Les programmes de dépistage pour la détection précoce et la prévention du cancer buccal

Question

Cette revue, menée par les auteurs du groupe Cochrane sur la santé bucco-dentaire, a été effectuée pour examiner l'efficacité des programmes actuels de dépistage dans la détection de cancer buccal à un stade précoce et s’ils peuvent ou non aider à réduire les décès dus au cancer buccal.

Contexte

Le cancer buccal est en augmentation dans le monde et il s’agit du sixième cancer le plus fréquent. Les plus fort taux de cancers buccaux surviennent dans les populations les plus défavorisées. Les facteurs de risque importants dans le développement de la maladie sont le tabac, la consommation d'alcool, l'âge, le sexe et la lumière du soleil, bien que la candidose (provoquant des mycoses) et le virus du papillome humain (provoquant des verrues) aient également été rapportés. Les personnes qui sont fumeurs et consommateurs excessifs d'alcool ont un risque38 fois supérieurs de développer un cancer buccal par rapport aux non-fumeurs ne consommant pas d’alcool. Ces facteurs sont considérés être particulièrement important chez les jeunes dans le développement de la maladie, un groupe de patients éprouvant une incidence accrue de la maladie, en particulier dans les pays à une incidence élevée du cancer buccal.

Les variations géographiques à travers le monde dans les cas de cancers buccaux sont larges. Par exemple, c’est le cancer le plus fréquent chez les hommes en Inde, au Sri Lanka et au Pakistan et 30% de tous les nouveaux cas de cancers dans ces pays sont des cancers buccaux, tandis que seulement 3% de nouveaux cas de cancers au Royaume-Uni sont des cancers buccaux.

Lors d’une première évaluation médicale, le cancer buccal est généralement à un stade avancé ou tardif. De plus, les effets de la maladie, et du traitement peuvent être extrêmement débilitants. Les taux de mortalité par cancer buccal et les effets néfastes de la maladie sont élevés et en hausse, plutôt qu’en déclin, tels que les cancers du sein et du côlon.

Les programmes de dépistages préventifs concernant d'autres cancers se sont avérés être efficaces pour la détection précoce. Cependant, alors qu'il peut être bénéfique de dépister, il existe des inconvénients, car le dépistage peut fournir de faux résultats positifs ou négatifs. Le dépistage peut cibler les groupes à haut risque, il peut être opportuniste, par exemple lorsque les personnes ont recours aux services de santé pour d'autres raisons, ou peut être réalisé en étudiant les statistiques parmi la population dans son ensemble.

L'objectif du dépistage préventif pour la détection précoce de cancer buccal est d'identifier les individus avec des pathologies précancéreuses qui sont des lésions, telles que la leucoplasie. La méthode de dépistage la plus courante est un examen visuel par un clinicien, mais d'autres techniques incluent l'utilisation d'un colorant spécial de couleur bleue, l'utilisation de techniques d'imagerie et la mesure des changements biochimiques.

Les caractéristiques de l'étude

Les preuves sur lesquelles cette revue est basée ont été mise à jour le 22 juillet 2013. La seule étude incluse a été réalisée dans des zones rurales de Trivandrum dans le Kerala, en Inde. L'étude incluait 191 873 adultes apparemment en bonne santé, âgés de 35 ans ou plus. Elle comportait 13 groupes avec une moyenne de 14 759 participants dans chaque groupe. Le dépistage s’est déroulé dans sept groupes (96 517 participants), les six autres étaient des groupes témoins (95 356 participants). Les personnes invalides, qui allaitaient, qui souffraient d’une tuberculose ouverte ou d’une autre maladie débilitante ou qui étaient déjà atteintes du cancer buccal, ont été exclues.

Les professionnels de santé, formés dans la détection de lésions orales, ont dépisté les participants. De plus, les antécédents sociaux des participants, dont la consommation de tabac, d'alcool, de noix de bétel et de compléments alimentaires ont été enregistrés.

Résultats principaux

Cette revue a constaté que, globalement, il n'existe pas suffisamment de preuves pour déterminer si le dépistage, par un examen visuel, réduit le taux de mortalité pour un cancer buccal et il n'existe pas de preuves pour d'autres méthodes de dépistage. Cependant, certaines preuves démontrent qu'il pourrait permettre de réduire les taux de mortalité chez les consommateurs de tabac et d'alcool bien que la seule étude incluse puisse être affectée par un biais.

La qualité des preuves

Les preuves présentées sont de faible qualité et limitées à une étude évaluée comme présentant un risque de biais élevé.

