Les antagonistes des récepteurs cannabinoïdes de type 1 peuvent-ils aider à arrêter de fumer et peuvent-ils également réduire la prise de poids occasionnée par le sevrage ?

L'utilisation de la nicotine peut, à long terme, perturber le système endocannabinoïde qui est situé dans le cerveau et contrôle la prise alimentaire et l'équilibre énergétique. Le rimonabant et des médicaments similaires pourraient aider le fumeur à se sevrer grâce au rééquilibrage du système, lequel réduirait alors l'envie irrésistible de nicotine et les fringales. Nous avons effectué une recherche dans notre propre registre spécialisé d'essais contrôlés. Nous avons également contacté Sanofi Aventis, le fabricant du rimonabant, et les chercheurs qui avaient présenté les premiers résultats lors de congrès. Nous avons trouvé deux essais contrôlés randomisés (ECR) du rimonabant pour le sevrage tabagique, portant au total sur 1 567 fumeurs, et un ECR du rimonabant pour la prévention des rechutes portant sur 1 661 ex-fumeurs. L'information disponible montre que le rimonabant en dose de 20 mg avait accru d'un facteur 1½ les chances de ne pas fumer après un an, en comparaison à un placebo. Le rimonabant en dose de 5 mg n'avait fait à aucun moment mieux que le placebo. Dans l'essai de prévention des rechutes, les fumeurs qui avaient réussi à arrêter de fumer à l'aide de rimonabant 20 mg étaient 1 fois et demie plus susceptibles de demeurer abstinents sous traitement actif (5 mg ou 20 mg pendant 42 semaines) que sous placebo. Chez ceux qui avaient réussi à arrêter de fumer à l'aide du 5 mg, ni le traitement actif ni le placebo ne semblaient être utiles pour éviter les rechutes. Ces résultats contradictoires ne permettent pas d'établir un bénéfice clair pour le rimonabant dans la prévention des rechutes. Un essai du taranabant (317 fumeurs) ne lui a pas trouvé d'avantage sur le placebo, et le groupe taranabant avait souffert de plus d'effets secondaires que le groupe placebo. Les principaux effets secondaires du rimonabant incluaient nausées et infections des voies respiratoires supérieures, et peu de préjudices graves ont été signalés. Pour le taranabant, les principaux effets secondaires comprenaient des problèmes avec les systèmes digestifs, nerveux, psychiatriques, cutanés et vasculaires. Pour les deux médicaments, le nombre et la gravité des effets secondaires étaient plus élevés chez ceux qui prenaient des doses plus fortes. Bien que les données sur les changements de poids fussent rares dans ces essais, le gain de poids de ceux qui s'étaient sevrés avec du rimonabant 20 mg était significativement plus faible que pour ceux qui avaient utilisé du 5 mg ou un placebo. Pendant le traitement, les fumeurs en surpoids ou obèses avaient tendance à perdre du poids avec le 20 mg, ce qui n'était pas le cas pour les fumeurs de poids normal. Le taranabant avait également limité la prise de poids au cours de tentatives de sevrage. En 2008, le rimonabant et le taranabant ont été tous les deux retirés du marché par les fabricants, en raison de liens avec des troubles mentaux et d'effets secondaires inacceptables.

Conclusions des auteurs: 

D'après les rapports d'essais disponibles, le rimonabant 20 mg pourrait augmenter environ d'un facteur 1½ les chances d'arrêter de fumer. Les résultats du rimonabant pour le maintien de l'abstinence ne sont pas concluants.
Le rimonabant 20 mg pourrait atténuer la prise de poids sur le long terme. Le taranabant 2-8 mg pourrait atténuer la prise de poids, à court terme au moins.
En 2008, le développement tant du rimonabant que du taranabant a été interrompu par les fabricants.

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Contexte: 

Les antagonistes sélectifs des récepteurs cannabinoïdes de type 1 (CB1) pourraient aider au sevrage tabagique en rétablissant l'équilibre du système endocannabinoïde qui peut être perturbé par une utilisation prolongée de nicotine. Ils devraient également permettre de faire face à la réticence de nombreux fumeurs à poursuivre dans leur tentative de sevrage en raison de soucis de prise de poids.

