Les interventions auprès des ménages visant à prévenir l'exposition domestique au plomb chez les enfants

Pourquoi cette revue est-elle importante ?

L'imprégnation excessive au plomb peut entraîner une anémie, la défaillance de multiples organes, des convulsions, un coma ou un décès chez les enfants. Une exposition chronique à de faibles niveaux de concentration peut provoquer des troubles psychologiques, cognitifs et neurocomportementaux. Les chercheurs ont étudié de nombreuses interventions éducatives et environnementales auprès des ménages visant à prévenir l'exposition au plomb chez les enfants, par exemple au travers d'une éducation aux parents, du retrait des poussières de plomb ou de réparations du domicile. Il n'est pas encore clairement établi si, et dans quelle mesure, ces interventions sont efficaces pour prévenir l'exposition aux plomb chez les enfants.

Qui sera intéressé par cette revue ?

- Les parents et les soignants qui veulent prévenir l'exposition domestique au plomb chez les enfants.

- Les professionnels de santé et les décisionnaires qui sont intéressés par des méthodes permettant de prévenir l'exposition domestique au plomb chez les enfants.

A quelles questions cette revue tente d'apporter des réponses ?

Nous voulions découvrir si les interventions éducatives ou environnementales auprès des ménages, ou une combinaison de ces deux approches, sont efficaces pour prévenir ou réduire l'exposition domestique au plomb chez les enfants âgés de moins de 18 ans. Nous nous sommes intéressés aux améliorations au niveau du développement cognitif et neurocomportemental ainsi qu'aux réductions des poussières de plomb domestiques et de la quantité de plomb dans le sang.

Quelles études ont été incluses dans la revue ?

Nous avons effectué des recherches dans les bases de données jusqu'en mai 2016 pour identifier les essais contrôlés randomisés, aussi appelés ECR (essais dans lesquels les participants sont assignés de manière aléatoire dans des groupes de traitement et de contrôle ; dans cette revue, il s'agissait un groupe qui ne reçoit pas d'intervention et un ou plusieurs autres groupes qui en reçoivent) et les quasi-ECR (où les enfants sont assignés aux groupes en utilisant des méthodes qui ne sont pas strictement aléatoire). Nous avons trouvé 14 études portant sur 2643 enfants qui examinaient les interventions éducatives ou environnementales, ou une combinaison des deux, pour réduire l'exposition domestique au plomb chez les enfants. Dans toutes les études, les enfants avaient moins de six ans. Treize études ont été menées dans des zones urbaines d'Amérique du Nord, et une a été réalisée en Australie. La plupart des études ont été réalisées dans des régions à faible statut socio-économique. Les garçons et les filles étaient représentés de manière égale dans toutes les études. La durée de l'intervention allait de 3 à 24 mois dans 12 études. Deux études ont réalisé une intervention en une seule fois. Les périodes de suivi variaient de 6 à 48 mois. Des subventions nationales ou internationales pour la recherche ainsi que des gouvernements ont financé 12 des études et 2 études n'ont pas rapporté leurs sources de financement.

Qu'est-ce que les preuves identifiées dans la revue révèlent ?

Nous n'avons pas trouvé d'études ayant évalué les effets sur les résultats cognitifs ou neurocomportementaux ou encore sur les événements indésirables chez les enfants. Toutes les études ont rapporté des données sur les niveaux de plomb mesurés dans le sang. Les études incluses ont constaté que les interventions éducatives ne sont pas efficaces pour réduire les niveaux de plomb dans le sang des jeunes enfants ; la qualité de ces preuves était modérée à élevée. Les interventions de lutte contre les poussières de plomb peuvent conduire à des différences légères à négligeables des niveaux de plomb dans le sang. Néanmoins, de futures recherches pourraient modifier ces résultats car la qualité des preuves était faible à modérée pour ces interventions. Il n'existe donc actuellement pas suffisamment de preuves indiquant que les interventions de lutte contre la pollution des sols ou que les interventions combinées réduisent les niveaux de plomb dans le sang et des études supplémentaires devront se pencher sur cette problématique.

