Y a-t-il des traitements qui aident les personnes qui ont réussi à arrêter de fumer à éviter de recommencer à fumer ?

Contexte

Certaines personnes recommencent à fumer peu de temps après avoir arrêté ; on parle alors de « rechute ». Les traitements utilisés pour aider les gens à éviter les rechutes se concentrent habituellement sur l'enseignement des capacités pour gérer l’envie de fumer, mais peuvent aussi consister à prolonger la durée du traitement qui les a aidé à cesser de fumer ou à donner un traitement complémentaire, comme un suivi téléphonique, des brochures ou des médicaments anti-tabagisme. Nous avons cherché à déterminer si ces types d'approches peuvent être utiles, soit pour les personnes qui cessent de fumer seules ou avec l'aide d'un traitement, soit pour celles qui cessent de fumer parce qu'elles sont enceintes ou hospitalisées.

Caractéristiques des études

Nous avons mis à jour nos recherches dans les bases de données en février 2018. Nous avons trouvé 77 études qui ont testé diverses façons d'aider les personnes qui avaient récemment cessé de fumer à ne pas faire de rechute. Quinze d'entre elles étaient nouvelles lors de cette mise à jour. Quarante-huit études ont inclus des personnes qui avaient déjà cessé de fumer, et vingt-neuf études ont aidé des personnes à arrêter de fumer et qui ont ensuite testé des traitements pour prévenir les rechutes. Vingt-six études portaient sur des personnes qui ont dû cesser de fumer pendant une période limitée parce qu'elles étaient enceintes (18 études), hospitalisées (5 études) ou en raison du service militaire (3 études). La plupart des études ont eu recours à des traitements de soutien comportemental pour apprendre aux personnes à faire face à l'envie de fumer, ou les accompagnant avec des brochures supplémentaires ou un suivi téléphonique, des ressources disponibles sur Internet ou sur téléphone mobile, ou avec d’autres conseils. Certaines études ont testé l'extension de la durée d'utilisation des médicaments dans le sevrage tabagique, avec l'espoir de prévenir les rechutes.

Résultats principaux

Les données probantes que nous avons trouvé ne recommandent pas l'utilisation de traitements comportementaux pour aider à prévenir les rechutes après avoir arrêté de fumer. Ce résultat était le même dans tous les différents groupes de personnes étudiés. Les traitements les plus prometteurs consistaient à étendre la durée de traitement avec des médicaments du sevrage tabagique, en particulier la varénicline. La prolongation du traitement au bupropion n'a pas semblé aider et il n'y avait pas suffisamment de données probantes sur la prolongation du traitement au moyen d'une thérapie de remplacement de la nicotine.

Valeur probante des données

Pour les traitements comportementaux, les données avaient une valeur probante moyenne. Cela s'explique par la diversité des résultats au sein des études. La valeur probante des données sur les traitements à l'aide de médicaments du sevrage tabagique était variable. Il y avait des données de valeur probante moyenne pour la varénicline, ainsi que pour le bupropion et des données de faible valeur probante pour la thérapie de remplacement de la nicotine (TRN), ainsi que pour l’association TRN et bupropion. La valeur probante des données était limitée par la petite taille des études.

Conclusions des auteurs: 

Les interventions comportementales qui apprennent aux gens à reconnaître les situations à risque élevé de rechute ainsi que les stratégies pour y faire face n'ont apporté aucun avantage notable pour prévenir la rechute chez les abstinents accompagnés, bien que l'hétérogénéité statistique inexpliquée ne nous en donne qu'une certitude moyenne. Chez les personnes qui ont réussi à arrêter de fumer grâce à la pharmacothérapie, les résultats étaient mitigés en ce qui concerne la prolongation de la pharmacothérapie au-delà de la durée standard. Un traitement prolongé par la varénicline a aidé à prévenir la rechute ; les données à l'appui de l'estimation de l'effet avaient une valeur probante moyenne, limitée par une hétérogénéité statistique inexpliquée. Des données de valeur probante moyenne, limitées par l'imprécision, n'ont pas permis de déceler un avantage dû à un traitement prolongé au bupropion, bien que les intervalles de confiance signifient que nous ne pouvions exclure un avantage important sur le plan clinique à ce stade. Des données de faible valeur probante, limitées par l'imprécision, n'ont pas démontré l'avantage d'un traitement prolongé par une thérapie de remplacement de la nicotine pour prévenir la rechute chez les abstinents accompagnés. D'autres recherches sont nécessaires dans ce domaine, d'autant plus que les données probantes en faveur d'un traitement prolongé de remplacement de la nicotine chez les abstinents non accompagnés suggèrent un avantage.

Lire le résumé complet...
Contexte: 

Un certain nombre de traitements peuvent aider les fumeurs à arrêter de fumer, mais nombreux sont ceux qui rechutent avec le temps. Plusieurs interventions ont été proposées pour aider à prévenir les rechutes.

