Interventions pour réduire les risques, pour les femmes et leurs enfants, des taux d'hormone thyroïdienne faibles non traités en cas de grossesse

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La thyroïde est une glande en forme de papillon à l'avant de l'œsophage/la gorge qui produit l'hormone thyroïdienne. Cette hormone permet à l'organisme de fabriquer de l'énergie, de réguler la température corporelle et d'aider au fonctionnement d'autres organes. L'hypothyroïdie (déficit en hormone thyroïdienne) est une maladie relativement fréquente qui peut entraîner fatigue, constipation, crampes et faiblesse musculaires, chute de cheveux, sécheresse cutanée, intolérance au froid, dépression et prise de poids. Le traitement pharmacologique est la lévothyroxine. Le sélénium est un oligo-élément qui modifie l'expression des sélénoprotéines. Celles-ci agissent comme des antioxydants et semblent diminuer l'inflammation thyroïdienne dans les cas de thyroïdite auto-immune. Les femmes enceintes atteintes d'hypothyroïdie subclinique ont un taux d'hormone thyroïdienne anormal mais ne présentent aucun symptôme. Elles ont un risque accru de fausse couche, de pré-éclampsie et d'accouchement prématuré avec altération du développement neuropsychologique de l'enfant.

Nous avons identifié trois études randomisées impliquant 314 femmes enceintes atteintes d'hypothyroïdie. Dans un essai sur 115 femmes présentant des auto-anticorps anti-thyroïde mais des taux d'hormone thyroïdienne normaux, la lévothyroxine a clairement réduit le risque d'accouchement prématuré de 72 %, en moyenne, par rapport à l'absence de traitement. Le risque de pré-éclampsie n'a pas été réduit, mais on a observé une tendance à la diminution des fausses couches. Dans une étude sur 169 femmes atteintes d'hypothyroïdie auto-immune, la complémentation en sélénium n'a pas augmenté le taux d'accouchement prématuré ou de pré-éclampsie, mais a semblé réduire l'inflammation modérée à sévère de la thyroïde et les troubles thyroïdiens après l'accouchement. La troisième étude a examiné différentes doses de lévothyroxine sur les taux d'hormone thyroïdienne.

La lévothyroxine est un traitement établi pour les femmes atteintes d'hypothyroïdie symptomatique, mais peut également être bénéfique pour les femmes ayant un taux d'hormone thyroïdienne faible qui ne présentent pas de symptôme. Le sélénium s'avère également prometteur pour les femmes atteintes d'hypothyroïdie, mais doit être davantage étudié. Tant que nous ne savons pas si le dépistage de l'hypothyroïdie chez toutes les femmes enceintes est souhaitable, les femmes présentant un risque de trouble thyroïdien doivent subir des examens de la fonction thyroïdienne en début de grossesse.

Conclusions des auteurs: 

Le traitement par lévothyroxine de l'hypothyroïdie clinique en cas de grossesse est déjà une pratique standard basée sur les bénéfices documentés issus d'études non-randomisées antérieures. Il reste à déterminer si la lévothyroxine doit être utilisée dans l'hypothyroïdie auto-immune et subclinique, mais elle pourrait s'avérer utile dans la mesure où elle pourrait réduire les accouchements prématurés et les fausses couches.

La sélénométhionine comme intervention chez les femmes présentant des auto-anticorps anti-thyroïde est prometteuse, en particulier dans la réduction des thyroïdites post-partum. L'incidence des effets indésirables de la lévothyroxine et de la sélénométhionine est probablement faible. Les preuves de qualité sont insuffisantes et des essais randomisés à grande échelle sont urgemment nécessaires dans ce domaine. Tant qu'il n'existe pas de preuves en faveur ou à l'encontre d'un dépistage universel, des examens ciblés de la fonction thyroïdienne en cas de grossesse doivent être pratiqué chez les femmes présentant un risque de maladie thyroïdienne et la lévothyroxine doit être utilisée chez les femmes hypothyroïdiennes.

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Contexte: 

Depuis une dizaine d'années, la communauté médicale a de plus en plus conscience de la morbidité non négligeable des troubles thyroïdiens, en particulier le déficit en hormone thyroïdienne. Étant donné que le traitement de l'hypothyroïdie clinique ou subclinique peut réduire les événements obstétriques indésirables, il est crucial d'identifier quelles interventions sont sûres et efficaces.

Objectifs: 

Identifier les interventions utilisées dans la prise en charge de l'hypothyroïdie et de l'hypothyroïdie subclinique en cas de grossesse et vérifier l'impact de ces interventions sur les résultats cliniques de la mère, du fœtus, du bébé, puis de l'enfant.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre des essais cliniques du groupe Cochrane sur la grossesse et la naissance (novembre 2009).

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés (ECR) ayant comparé une intervention pharmacologique pour l'hypothyroïdie et l'hypothyroïdie subclinique en cas de grossesse à une autre intervention ou un placebo.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont évalué l'éligibilité et la qualité des essais et ont extrait des données.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus trois ECR à risque de biais modéré impliquant au total 314 femmes. Dans un essai sur 115 femmes, le traitement par lévothyroxine pour les femmes enceintes euthyroïdiennes présentant des anticorps anti-thyroperoxydase n'a pas réduit la pré-éclampsie de façon significative (risque relatif (RR) 0,61 ; intervalle de confiance (IC) à 95 % 0,11 à 3,48), mais a significativement réduit les accouchements prématurés, de 72 % (RR 0,28 ; IC à 95 % 0,10 à 0,80). Un essai sur 30 femmes hypothyroïdiennes a comparé des doses de lévothyroxine, mais n'a rapporté que des résultats sur la biochimie. Un essai sur 169 femmes a comparé l'oligo-élément sélénométhionine (sélénium) à un placebo et aucune différence significative n'a été observée pour la pré-éclampsie (RR 1,44, IC à 95 % 0,25 à 8,38) ou les accouchements prématurés (RR 0,96 ; IC à 95 % 0,20 à 4,61). Aucun de ces trois essais n'a fourni de résultats sur le retard de développement neurologique dans l'enfance.

On a observé une tendance non significative vers un nombre réduit de fausses couches avec la lévothyroxine, et le sélénium a montré un impact favorable sur la fonction thyroïdienne post-partum et une diminution de l'incidence de la thyroïdite post-partum modérée à avancée.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.