Les bisphosphonates pour l'ostéoporose dans la cirrhose biliaire primitive

La cirrhose biliaire primitive est une maladie auto-immune du foie qui affecte principalement les femmes entre deux âges et est associée à l'ostéoporose. Une faible masse osseuse est une cause importante de morbidité chez les patients atteints de cirrhose biliaire primitive, conduisant à un risque accru de fractures, de douleurs et de déformations. L'ostéoporose chez les patients atteints de cirrhose biliaire primitive peut être une ostéoporose post-ménopausique ou bien une ostéoporose secondaire due à une hépatopathie

Les bisphosphonates, tels que l'étidronate, l'alendronate ou l'ibandronate, sont des médicaments couramment utilisés pour le traitement de l'ostéoporose post-ménopausique. Cette revue a examiné l'effet des bisphosphonates pour l'ostéoporose chez les patients atteints de cirrhose biliaire primitive. Six essais randomisés, incluant au total 200 participants, ont fourni des informations pour cette revue. Ces essais ont comparé l'étidronate ou l'alendronate à un placebo ou à l'absence d'intervention; l'étidronate ou l'alendronate à l'alendronate ou à l'ibandronate ; et l'étidronate au fluorure de sodium.

Ayant procédé à des analyses statistiques, nous n'avons pas trouvé de preuve d'un effet d'aucun des trois bisphosphonates sus-mentionnés sur la mortalité, les fractures, les événements indésirables, la qualité de vie ou la densité minérale osseuse de patients atteints de cirrhose biliaire primitive.

Afin de disposer de données probantes permettant d'établir si oui ou non les bisphosphonates devraient être utilisés pour traiter l'ostéoporose dans la cirrhose biliaire primitive, nous avons besoin de grand essais cliniques randomisés multi-centriques ayant une haute qualité méthodologique, c'est à dire un faible risque de biais, et fournissant des données à long terme sur les bénéfices et les préjudices qui sont pertinents pour les patients.

Conclusions des auteurs: 

Les données trouvées ne permettent pas de valider ni de récuser l'utilisation de bisphosphonates chez les patients atteints de cirrhose biliaire primitive. Les données semblent indiquer un possible effet positif des bisphosphonates sur la diminution de la concentration des télopeptides amino du collagène de type I dans l'urine par rapport à un placebo ou à l'absence d'intervention, sans risque d'erreur aléatoire. Il est nécessaire d'effectuer des essais cliniques randomisés supplémentaires évaluant les effets des bisphosphonates pour l'ostéoporose sur les critères de résultat pertinents pour les patients souffrant de cirrhose biliaire primitive.

Lire le résumé complet...
Contexte: 

Les bisphosphonates sont largement utilisés pour le traitement de l'ostéoporose post-ménopausique. Les patients atteints de cirrhose biliaire primitive sont souvent victimes d'ostéoporose - soit post-ménopausique, soit secondaire à une hépatopathie. Aucune revue systématique ou méta-analyse n'a évalué les effets des bisphosphonates pour l'ostéoporose chez les patients atteints de cirrhose biliaire primitive.

Objectifs: 

Évaluer les effets bénéfiques et nocifs des bisphosphonates pour l'ostéoporose dans la cirrhose biliaire primitive.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre d'essais contrôlés du groupe Cochrane sur les Affections hépato-biliaires, le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) de La Cochrane Library, MEDLINE, EMBASE, Science Citation Index Expanded, LILACS, clinicaltrials.gov, le système d'enregistrement international des essais cliniques de l'OMS , et dans des textes intégraux jusqu'à novembre 2011. Des fabricants et des auteurs ont été contactés pour des études supplémentaires durant le déroulement de la revue.

Critères de sélection: 

Tout essai clinique randomisé d'un bisphosphonate dans la cirrhose biliaire primitive comparé à un placebo, à l'absence d'intervention, à un autre bisphosphonate ou à tout autre médicament.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont extrait les données. Nous avons utilisé RevMan pour effectuer l'analyse statistique des données dichotomiques avec le ratio de risque (RR) ou la différence de risque (DR) et des données en continu avec la différence moyenne (DM) ou la différence moyenne standardisée (DMS), toujours avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Des composantes méthodologiques ont été utilisées pour évaluer le risque d'erreurs systématiques (biais). L'analyse séquentielle des essais a également été utilisée afin de rechercher les erreurs aléatoires (jeux de hasard).

