Phlébotoniques contre les hémorroïdes

Les hémorroïdes font partie des pathologies ano-rectales bénignes les plus courantes et se manifestent habituellement par les symptômes et les signes courants de saignements, de douleur, de prurit, de gonflement et d'écoulements. La prévalence peut varier de 4,4 % dans la population générale à 36,4 % dans la pratique générale. Cependant, leur véritable prévalence est inévitablement sous-estimée en raison des défauts de notification de ces symptômes. La prise en charge médicale et conservatrice associée aux régimes riches en fibres, aux émollients fécaux et aux laxatifs sont les traitements préférés contre les hémorroïdes de stade I-II, tandis que les procédures chirurgicales telles que l'hémorroïdectomie sont réservées aux formes plus sévères d'hémorroïdes. Les phlébotoniques sont une classe hétérogène de médicaments qui sont utilisés pour traiter les maladies hémorroïdaires aux stades les moins sévères des hémorroïdes de premier et de deuxième degré, et au cours des épisodes de thrombose. Bien que leur véritable mécanisme d'action n'ait pas été clairement établi, ils sont associés au renforcement de la paroi des vaisseaux sanguins, à l'augmentation de la tonicité veineuse et du drainage lymphatique et à la normalisation de la perméabilité capillaire. Nous avons examiné vingt-quatre études en vue de leur inclusion dans cette revue. Cette revue a identifié vingt essais contrôlés randomisés portant sur un total de (2 334) participants qui comparaient une intervention recourant à l'utilisation de phlébotoniques à une intervention de contrôle. Parmi ces vingt études, une étude comparait les phlébotoniques à une intervention médicale et une autre à une ligature élastique. Parmi les quatre essais restants, nous avons identifié deux essais qui comparaient les phlébotoniques les uns aux autres, un essai qui comparait les phlébotoniques à une phytothérapie et un essai qui comparait les phlébotoniques à une photocoagulation infrarouge. Les essais obtenus ne montraient pas d'effets indésirables ou d'effets secondaires significatifs suite à l'utilisation de phlébotoniques. Les études indiquaient un effet bénéfique des phlébotoniques dans le traitement des symptômes et des signes de maladie hémorroïdaire ainsi qu'un soulagement des symptômes post-hémorroïdectomie.

Conclusions des auteurs: 

Les données semblent indiquer que l'utilisation de phlébotoniques peut être bénéfique dans le traitement de la maladie hémorroïdaire ainsi que dans la réduction des symptômes post-hémorroïdectomie. Les résultats tels que les saignements et l'amélioration globale des symptômes montrent un effet bénéfique statistiquement significatif et il y avait quelques interrogations concernant leur innocuité globale d'après les données présentées dans les essais cliniques.

Toutefois, des limitations méthodologiques ont été rencontrées. Afin de confirmer notre conclusion, à l'avenir il faudra réaliser des essais cliniques plus solides qui tiennent compte de ces limitations.

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Contexte: 

Les hémorroïdes sont des dilatations variqueuses du plexus veineux anal et périanal et elles se développent souvent suite à une élévation persistante de la pression veineuse au sein du plexus hémorroïdaire (Kumar 2005). Les phlébotoniques sont une classe hétérogène de médicaments constitués d'extraits de plantes (à savoir flavonoïdes) et de composés synthétiques (à savoir dobésilate de calcium). Bien que leur mécanisme d'action précis n'ait pas été totalement établi, ils sont connus pour améliorer la tonicité veineuse, stabiliser la perméabilité capillaire et augmenter le drainage lymphatique. Ils ont été utilisés pour traiter une variété d'affections comprenant l'insuffisance veineuse chronique, le lymphœdème et les hémorroïdes.

De nombreux essais évaluant l'effet des phlébotoniques dans le traitement des symptômes et des signes de maladie hémorroïdaire semblent indiquer qu'il existe un bénéfice potentiel.

Objectifs: 

L'objectif de cette revue était d'étudier l'efficacité des phlébotoniques dans la réduction des signes, des symptômes et de la sévérité de la maladie hémorroïdaire et de vérifier leur effet post-hémorroïdectomie.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL, The Cochrane Library 2011, numéro 9), MEDLINE (de 1950 à septembre 2011) et EMBASE (de 1974 à septembre 2011).

Critères de sélection: 

Seuls les essais contrôlés randomisés évaluant l'utilisation des phlébotoniques dans le traitement de la maladie hémorroïdaire ont été utilisés. Aucun essai croisé ni randomisé en grappes n'a été inclus pour l'analyse, et tout essai qui comportait une méthode d'assignation quasi-aléatoire était exclu.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont extrait les données et analysé l'éligibilité des données à inclure de façon indépendante. Des discussions constructives ont permis de résoudre des désaccords.

Résultats principaux: 

Nous avons examiné vingt-quatre études en vue de leur inclusion dans l'analyse finale. Vingt de ces études (totalisant 2 344 participants) évaluaient l'utilisation des phlébotoniques par rapport à une intervention de contrôle. L'une de ces vingt études comparait l'utilisation des phlébotoniques à une intervention médicale et une autre étude à une ligature élastique.

Les quatre études restantes comprenaient deux études qui comparaient différentes formes de phlébotoniques les unes aux autres, une étude qui comparait les phlébotoniques à une intervention médicale et une étude qui comparait l'utilisation des phlébotoniques à une photocoagulation infrarouge. Huit études ont été exclues pour diverses raisons, y compris une mauvaise qualité méthodologique.

Les phlébotoniques présentaient un effet bénéfique statistiquement significatif pour les résultats du prurit (OR 0,23 ; IC à 95 % 0,07 à 0,79) (P = 0,02), des saignements (OR 0,12 ; IC à 95 % 0,04 à 0,37) (P = 0,0002), des saignements post-hémorroïdectomie (OR 0,18 ; IC à 95 % 0,06 à 0,58) (P = 0,004), des écoulements et des fuites (OR 0,12 ; IC à 95 % 0,04 à 0,42) (P = 0,0008) et de l'amélioration globale des symptômes (OR 15,99 ; IC à 95 % 5,97 à 42,84) (P < 0,00001), en comparaison avec une intervention de contrôle. Bien qu'ils soient bénéfiques, ils ne montraient pas d'effet statistiquement significatif par rapport à une intervention de contrôle pour la douleur (OR 0,11 ; IC à 95 % 0,01 à 1,11) (P = 0,06), les scores de douleur post-hémorroïdectomie (DMS -1,04 ; IC à 95 % -3,21 à 1,12) (P = 0,35) ou la consommation postopératoire d'analgésiques (OR 0,54 ; IC à 95 % 0,30 à 0,99) (P = 0,05).

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.