Conclusions des auteurs: 

Il existe des preuves indiquant qu'un examen visuel, dans le cadre d'un programme de dépistage, réduit le taux de mortalité de cancer buccal chez les sujets à haut risque. De plus, les taux de survie à travers la population mondiale se sont améliorés. Cependant, les preuves sont limitées à une étude qui a un risque de biais élevé. Dans l'analyse, les preuves n'ont également pas pris en compte l'effet de la randomisation en groupes. Il n'y avait aucune preuve permettant de recommander l'utilisation de technologies complémentaires, telles que le bleu de toluidine, la biopsie par brossage ou l'imagerie médicale fluorescence comme outil de dépistage pour réduire la mortalité par cancer buccal. D’autres ECR sont recommandés pour évaluer l'efficacité et la rentabilité d'un examen visuel dans le cadre d'un programme de dépistage dans les pays à revenus faibles, moyens et élevés.

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Contexte: 

Le cancer buccal est un problème de santé important mondialement, son incidence est en augmentation et la détection en stade de développement avancé est fréquente. Les programmes de dépistage ont été introduits pour un certain nombre de cancers majeurs et se sont avérés efficaces pour la détection précoce. Compte-tenu de la morbidité et des taux de mortalité associés au cancer buccal, il est nécessaire de déterminer l'efficacité d'un programme de dépistage pour cette maladie, soit ciblé, soit opportuniste, ou comme mesure basée sur la population. Il existe des preuves issues de données modélisées qu'un examen buccal visuel des personnes à haut risque pourrait être une stratégie de dépistage rentable. De plus, le développement et l'utilisation d'aides complémentaires et de bio-marqueurs sont de plus en plus fréquents.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité des méthodes de dépistage actuelles pour réduire la mortalité par cancer buccal.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans les bases de données électroniques suivantes : le registre des essais cliniques du groupe Cochrane sur la santé bucco-dentaire (jusqu' au 22 juillet 2013), le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) ( La Bibliothèque Cochrane 2013, numéro 6), MEDLINE via OVID (de 1946 au 22 juillet 2013), EMBASE via OVID (de 1980 au 22 juillet 2013) et CANCERLIT via PubMed (de 1950 jusqu' au 22 juillet 2013). Aucune restriction de langue dans les recherches effectuées sur les bases de données électroniques n’a été appliquée.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés (ECR) sur le dépistage du cancer buccal ou des troubles potentiellement malins à l'aide d'un examen visuel, du bleu de toluidine, de l'imagerie fluorescence ou de la biopsie par brossage.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont passé au crible les résultats des recherches par rapport aux critères d'inclusion, extrait les données et évalué le risque de biais de manière indépendante et en double. Nous avons utilisé la différence moyenne (DM) et les intervalles de confiance (IC) à 95% pour les données continues et les risques relatifs (RR) avec IC à 95% pour les données dichotomiques. Les méta-analyses auraient été réalisées à l'aide d'un modèle à effets aléatoires si le nombre d'études dépassait un minimum de trois. Les auteurs des études ont été contactés lorsque cela était possible et jugé nécessaire pour obtenir des informations manquantes.

Résultats principaux: 

Un total de 3 239 références bibliographiques a été identifié par les recherches. Un seul ECR, avec un suivi sur 15 ans, remplissait les critères d'inclusion (n =13 grappes : 191 873 participants). Il n'y avait aucune différence statistiquement significative concernant le taux de mortalité par cancer buccal dans le groupe de dépistage (15,4/100,000 personne-années) et le groupe témoin (17,1/100,000 personne-années), avec un RR de 0,88 (IC à 95% de 0,69 à 1,12). 24% de réduction de la mortalité était rapportée entre le groupe de dépistage (30/100,000 personne-années) et le groupe témoin (39,0/100,000) pour les sujets à haut risque, qui consommaient du tabac ou de l'alcool ou les deux, ce qui était statistiquement significatif (RR 0,76; IC à 95% de 0,60 à 0,97). Aucune différence statistiquement significative n'a été trouvée pour les taux d'incidence. Une réduction statistiquement significative dans le nombre d'individus présentant un diagnostic de stade III ou une aggravation de cancer buccal a été trouvée chez les patients du groupe de dépistage (RR 0,81; IC à 95% de 0,70 à 0,93). Aucun préjudice n'a été signalé. L'étude a été évaluée comme présentant un risque de biais élevé.

Notes de traduction: 
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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.