Preuves peu concluantes, mais prometteuses, concernant l'efficacité des interventions basées sur une analyse fonctionnelle destinées à gérer un comportement turbulent lié à la démence

Les traitements médicamenteux, comme les antipsychotiques, sont privilégiés pour la gestion d'un comportement turbulent, comme l'agressivité et l'agitation liées à la démence, malgré leur efficacité moindre, leurs effets secondaires et leur éventuelle influence négative sur la qualité de vie. L'analyse fonctionnelle (AF) est une intervention comportementale décrite par des directives internationales servant d'alternative de première intention au traitement médicamenteux d'un comportement turbulent. Une AF permet généralement au thérapeute de comprendre le fonctionnement ou la signification qui se cache derrière le comportement perturbateur d'une personne atteinte de démence afin de développer des stratégies personnalisées adaptées à cette personne et aux soignants, pour soulager l'angoisse résultant de ce comportement. Une AF peut être réalisée à domicile où la famille ou l'aidant naturel bénéficie de l'aide d'un thérapeute, ou dans des établissements de soins, des hôpitaux ou des résidences avec assistance, dans lesquels la formation aux AF et l'aide d'un spécialiste sont à la disposition du personnel afin de réaliser ces interventions.

Dans cette revue, nous avons analysé l'efficacité des interventions basées sur une analyse fonctionnelle destinées à gérer un comportement turbulent lié à la démence. Nous avons trouvé 18 essais contrôlés randomisés pouvant être analysés pour l'ensemble des quatre types de soins. La majorité était réalisée dans des centres d'assistance aux familles et étonnement peu d'études étaient réalisées dans des établissements de soins. La plupart évaluait des programmes de soins étendus, dans lesquels l'AF n'était qu'un composant faisant partie d'un éventail d'interventions autres. Les effets réels de l'AF pour la gestion d'un comportement turbulent lié à la démence étaient d'autant plus difficiles à déterminer.

Cependant, des résultats positifs étaient observés au niveau de la fréquence des troubles comportementaux signalés d'une personne et de la réaction des soignants face à ces troubles. Aucun effet significatif n'a été trouvé concernant l'incidence ou la gravité de l'humeur et d'autres troubles comportementaux. De même, aucun effet significatif n'a été trouvé au niveau de l'humeur du soignant ou son sentiment de porter un lourd fardeau.

Bien qu'il soit trop tôt pour tirer des conclusions définitives concernant les preuves de l'efficacité d'une AF pour la gestion d'un comportement turbulent lié à la démence, nous observons l'apparition d'effets bénéfiques dans le cas d'un comportement turbulent où des interventions psychosociales à composantes multiples ont eu recours à une AF intégrée au programme de soins.

Conclusions des auteurs: 

La réalisation d'une AF était intégrée à des programmes étendus et à composantes multiples et la conception des études variait selon l'établissement, à savoir des centres d'assistance aux familles, des établissements de soins et des hôpitaux, avec étonnement peu d'études réalisées dans des établissements de soins. Nos découvertes suggèrent des effets bénéfiques potentiels concernant les interventions à composantes multiples ayant recours à une AF. Bien que l'analyse fonctionnelle d'un comportement turbulent dans un cas de démence semble prometteuse, il est trop tôt pour tirer des conclusions quant à son efficacité.

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Contexte: 

Une analyse fonctionnelle (AF) pour la gestion d'un comportement turbulent est une intervention comportementale prometteuse consistant à explorer la signification ou l'objectif du comportement d'une personne. Elle développe l'approche ABC de l'analyse comportementale afin de surmonter la restriction consistant à trouver une hypothèse explicative unique pour justifier le comportement d'une personne. Elle est considérée comme une alternative de première intention à la gestion pharmacologique classique pour le traitement de cas d'agitation et d'agression. Une AF exige généralement que le thérapeute développe et évalue des stratégies guidées par des hypothèses afin d'aider la famille et les soignants à réduire ou résoudre la détresse d'une personne, ainsi que ses manifestations comportementales associées.

Objectifs: 

Évaluer les effets d'interventions basées sur une analyse fonctionnelle destinées à des personnes atteintes de démence (et leurs soignants) habitant à leur domicile ou dans un cadre autre.

La stratégie de recherche documentaire: 

Le 3 mars 2011, nous avons effectué des recherches dans ALOIS : le registre spécialisé du groupe Cochrane sur la démence et les autres troubles cognitifs, en utilisant les termes : AF, comportement (intervention, gestion, modification), SCPD, psychosocial et démence.

Critères de sélection: 

Des essais contrôlés randomisés (ECR) composés de résultats comportementaux signalés pouvant être associés à une analyse fonctionnelle pour la gestion d'un comportement turbulent lié à la démence.

Recueil et analyse des données: 

Quatre relecteurs ont sélectionné des essais pour l'inclusion. Deux relecteurs ont indépendamment extrait des données et évalué la qualité méthodologique des essais, y compris les risques de biais. Des méta-analyses ont été réalisées pour l'incidence, la fréquence, la gravité du comportement turbulent et l'humeur du bénéficiaire de soins (principaux critères de jugement), ainsi que pour la réaction, le sentiment de fardeau et l'humeur des soignants, qui ont été signalés. Des détails concernant des effets indésirables ont été observés.

Résultats principaux: 

Dix-huit essais sont inclus dans cette revue. La majorité était réalisée dans des centres d'assistance aux familles. Dans 14 études, l'AF n'était qu'une partie d'un programme de soins étendu et à composantes multiples. L'évaluation des effets de l'AF était compromise par des protocoles mal définis concernant la durée des différentes composantes de ces programmes (c'est-à-dire, la fréquence ou le temps consacré à ces interventions). Par conséquent, il était impossible d'établir les effets réels d'une AF.

Dans l'ensemble, des effets positifs étaient observés après l'intervention au niveau de la fréquence du comportement turbulent signalé (mais pas son incidence ou sa gravité) ou de la réaction du soignant (mais pas son sentiment de fardeau ou son état dépressif). Ces effets n'étaient pas constatés lors de la visite de suivi.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.