Les médicaments anti-anémiques raccourcissent la survie chez certains patients cancéreux

Les personnes atteintes de cancer développent parfois un problème sanguin appelé anémie, dû au traitement ou consécutif à la maladie elle-même. Elles présenteront des taux très bas de globules rouges sains, causant des problèmes de santé supplémentaires. Pendant des années, les médecins ont tenté de prévenir ou de traiter l'anémie par des injections d'agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) afin d'épargner aux patients cancéreux les nombreux risques graves associés à une transfusion de globules rouges (notamment l'hépatite, des lésions pulmonaires aiguës liées à la transfusion, l'infection). Des revues antérieures de la recherche ont montré que le traitement par les agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) réduit le besoin de transfusion mais, au cours des récentes années, plusieurs études ont démontré que les agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) provoquent eux-mêmes des dommages. Le médicament peut, par exemple, stimuler la croissance tumorale et produire des caillots sanguins potentiellement mortels. En 2007, de nouvelles études ont rapporté que les agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) raccourcissent la survie chez les personnes atteintes de cancer du sein, de cancer du poumon non à petites cellules, de cancer de la tête et du cou, de cancer lymphoïde et de cancer du col de l'utérus.

Il était nécessaire de réaliser une nouvelle revue systématique pour évaluer les anciennes et les nouvelles preuves ensembles et déterminer l'impact des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) sur la survie des patients cancéreux pour établir s'il existe des groupes de patients qui présentent un risque accru ou un risque réduit comparativement à la moyenne. Pour y parvenir, les auteurs de cette méta-analyse ont procédé à une évaluation en profondeur des données individuelles de 14 000 patients recrutés dans 53 essais menés dans le monde entier. Les données sur chacun de ces patients ont été fournies par trois laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) : Amgen, Johnson & Johnson, et Roche, et par plusieurs chercheurs indépendants. (Les laboratoires pharmaceutiques n'ont eu, cependant, aucun rôle dans la conduite de la méta-analyse.) Les essais se sont intéressés à l'un des deux types d'agents stimulant l'érythropoïèse (ASE), l'époétine ou la darbépoétine, et ont comparé l'usage de l'un de ces médicaments plus la transfusion de globules rouges (si nécessaire), à la transfusion de globules rouges en monothérapie (si nécessaire). La plupart des patients ont reçu leur traitement pendant qu'ils suivaient un traitement anticancéreux (chimiothérapie et/ou radiothérapie) ; mais d'autres ont reçu le traitement après avoir terminé leur traitement anticancéreux. Certains patients souffraient déjà d'anémie ; d'autres ont été traités en vue de la prévenir. Les patients avaient de nombreuses formes différentes de cancer et de nombreux traitements anticancéreux différents. 

Les auteurs de cette nouvelle méta-analyse ont conclu que le traitement par les agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) raccourcit la survie. Ils n'ont pas pu identifier avec certitude les éventuels sous-groupes de patients qui présentent un risque accru ou un risque réduit de décès dû à la prise des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE). Avec l'aide de leurs médecins, les patients cancéreux devraient considérer les risques du traitement par des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) par rapport aux risques d'une transfusion sanguine. Vous devez, cependant, avoir conscience qu'il subsiste des incertitudes concernant l'ampleur de chacun d'eux.

Conclusions des auteurs: 

Le traitement par des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) chez des patients cancéreux a augmenté la mortalité pendant l'étude et aggravé la survie globale. Pour les patients qui suivaient une chimiothérapie, l'augmentation était moins prononcée, mais un effet indésirable n'a pas pu être exclu.

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Contexte: 

Les agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) réduisent l'anémie chez les patients cancéreux et peuvent améliorer la qualité de vie, mais des préoccupations ont été avancées quant à l'augmentation de la mortalité qu'ils pourraient entraîner.

Objectifs: 

Nos objectifs étaient d'examiner l'effet des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) et d'identifier les facteurs qui modifient les effets des ASE sur la survie globale, la survie sans progression, les événements thromboemboliques et cardiovasculaires ainsi que le besoin de transfusions et d'autres critères de jugement d'innocuité et d'efficacité importants chez les patients cancéreux.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans The Cochrane Library, Medline, Embase et dans des actes de conférences pour identifier des essais éligibles. Nous avons contacté des laboratoires pharmaceutiques qui fabriquent des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) afin d'identifier des essais supplémentaires.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés comparant l'époétine ou la darbépoétine plus des transfusions de globules rouges (si nécessaire) à des transfusions de globules rouges (si nécessaire) en monothérapie, pour prévenir ou traiter l'anémie chez les patients cancéreux, adultes ou pédiatriques, avec ou sans traitement antinéoplasique concomitant.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons procédé à une méta-analyse des essais contrôlés randomisés comparant l'époétine alpha, l'époétine bêta ou la darbépoétine alpha plus des transfusions de globules rouges à la transfusion en monothérapie, pour la prophylaxie ou le traitement de l'anémie pendant ou après l'administration du traitement anticancéreux. Les données obtenues sur les patients ont été rassemblées et analysées par des statisticiens indépendants dans deux départements universitaires, en effectuant une méta-analyse à effets fixes et à effets aléatoires. Les analyses ont été effectuées selon le principe de l'intention de traiter. Les principaux critères de jugement étaient la mortalité pendant l'étude et la survie globale au cours de la période de suivi la plus longue possible, indépendamment du traitement anticancéreux, et chez les patients qui suivent une chimiothérapie. Des tests d'interactions ont été utilisés pour identifier les différences en termes d'effets des agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) sur la mortalité parmi les sous-groupes prédéfinis. La présente revue ne rend compte que des résultats pour le principal critère de jugement.

Résultats principaux: 

Nous avons analysé un total de 13 933 patients cancéreux recrutés dans 53 essais, 1 530 patients sont décédés pendant l'étude et 4 993 globalement. Les agents stimulant l'érythropoïèse (ASE) ont augmenté la mortalité pendant l'étude (hazard ratio combiné [cHR] 1,17 ; IC à 95 % 1,06 à 1,30) et ont aggravé la survie globale (cHR 1,06 ; IC à 95 % 1,00 à 1,12), avec très peu d'hétérogénéité entre les essais (I2 0 %, p = 0,87 et I2 7,1 %, p = 0,33, respectivement). Trente-huit essais ont recruté 10 441 patients qui suivent une chimiothérapie. Le cHR pour la mortalité pendant l'étude était de 1,10 (IC à 95 % 0,98 à 1,24) et de 1,04 (IC à 95 % 0,97 à 1,11) pour la survie globale. Il existait très peu de preuves d'une différence entre les essais portant sur des patients recevant des traitements anticancéreux différents (P pour l'interaction = 0,42).

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.