Que devrait-il se passer ensuite ?

Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour déterminer les interventions efficaces pour prévenir l'exposition des enfants au plomb. Les études devraient être menées dans des groupes socio-économiques différents et dans des pays à revenu faible, intermédiaire ou élevé afin de prendre en compte la manière dont les interventions fonctionnent dans des contextes influencés par différents niveaux d'industrialisation ou de réglementations quant à la sécurité de l'environnement et la santé au travail.

Conclusions des auteurs: 

En se basant sur les connaissances actuelles, les interventions éducatives auprès des ménages ne sont pas efficaces pour réduire les niveaux de plomb dans le sang chez les enfants. Les interventions de lutte contre les poussières peuvent conduire à des différences faibles à insignifiantes des niveaux de plomb dans le sang (la qualité des preuves était faible à modérée, ce qui signifie que de futures recherches sont susceptibles de modifier ces résultats). Il n'existe actuellement pas suffisamment de preuves pour tirer des conclusions sur l'efficacité de la lutte contre la pollution des sols ou des interventions combinées. Aucune étude n'a rapporté de données sur les résultats cognitifs ou neurocomportementaux ou encore sur les événements indésirables. Ces critères de jugement relatifs aux patients auraient été très intéressants pour permettre de tirer des conclusions pour la pratique.

De futurs essais sont nécessaires pour établir l'intervention la plus efficace pour la prévention de l'exposition au plomb. Les éléments clés de ces essais devraient inclure des stratégies pour réduire les multiples sources d'exposition au plomb simultanément en utilisant des niveaux empiriques de dépoussiérage. Il est également nécessaire que ces essais soient effectués dans des pays à revenu faible et intermédiaire ainsi que dans des groupes socio-économiques différents dans les pays à revenu élevé.

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Contexte: 

L'empoisonnement au plomb est associé à des déficiences physiques, cognitives et neurocomportementales chez les enfants, et des essais ont examiné de nombreuses interventions domestiques visant à prévenir l'exposition au plomb. Cet article est une mise à jour de la revue originale publiée pour la première fois en 2008.

Objectifs: 

Évaluer les effets des interventions domestiques visant à prévenir ou à réduire l'exposition au plomb chez les enfants, telles que mesurées par des améliorations dans le développement cognitif et neurocomportemental, des réductions des niveaux de plomb dans le sang et une réduction des niveaux de plomb dans la poussière des ménages.

La stratégie de recherche documentaire: 

En mai 2016, nous avons effectué des recherches dans CENTRAL, Ovid MEDLINE, Embase, neuf autres bases de données et deux registres d'essais cliniques : le World Health Organization International Clinical Trials Registry Platform (ICTRP de l'OMS) et ClinicalTrials.gov. Nous avons également vérifié les références bibliographiques des études pertinentes et contacté des experts pour trouver des études non publiées.

Critères de sélection: 

