Administration systématique de médicaments prophylactiques lors d'un accouchement normal pour réduire l'aspiration gastrique et ses effets

Il n'existe pas de preuve solide que des médicaments, comme les anti-acides, administrés lors d'un accouchement normal réduisent le faible risque d'inhalation d'une partie du contenu de l'estomac en cas d'anesthésie générale.

Le personnel soignant est souvent préoccupé à l'idée que certaines femmes aient à subir une anesthésie générale lors d'un accouchement normal, soit pour une césarienne, soit pour retirer le placenta en cas de rétention après la naissance. Cette préoccupation est due au très faible risque que les femmes régurgitent et inhalent éventuellement une partie du contenu de leur estomac (aspiration gastrique ou syndrome de Mendelsohn) pendant l'anesthésie générale. Cela peut alors entraîner de graves problèmes pulmonaires et respiratoires, notamment si le contenu de l'estomac est acide (pH faible), et extrêmement rarement (une fois sur un million), une femme peut mourir des suites d'un problème d'anesthésie. L'administration de médicaments pour réduire le volume du contenu de l'estomac ou le rendre moins acide peut aider à limiter le problème. La revue des essais a cherché à déterminer si l'administration systématique de ce type de médicaments à toutes les femmes accouchant normalement était efficace. Trois essais, impliquant 2 465 femmes, ont été identifiés, mais aucun d'entre eux n'évaluait l'aspiration gastrique, probablement parce qu'il s'agit d'un événement très rare. En revanche, tous les essais évaluaient la fréquence des vomissements, bien qu'il n'existe pas de lien prouvé entre les vomissements au cours du travail et l'aspiration gastrique lors de l'anesthésie générale. La revue a trouvé des preuves limitées que 1) les médicaments comme les anti-acides réduisent peut-être les risques de vomissement au cours du travail, 2) les antagonistes des récepteurs H2 (comme la ranitidine) semblent donner des résultats similaires aux anti-acides et 3) les antagonistes de la dopamine (comme le métoclopramide) réduisent peut-être les risques de vomissement au cours du travail lorsqu'ils sont administrés en association avec la péthidine. Globalement, il n'y avait aucune preuve que l'un de ces médicaments réduise la fréquence des cas d'aspiration gastrique ou de syndrome de Mendelsohn.

Conclusions des auteurs: 

Il n'existe pas de preuves solides confirmant que l'administration systématique de médicaments prophylactiques anti-acides lors d'un accouchement normal permet d'éviter l'aspiration gastrique et ses conséquences. L'administration de ce type de médicaments aux femmes lorsque la décision de pratiquer une anesthésie générale est prise fait l'objet d'une autre revue Cochrane.

[Remarque : Les quatre références dans la section de classification en attente de la revue pourraient modifier les conclusions de la revue après avoir été évaluées.]

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Contexte: 

Il arrive que des femmes ayant un accouchement normal doivent subir une anesthésie générale si le travail devient anormal, par exemple si une césarienne est nécessaire. L'anesthésie générale comporte un très petit risque de régurgitation et d'inhalation dans les poumons du contenu de l'estomac. Ceci peut entraîner une inflammation, en particulier si le liquide est acide, et provoquer une grave morbidité, voire le décès dans de très rares cas. Les hormones de l'accouchement augmentent le risque d'aspiration gastrique, ou syndrome de Mendelsohn, bien que la fréquence exacte soit inconnue. L'administration systématique de médicaments prophylactiques anti-acides à toutes les femmes ayant un accouchement normal est pratiquée dans le monde entier afin de limiter l'aspiration gastrique en réduisant le volume et l'acidité du contenu de l'estomac.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité de l'administration systématique de médicaments prophylactiques aux femmes ayant un accouchement normal pour réduire l'aspiration gastrique et ses effets.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre des essais cliniques du groupe Cochrane sur la grossesse et la naissance (décembre 2005), EMBASE (1974 à 2005) et CINAHL (1982 à avril 2005). Nous avons mis à jour la recherche du registre des essais cliniques du groupe Cochrane sur la grossesse et la naissance le 01 octobre 2009 et avons ajouté les résultats à la section de classification en attente.

Critères de sélection: 

Des essais contrôlés randomisés et quasi-randomisés comparant l'administration systématique de médicaments (anti-acides, antagonistes des récepteurs H2, antagonistes de la dopamine et inhibiteurs de la pompe à protons) à des femmes accouchant normalement, par rapport à un placebo, l'absence de traitement ou d'autres médicaments réduisant l'aspiration gastrique.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont, de manière indépendante, évalué l'admissibilité et la qualité méthodologique des essais, extrait les données et effectué une double entrée des données.

Résultats principaux: 

Trois essais, impliquant 2 465 femmes et évaluant les effets des anti-acides, des antagonistes des récepteurs H2 et des antagonistes de la dopamine, ont été inclus. Aucun essai sur les inhibiteurs de la pompe à protons n'a été trouvé. Aucun des essais n'était de bonne qualité et aucun n'évaluait la fréquence des cas d'aspiration gastrique et de syndrome de Mendelsohn, ni leurs conséquences. Toutes les études évaluaient les vomissements et il y avait peu de preuves démontrant que les vomissements peuvent être réduits par les anti-acides (risque relatif (RR) 0,46 ; intervalle de confiance (IC) à 95 % 0,27 à 0,77 ; n = 578, un essai) ou par les antagonistes de la dopamine administrés en association avec la péthidine (RR 0,40 ; IC à 95 % 0,23 à 0,68 ; n = 584, un essai). Les comparaisons entre les différents médicaments n'ont révélé aucune différence significative, même s'il n'y avait qu'un petit nombre de participantes. Il n'y avait aucune preuve que les antagonistes des récepteurs H2 amélioraient les résultats par rapport aux anti-acides, même si un seul essai considérait cette question.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.