Comparaison de la méthode « piggy-back » et de la méthode standard pour les greffes du foie

Lors d'une greffe du foie, la veine principale vers le cœur (la veine cave inférieure (VCI)) est clampée (bloquée en utilisant des pinces) par le chirurgien afin de mener à bien l'opération. Cela permet de retirer une partie de la VCI avec le foie malade. Cependant, le clampage de la VCI peut réduire la quantité de sang qui retourne au cœur, ce qui peut potentiellement diminuer la pression artérielle et le flux sanguin vers les organes vitaux. Pour éviter cette situation, une méthode alternative, appelée méthode « piggy-back », a été proposée. Dans cette méthode, la VCI du receveur est conservée. La VCI du donneur est ensuite reliée à la veine du receveur.

Nous avons effectué des recherches systématiques dans diverses bases de données médicales pour déterminer dans quelle mesure la méthode piggy-back est comparable à la méthode standard de greffe du foie ou à des techniques de piggy-back différentes. Deux essais cliniques ont randomisé 106 patients dans un groupe traité par la méthode « piggy-back » (53 patients) afin de comparer celle-ci à la méthode standard (53 patients). Ces deux essais présentaient des risques élevés d'erreurs systématiques (biais). Il n'y avait pas de différences significatives entre les deux groupes en ce qui concerne la mortalité postopératoire, la non-fonction primaire du greffon (le greffon de foie ne recommence pas à fonctionner du tout), les complications liées aux vaisseaux sanguins, l'insuffisance rénale, les besoins de transfusion sanguine, la durée du séjour en unité de soins intensifs, ou la durée d'hospitalisation. La proportion de patients ayant développé des complications thoraciques était significativement plus élevée avec la méthode piggy-back qu'avec la méthode classique (76 % pour la méthode piggy-back contre 44 % pour la méthode classique ; statistiquement significatif). Un essai a randomisé 80 patients dans le groupe d'une variante de la méthode piggy-back (dans laquelle le sang provenant des intestins est temporairement dévié ; 40 patients) comparé à la méthode piggy-back standard (dans laquelle le sang provenant des intestins est bloqué ; 40 patients). Cet essai comportait un risque élevé d'erreurs systématiques. Il n'y avait pas de différences significatives entre les deux groupes en ce qui concerne la mortalité postopératoire, la retransplantation due à la non-fonction primaire du greffon (le greffon de foie ne recommence pas à fonctionner du tout), les complications vasculaires, l'insuffisance rénale, ou la durée d'hospitalisation. Un nombre significativement inférieur de patients a nécessité une transfusion sanguine avec la variante de la méthode piggy-back (55 %) par rapport à la méthode piggy-back standard (75 %). La durée de séjour en soins intensifs était significativement plus courte chez les patients traités par la variante de la méthode piggy-back (2,9 jours) que chez ceux traités par la méthode piggy-back standard (4,9 jours). Il n'existait aucun essai comparant la méthode piggy-back et la méthode standard de greffe du foie sans dérivation du sang veineux ou des techniques différentes de la méthode piggy-back. Nous en avons conclu qu'il n'existe actuellement aucun élément probant permettant de recommander ou de récuser l'utilisation de la méthode piggy-back en cas de greffe du foie.

Conclusions des auteurs: 

Il n'existe actuellement aucun élément probant permettant de recommander ou de récuser l'utilisation de la méthode piggy-back dans la greffe du foie.

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Contexte: 

La méthode piggy-back de transplantation, qui implique la préservation de la veine cave inférieure rétrohépatique du receveur, a été proposée comme une alternative à la méthode classique de greffe du foie, dans laquelle la veine cave inférieure rétrohépatique du receveur est réséquée.

Objectifs: 

Comparer les bénéfices et les risques de la technique de piggy-back à ceux de la greffe du foie classique, ainsi qu'aux différentes modifications de la technique piggy-back lors d'une greffe du foie.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans Le registre des essais contrôlés du groupe Cochrane sur les affections hépato-biliaires, le Registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) dans The Cochrane Library, MEDLINE, EMBASE, et Science Citation Index Expanded jusqu'au mois de juin 2010 afin d'identifier des essais randomisés en utilisant les stratégies de recherche.

Critères de sélection: 

N'ont été pris en considération pour la revue que les essais cliniques randomisés, indépendamment de la langue, de la mise en aveugle, ou du statut de la publication.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs (KSG et VP) ont identifié les essais et extrait les données de manière indépendante. Nous avons calculé, à l'aide du logiciel RevMan 5, la différence moyenne (DM) ou la différence moyenne standardisée (DMS) avec intervalles de confiance (IC) à 95 % sur la base d'une analyse en intention de traiter avec les modèles à effets fixes et à effets aléatoires pour les résultats continus. Pour les résultats binaires, nous avons utilisé le test exact de Fisher puisque aucune des comparaisons des résultats binaires ne portait sur plus d'un essai.

Résultats principaux: 

Deux essais ont randomisé un total de 106 patients dans le groupe de la méthode piggy-back (n = 53) versus la méthode classique avec pontage veino-veineux (n = 53). Ces deux essais présentaient des risques de biais élevés. Il n'y avait pas de différences significatives entre les deux groupes en ce qui concerne la mortalité postopératoire, la non-fonction primaire du greffon, les complications vasculaires, l'insuffisance rénale, les besoins de transfusion sanguine, la durée du séjour en unité de soins intensifs (USI), ou la durée d'hospitalisation. La durée de l'ischémie chaude était significativement plus courte avec la méthode piggy-back qu'avec la méthode classique (DM -11,50 minutes ; IC à 95 % -19,35 à -3,65 ; P < 0,01). La proportion de patients ayant développé des complications thoraciques était significativement plus élevée avec la méthode piggy-back qu'avec la méthode classique (75,8 % contre 44,1 % ; P = 0,01).

Un essai a randomisé 80 patients dans le groupe de la méthode piggy-back avec pontage porto-cave (n = 40) versus la méthode piggy-back sans pontage porto-cave (n = 40). Cet essai comportait un risque élevé de biais. Il n'y avait pas de différences significatives entre les deux groupes en ce qui concerne la mortalité postopératoire, la retransplantation due à la non-fonction primaire du greffon, les complications vasculaires, l'insuffisance rénale, ou la durée d'hospitalisation. Un nombre inférieur de patients a nécessité une transfusion sanguine dans le groupe de la méthode piggy-back avec pontage porto-cave (55 %) par rapport au groupe de la méthode piggy-back sans pontage porto-cave (75 %) (P = 0,02). Il n'y avait pas de différences significatives entre les groupes dans la quantité moyenne de sang transfusée (DM -1,00 unité ; IC à 95 % -2,19 à 0,19 ; P = 0,10). La durée du séjour en unité de soins intensifs (USI) était significativement plus courte dans le groupe de la méthode piggy-back avec pontage porto-cave (2,9 jours) que dans le groupe de la méthode piggy-back sans pontage porto-cave (4,9 jours ; DM -2,00 jours ; IC à 95 % -3,82 à -0,18 ; P = 0,03).

Il n'existait aucun essai ayant comparé la méthode piggy-back à la méthode classique sans pontage veino-veineux ou à des techniques différentes de la méthode piggy-back.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.