Objectifs: 

Déterminer si les antagonistes sélectifs des récepteurs CB1 (en pratique, le rimonabant et le taranabant) accroissent le nombre de personnes qui arrêtent de fumer
Évaluer leurs effets sur le changement de poids chez ceux qui réussissent à se sevrer et chez ceux qui essaient mais n'y parviennent pas.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé des essais du groupe Cochrane sur le tabagisme, au moyen des termes ('rimonabant' ou 'taranabant') et 'smoking' dans le titre ou le résumé ou comme mots-clés. Nous avons également cherché dans MEDLINE, EMBASE, CINAHL et PsycINFO, en utilisant des termes MESH majeurs. Nous avons acquis des copies papier ou électroniques de posters de résultats préliminaires d'essais présentés au congrès de l'American Thoracic Society en 2005, et à la conférence européenne de la Société de recherche sur la nicotine et le tabac en 2006. Nous avons également tenté de contacter les auteurs d'études en cours sur le rimonabant, ainsi que Sanofi Aventis (le fabricant de rimonabant). La recherche la plus récente datait de janvier 2011.

Critères de sélection: 

Types d'études
Essais contrôlés randomisés

Types de participants
Fumeurs adultes

Types d'interventions
Antagonistes sélectifs des récepteurs CB1, tels que le rimonabant et le taranabant.

Types de critères de résultat
Le principal critère de résultat est la consommation de tabac six mois au moins après le début du traitement. Nous avons préféré les taux de sevrage maintenu plutôt que la prévalence ponctuelle, et le sevrage vérifié biochimiquement plutôt que celui signalé par l'intéressé. Nous avons considéré les fumeurs qui avaient abandonné ou dont le suivi avait été perdu comme continuant à fumer. Nous avons noté tout effet indésirable du traitement.

Le changement de poids associé à la tentative de sevrage constitue un critère de résultat secondaire.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont vérifié la pertinence des résumés et tenté d'acquérir des rapports d'essais complets. Un auteur a extrait les données et un second les a vérifiées.

Résultats principaux: 

Nous avons trouvé trois essais qui répondaient à nos critères d'inclusion et portaient sur 1 567 fumeurs (sevrage : STRATUS-EU and STRATUS-US), et 1 661 ex-fumeurs (prévention de la rechute : STRATUS-WW). Après un an, le risque relatif (RR) groupé pour le sevrage avec le rimonabant 20 mg était de 1,50 (intervalle de confiance (IC) à 95 % 1,10 à 2,5). Aucun bénéfice significatif n'a été constaté pour le dosage de 5 mg de rimonabant. Les événements indésirables incluaient nausées et infections des voies respiratoires supérieures.
Dans l'essai de prévention des rechutes, ceux qui avaient arrêté de fumer en utilisant le 20 mg étaient plus susceptibles de ne pas rechuter sous régime actif que sous placebo ; le RR pour le groupe d'entretien sous 20 mg était de 1,29 (IC à 95 % 1,06 à 1,57), et de 1,30 pour le groupe d'entretien sous 5 mg (IC à 95 % 1,06 à 1,59). Le traitement d'entretien semblait n'être d'aucun bénéfice significatif pour ceux qui avaient arrêté de fumer en utilisant le 5 mg.
Un essai du taranabant n'a pas été inclus dans nos méta-analyses parce qu'il n'avait suivi les participants que jusqu'à la fin du traitement; à huit semaines, il n'avait constaté aucun avantage du traitement par rapport au placebo, avec un RC de 1,2 (IC à 90 % 0,6 à 2,5).
Pour le rimonabant, le gain de poids s'est avéré être significativement plus faible chez les ex-fumeurs qui avaient utilisé le 20 mg que chez ceux qui avaient utilisé le 5 mg ou un placebo. Pendant le traitement, les fumeurs en surpoids ou obèses avaient tendance à perdre du poids, ce qui n'était pas le cas pour les fumeurs de poids normal. Pour le taranabant comparé à un placebo, le gain de poids était significativement plus faible pour les dosages de 2-8 mg à la fin de huit semaines de traitement.
En 2008, la surveillance post-commercialisation a conduit l'Agence européenne du médicament à exiger de Sanofi Aventis de retirer à la vente le rimonabant, en raison de liens avec des troubles mentaux. Le développement de taranabant a également été suspendu par Merck &Co en raison d'effets indésirables inacceptables.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.