Arrêt rapide ou lent des médicaments antiépileptiques

Contexte

L'épilepsie est un trouble lors duquel des crises récurrentes (convulsions) sont causées par des décharges électriques anormales dans le cerveau. Des médicaments antiépileptiques sont utilisés pour prévenir ces crises. La prise régulière de médicaments antiépileptiques pourrait avoir des effets secondaires à long terme. En cas de rémission (sans crises pendant un certain temps), il est logique de tenter d'arrêter les médicaments. Deux questions importantes sont de savoir comment et quand les arrêter.

Objectif de la revue

Cette revue a analysé les diverses études pour trouver des données probantes concernant la rapidité de l’arrêt de la prise des médicaments antiépileptiques. Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés évaluant l’arrêt rapide ou lent (diminution progressive) de la prise de ces médicaments après diverses périodes de maîtrise des crises chez les personnes épileptiques.

Résultats

Nous avons inclus seulement deux petites études menées auprès de 206 enfants épileptiques. Les études incluses n'ont pas trouvé de différence sur la proportion de participants restant sans crise, entre les groupes à diminution rapide et ceux à diminution lente, à différents moments. Il n'y avait pas de données pour d'autres mesures telles que l’état de mal épileptique (une longue crise), le décès, les maladies liées aux crises et la qualité de vie. Nous n'avons pas trouvé d’essai terminé sur l’arrêt de la prise des médicaments antiépileptiques chez les adultes.

Actuellement, un essai italien est en cours, investiguant si un calendrier de sevrage lent ou rapide des médicaments antiépileptiques influence le retour des crises (rechute) chez les adultes atteints d'épilepsie focale ou généralisée qui n'ont pas eu de crises depuis au moins deux ans (aucun résultat préliminaire disponible).

Fiabilité des données probantes

Les données probantes des deux études incluses étaient d'une très faible fiabilité. Les deux études ont été menées sur un petit nombre de participants et il n'y avait pas assez de données pour détecter une différence entre les groupes. De plus, elles ne comprenaient que des enfants, de sorte que les résultats ne peuvent être généralisés aux adultes. Par conséquent, il n'existe actuellement pas de données probantes fiables sur le rythme de diminution optimal de la prise des médicaments antiépileptiques.

Les données sont à jour jusqu'en avril 2019.

Conclusions des auteurs: 

Depuis la publication de la dernière version de cette revue, nous avons trouvé une nouvelle étude pédiatrique. Compte tenu des lacunes méthodologiques et de la petite taille de l'échantillon des deux études incluses, nous ne pouvons pas tirer de conclusions fiables concernant le rythme de diminution optimal des MAE. En utilisant GRADE, nous avons évalué la certitude des données probantes comme étant très faible pour les résultats pour lesquels des données étaient disponibles. Nous avons jugé que les deux études présentaient un risque de biais élevé.

D'autres études sont nécessaires chez les adultes et les enfants pour étudier le taux d’arrêt optimal des MAE et pour étudier les effets de variables telles que les types de crises, l'étiologie, le retard mental, les anomalies sur l'électroencéphalogramme, la présence de déficits neurologiques et d'autres comorbidités sur le rythme de diminution.

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Contexte: 

L'objectif idéal du traitement d'une personne épileptique est d'induire une rémission (absence de crises pendant un certain temps) en utilisant des médicaments antiépileptiques (MAE) et d’arrêter les MAE sans provoquer de récidive des crises. L'utilisation prolongée des MAE pourrait avoir des effets indésirables à long terme. Par conséquent, lorsqu'une personne épileptique est en rémission, il est logique de tenter d'interrompre la médication. La question du moment et du mode d’arrêt se posent lorsque l'on envisage l’arrêt des MAE. Cette revue examine les données probantes sur le taux d’arrêt des MAE (qu'il s'agisse d'un arrêt rapide ou lent) et son effet sur la récurrence des crises.

Ceci est une version mise à jour de la revue Cochrane originale publiée en 2006, numéro 2.

Objectifs: 

Quantifier le risque de récidive des crises après un arrêt rapide (période de diminution progressive de trois mois ou moins) ou lent (période de diminution progressive de plus de trois mois) des médicaments antiépileptiques chez les adultes et les enfants épileptiques en rémission, et évaluer les variables qui modifient le risque de récidive des crises.

Stratégie de recherche documentaire: 

Pour la dernière mise à jour, le 9 avril 2019, nous avons fait des recherches dans : le registre Cochrane des études cliniques (CRS Web, qui comprend le registre spécialisé du groupe Cochrane sur l’épilepsie, CENTRAL, et ClinicalTrials.gov), MEDLINE (Ovid ; 8 avril 2019), le système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l’OMS et SCOPUS. Aucune restriction de langue n’a été appliquée.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés qui évaluent l’arrêt des MAE, par une diminution rapide ou lente, après diverses périodes de contrôle des crises chez les personnes épileptiques.

Recueil et analyse des données: 

Les auteurs de l'étude ont, de manière indépendante, évalué les essais pour l'inclusion et ont extrait les données. Les critères de jugement évalués comprenaient l’absence de crise après un, deux ou cinq ans d’arrêt des MAE ; le délai sans récidive de crise après arrêt ; l'apparition d’un état de mal épileptique ; la mortalité ; la morbidité due à la crise, comme les blessures, les fractures et la pneumonie d’aspiration ; et la qualité de vie (évaluée par une échelle validée).

Résultats principaux: 

Dans cette mise à jour de la revue, nous avons inclus une nouvelle étude. La nouvelle étude a randomisé 57 enfants souffrant d'épilepsie et ne souffrant pas de crises depuis au moins deux ans afin de réduire la prise des MAE pendant au moins un à six mois. L'étude n'a pas été réalisée en aveugle et il n'y a pas eu de détails sur la randomisation. Au cours de la période de suivi de 54 mois, 20/30 participants du groupe un mois sont restés sans crise d'épilepsie, contre 15/27 participants du groupe six mois (pas de preuve de différence). Il n'y avait pas d’information sur le moment de la récidive des crises dans chaque groupe afin de permettre une comparaison.

Un essai avait déjà été inclus dans la version précédente de la revue ; il concernait 149 enfants. Nous avons constaté une tendance non-significative de diminution du risque de récidive des crises après un an d’arrêt des MAE, chez les participants affectés à la diminution lente (rapport de risque (RR) 0,76, intervalle de confiance (IC) à 95% 0,58 à 1,01 ; P= 0,06 ; données probantes de très faible certitude). Au bout de deux ans, 30 participants étaient exempts de crises dans le groupe à diminution rapide et 29 participants dans le groupe à diminution lente (RR 0,87, 95 % IC 0,58 à 1,29 ; P = 0,48 ; données probantes de très faible certitude). Au bout de cinq ans, dix participants étaient exempts de crises d'épilepsie dans le groupe à diminution rapide et six dans le groupe à diminution lente (RR 1,40, IC 95% 0,54 à 3,65 ; P = 0,49 ; données probantes de très faible certitude). Il n'y avait pas de données sur les autres critères de jugement.

En raison de l'hétérogénéité méthodologique et de différence dans la durée de la diminution, nous n'avons pas effectué de synthèse quantitative de ces études.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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