Résultats principaux: 

Six essais ont été inclus. Trois essais totalisant 106 participants, dont deux essais à risque élevé de biais, n'ont pas mis en lumière d'effets significatifs des bisphosphonates (étidronate ou alendronate) par rapport à un placebo ou à l'absence intervention, concernant la mortalité (DR 0,00 ; IC à 95 % -0,12 à 0,12 ; I² = 0 %), les fractures (RR 0,87 ; IC à 95 % 0,29 à 2,66 ; I² = 0 %), ou les effets indésirables (RR 1,00 : IC à 95 % 0,49 à 2,04). Trois essais (62 participants) à risque élevé de biais comparaient un bisphosphonate (étidronate ou alendronate) à un autre et n'ont pas trouvé d'effets significatifs concernant la mortalité (DR -0,03 ; IC à 95 % -0,14 à 0,07 ; I² = 0 %), les fractures (RR 0,95 ; IC à 95 % 0,18 à 5,06 ; I² = 0 %) ou les événements indésirables (RR 1,00 : IC à 95 % 0,49 à 2,04 ; I² = 0 %). Les bisphosphonates n'avaient pas eu d’effet significatif sur la mortalité liée au foie, la transplantation du foie ou la morbidité liée foie, en comparaison avec un placebo, avec l'absence d'intervention ou avec un autre bisphosphonate. Les bisphosphonates n'avaient pas eu d’effet significatif sur la densité minérale osseuse en comparaison avec un placebo, avec l'absence d'intervention ou avec un autre bisphosphonate. En comparaison avec un placebo ou avec l'absence d'intervention, les bisphosphonates semblent diminuer la concentration des télopeptides amino du collagène de type I (NTx) dans l'urine (DM -16,93 nmol d'équivalent de collagène osseux / mmol de créatinine ; IC à 95 % -23,77 à -10,10 ; 2 essais avec 88 patients ; I² = 0 %) et la concentration d'ostéocalcine sérique (DMS -0,81 ; IC à 95 % -1,22 à -0,39 ; 3 essais sur 100 patients ; I² = 34 %). Le premier résultat était soutenu par une analyse séquentielle des essais, mais pas le dernier. L'alendronate comparé à un autre bisphosphonate (l'ibandronate) n'avait eu aucun effet significatif sur la concentration d'ostéocalcine sérique (DM -3,61 ng/ml ; IC à 95 % -9,41 à 2,18 ; 2 essais avec 47 patients ; I² = 82 %) dans une méta-analyse à effets aléatoires, mais il avait réduit de façon significative l'ostéocalcine sérique (DM -4,40 ng/ml ; IC à 95 % -6,75 à -2,05 ; 2 essais avec 47 patients ; I² = 82 %), ni sur les concentrations en propeptide N-terminal du procollagène de type I (DM -8,79 ng/ml ; IC à 95 % -15,96 à -1,63 ; 2 essais avec 47 patients ; I² = 38 %) et en NTx (DM -14,07 nmol d'équivalent de collagène osseux / mmol de créatinine ; IC à 95 % -24,23 à -3,90 ; 2 essais avec 46 patients ; I² = 0 %) dans un modèle à effets fixes. Les deux derniers résultats ne sont pas soutenus par des analyses séquentielles des essais. Il n'y avait aucune différence statistiquement significative dans le nombre de patients ayant dû arrêter les bisphosphonates en raison d'effets indésirables, par rapport au placebo ou à l'absence d'intervention (DR -0,04 ; IC à 95 % -0,21 à 0,12 ; 2 essais avec 46 patients ; I² = 0 %), ni par rapport à un autre bisphosphonate (RR = 0,56 ; IC à 95 % 0,14 à 2,17 ; 2 essais avec 62 patients ; I² = 0 %). Un essai avec 32 participants et à risque élevé de biais avait comparé l'étidronate au fluorure de sodium, sans trouver de différence significative concernant la mortalité, les fractures, les événements indésirables ou la densité minérale osseuse. L'étidronate comparé au fluorure de sodium avait significativement réduit l'ostéocalcine sérique, l'hydroxyproline urinaire et la concentration d'hormone parathyroïdienne.

Tools
Information
Share/Save

Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.