Les essais contrôlés randomisés (ECR) et quasi-ECR portant sur des interventions domestiques éducatives ou environnementales, ou des combinaisons d'interventions visant à prévenir l'exposition au plomb chez les enfants (de la naissance jusqu'à l'âge de 18 ans), dans lesquelles les investigateurs ont rapporté au moins une mesure de résultats standardisée.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont indépendamment passé en revue toutes les études éligibles pour l'inclusion, évalué le risque de biais et extrait les données. Nous avons contacté les investigateurs afin d'obtenir des informations manquantes. Nous avons évalué la qualité des preuves en utilisant l'approche GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 14 études portant sur 2643 enfants : 13 ECR (impliquant 2565 enfants) et un quasi-ECR (portant sur 78 enfants). Dans toutes les études les enfants avaient moins de six ans. Treize études ont été menées dans des zones urbaines d'Amérique du Nord, et la quatorzième a été réalisée en Australie. La plupart des études ont été réalisées dans des zones ayant un statut socio-économique faible. Les filles et les garçons ont été représentés de manière égale dans toutes les études. La durée de l'intervention allait de 3 à 24 mois dans 12 études et 2 études présentaient des interventions réalisées en une seule fois. Les périodes de suivi variaient de 6 à 48 mois. Trois ECR avaient un faible risque de biais dans tous les domaines évalués. Nous avons évalué deux ECR et un quasi-ECR comme étant à risque élevé de biais de sélection et six ECR comme présentant un risque élevé de biais d'attrition. Pour les interventions éducatives, nous avons évalué que la qualité des preuves était élevée pour les niveaux de plomb dans le sang surveillés en continu et modérée pour tous les autres critères de jugement. Pour les interventions environnementales, nous avons évalué la qualité des preuves comme étant faible à modérée. Des subventions nationales ou internationales pour la recherche ainsi que des gouvernements ont financé 12 des études, tandis que les 2 dernières n'ont pas rapporté leurs sources de financement.

Aucune étude n'a rapporté de données sur les résultats cognitifs ou neurocomportementaux. Aucune étude n'avait rendu compte des événements indésirables chez les enfants. Toutes les études ont rapporté les niveaux de plomb dans le sang mesurés.

Nous avons classé les études dans des sous-groupes selon le type d'intervention. Nous avons effectué des méta-analyses des données à la fois continues et dichotomiques pour les sous-groupes lorsque cela était approprié. Les interventions éducatives n'étaient pas efficaces pour réduire les niveaux de plomb dans le sang (continues : différence moyenne (DM) 0,02, intervalle de confiance à 95 % (IC) − de 0,09 à 0,12, I ² = 0 % ; 5 études ; N = 815 ; preuves de qualité élevée (log transformé) ; dichotomiques ≥ 10,0 µg / dL (≥ 0,48 µmol / L) : risque relatif (RR) 1,02, IC à 95 % de 0,79 à 1,30 ; I ² = 0 % ; 4 études ; N = 520 ; preuves de qualité modérée ; dichotomiques ≥ 15,0 µg / dL (≥ 0,72 µmol / L) : RR 0,60, IC à 95 % de 0,33 à 1,09 ; I ² = 0 % ; 4 études ; N = 520 ; preuves de qualité modérée). La méta-analyse réalisée sur le sous-groupe de la lutte contre les poussières n'a pas rapporté de preuves d'efficacité sur les niveaux de plomb dans le sang (continues : DM −0,15, IC à 95 % de −0,42 à 0,11 ; I ² = 90 % ; 3 études ; N = 298 ; preuves de faible qualité (log transformé) ; dichotomiques ≥ 10,0 µg / dL (≥ 0,48 µmol / L) : RR 0,93, IC à 95 % de 0,73 à 1,18 ; I ² = 0 ; 2 études ; N = 210 ; preuves de qualité modérée ; dichotomiques ≥ 15,0 µg / dL (≥ 0,72 µmol / L) : RR 0,86, IC à 95 % de 0,35 à 2,07 ; I ² = 56 % ; 2 études ; N = 210 ; preuves de faible qualité). Après avoir ajusté le sous-groupe de lutte contre les poussières pour tenir compte de la mise en grappe dans la méta-analyse, nous n'avons trouvé aucune preuve d'efficacité. Nous n'avons pas pu combiner les études portant sur la lutte contre la pollution des sols (élimination et remplacement) et la combinaison de groupes d'intervention dans une méta-analyse, en raison des différences substantielles entre les études. La possibilité de reproduire ou de généraliser les résultats de ces études est inconnue. Par conséquent, il n'existe actuellement pas suffisamment de preuves pour déterminer si la lutte contre la pollution des sols ou une combinaison d'interventions réduit les niveaux de plomb dans le sang.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Martin Vuillème et révisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.