861 participants ; données probantes de qualité moyenne), mais le nombre d'effets secondaires gastro-intestinaux observés chez les participants traités par les ISRS était plus élevé que chez ceux traités par placebo (RR 2,19, IC à 95% 1,00 à 4,76 ; P = 0,05 ; 2 études, 148 participants ; données probantes de qualité moyenne), sans preuve d’hétérogénéité (I2 = 0%). Pour ce qui est des convulsions, il n'y avait pas de preuve d'une différence substantielle. Lorsque nous avons inclus tous les essais dans une analyse de sensibilité, quel que soit le risque de biais, les ISRS semblaient réduire les scores d'invalidité, mais pas la dépendance. Un essai de grande envergure (FOCUS) a dominé les résultats.

Nous avons identifié plusieurs essais en cours, dont deux essais de grande envergure qui, ensemble, recruteront plus de 3000 participants.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Carole Lescure et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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