Objectifs: 

Déterminer si des interventions spécifiques pour la prévention des rechutes réduisent la proportion d'ex-fumeurs récents qui se remettent à fumer.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons fait des recherches dans le registre des essais cliniques du groupe de travail Cochrane sur l’addiction au tabac (the Cochrane Tobacco Addiction Group), clinicaltrials.gov et l'ICTRP en février 2018 pour trouver des études mentionnant la prévention des rechutes ou le maintien de l’arrêt dans leur titre, leurs résumés ou leurs mots clés.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés ou quasi randomisés d'interventions de prévention des rechutes avec un suivi minimal de six mois. Nous avons inclus des fumeurs qui ont arrêté de fumer seuls, qui ont été soumis à l'abstinence forcée ou qui ont participé à des programmes de traitement. Nous avons inclus des études qui comparaient les interventions de prévention de la rechute avec un groupe témoin sans intervention, ou qui comparaient un programme d'arrêt du tabac comprenant des composantes additionnelles de prévention de la rechute avec un programme d’arrêt du tabac seul.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standards définies par Cochrane.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 77 études (67 285 participants), parmi lesquelles 15 sont nouvelles dans cette mise à jour. Nous avons jugé que 21 études présentaient un risque élevé de biais, 51 un risque peu clair de biais et cinq un risque faible de biais. 48 études comprenaient des abstinents et 29 études ont aidé les gens à cesser de fumer et ont ensuite testé des traitements pour prévenir les rechutes. 26 études portaient sur des populations spéciales qui étaient abstinentes en raison d'une grossesse (18 études), d'une hospitalisation (5 études) ou du service militaire (3 études). La plupart des études ont eu recours à des interventions comportementales qui visaient à enseigner aux gens les capacités nécessaires pour faire face à l'envie de fumer, ou ont mis en place un suivi avec soutien supplémentaire. Certaines études ont testé la pharmacothérapie prolongée.

Nous nous sommes concentrés sur les résultats des études qui ont randomisé les abstinents, car il s'agit des meilleures études en ce qui concerne les interventions de prévention des rechutes. Sur les 12 analyses que nous avons effectué chez des abstinents, trois analyses pharmacothérapeutiques ont démontré les avantages de l'intervention : prise prolongée de varénicline chez les abstinents accompagnés (2 études, n = 1297, risque relatif (RR) 1,23, intervalle de confiance à 95 % (IC) 1,08 à 1,41, I² = 82 % ; données de valeur probante moyenne), rimonabant chez les abstinents accompagnés (1 étude, RR 1,29, IC 95 % 1,08 à 1,55) et thérapie de remplacement de la nicotine (TRN) chez les abstinents non accompagnés (2 études, n = 2261, RR 1,24, IC 95 % 1,04 à 1,47, I² = 56 %). Les autres analyses des pharmacothérapies chez les abstinents présentaient de larges intervalles de confiance correspondant à la fois à un effet nul et à un effet statistiquement significatif en faveur de l'intervention. Ces analyses comprenaient la TRN chez des patients hospitalisés (2 études, n = 1078, RR 1,23, IC à 95 % 0,94 à 1,60, I² = 0 %), la TRN chez des abstinents accompagnés (2 études, n = 553, RR 1,04, IC à 95 % 0,77 à 1,40, I² = 0 % ; données de valeur probante moyenne), la prise prolongée de bupropion chez des abstinents accompagnés (6 études, n = 1697, RR 1,15, IC à 95 % 0,98 à 1,35, I² = 0 % ; données de valeur probante moyenne), et l’association du bupropion avec la TRN (2 études, n = 243, RR 1,18, IC à 95 % 0,75 à 1,87, I² = 66 %, données de faible valeur probante). L'analyse des interventions comportementales chez les abstinents n'a pas permis de déceler un effet. Celles-ci comprenaient des études menées auprès de femmes enceintes et en post-partum abstinentes à la fin de leur grossesse (8 études, n = 1523, RR 1,05, IC à 95 % 0,99 à 1,11, I² = 0 %) et lors du suivi du post-partum (15 études, n = 4606, RR 1,02, IC à 95 % 0,94 à 1,09, I² = 3 %), des études auprès de patientes hospitalisées (4 études, n = 1 300, RR 0,95, IC à 95 % 0,81 à 1,11, I² = 0 %) et des études auprès d’abstinents accompagnés (10 études, n = 5408, RR 0,99, IC à 95% 0,87 à 1,13, I² = 56 %, données de valeur probante moyenne) et auprès d’abstinents non accompagnés (5 études, n = 3561, RR 1,06, IC à 95% 0,96 à 1,16, I² = 1 %) au sein de la population générale.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Guillaume WABONT et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

Tools
Information
Share/Save

Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.