Opiacés dans l'ostéoarthrite

Ce résumé d’une revue systématique Cochrane de 22 études totalisant 8 275 participants (recherches mises à jour : 15 août 2012) présente les connaissances actuelles issues de la recherche sur l’effet des opiacés dans l'ostéoarthrite. Nous avons recherché dans des bases de données scientifiques des essais cliniques examinant les effets sur la douleur, la fonction, l'innocuité et la dépendance des opiacés par voie orale ou transdermique par rapport au placebo ou à l'absence d'intervention chez les personnes atteintes d'ostéoarthrite du genou ou de la hanche.

La revue montre que chez les personnes atteintes d'ostéoarthrite :

- Les opiacés ont un petit effet sur la douleur ou la fonction physique.
- Les opiacés provoquent probablement des effets secondaires. Cependant, nous ne disposons pas d'informations précises sur les effets secondaires rares mais graves.

Qu’est-ce que l'ostéoarthrite et que sont les opiacés ?

L'ostéoarthrite est une maladie des articulations comme le genou ou la hanche. Lorsque l'articulation perd du cartilage, l'os se développe pour essayer de réparer le dommage. Toutefois, au lieu d'arranger la situation, l'os se développe de façon anormale ce qui aggrave la situation. Par exemple, l'os peut se déformer, ce qui peut rendre l'articulation douloureuse et instable. Cela peut compliquer la fonction physique ou la capacité du patient à utiliser le genou.

Les opiacés sont généralement conçus comme des substances analgésiques puissantes utilisées contre la douleur du cancer ou l'ostéoarthrite. Des exemples d'opiacés sont la codéine (ex. Tylenol 1, 2, 3 et 4), l'hydromorphone (Dilaudid), l'oxycodone (Percocet, Percodan), la morphine et autres. Ils peuvent être pris sous forme de comprimé, d'injection ou de patch placé sur la zone douloureuse. 

Meilleure estimation de l'effet chez les personnes atteintes d'ostéoarthrite prenant des opiacés

Douleur

- Les personnes ayant pris des opiacés ont évalué l'amélioration de la douleur à environ 3 points sur une échelle de 0 (absence de douleur) à 10 (douleur extrême) après un mois.
- Les personnes ayant pris un placebo ont évalué l'amélioration de la douleur à environ 2 points sur une échelle de 0 (absence de douleur) à 10 (douleur extrême) après un mois.

En d'autres termes :
- 41 personnes sur 100 sous opiacés ont répondu au traitement (41 %).
- 31 personnes sur 100 sous placebo ont répondu au traitement (31 %).
- 10 personnes de plus ont répondu au traitement par opiacés qu'avec le placebo (différence de 10 %). (Preuves de qualité élevée)

Fonction physique

- Les personnes ayant pris des opiacés ont évalué l'amélioration de la fonction physique à environ 2 points sur une échelle de 0 (absence d'incapacité) à 10 (incapacité extrême) après un mois.
- Les personnes ayant pris un placebo ont évalué l'amélioration de la fonction physique à environ 1 point sur une échelle de 0 (absence d'incapacité) à 10 (incapacité extrême) après un mois.

En d'autres termes :

- 34 personnes sur 100 sous opiacés ont répondu au traitement (34 %).
- 26 personnes sur 100 sous placebo ont répondu au traitement (26 %).
- 8 personnes de plus ont répondu au traitement par opiacés qu'avec le placebo (différence de 8 %). (Preuves de qualité élevée)

Effets secondaires

- 22 personnes sur 100 ayant pris des opiacés ont présenté des effets secondaires (22 %).
- 15 personnes sur 100 ayant pris un placebo ont présenté des effets secondaires (15 %).
- 7 personnes de plus ont présenté des effets secondaires avec les opiacés qu'avec le placebo (différence de 7 %). (Preuves de qualité modérée)

Abandons en raison d'effets secondaires

- 64 personnes sur 1 000 ayant pris des opiacés ont abandonné à cause des effets secondaires (6,4 %).
- 17 personnes sur 1 000 ayant pris un placebo ont abandonné à cause des effets secondaires (1,7 %).
- 47 personnes de plus ont abandonné à cause des effets secondaires avec les opiacés qu'avec le placebo (différence de 4,7 %). (Preuves de qualité élevée)

Effets secondaires entraînant une hospitalisation, une incapacité durable ou le décès

- 13 personnes sur 1 000 ayant pris des opiacés ont présenté des effets secondaires entraînant une hospitalisation, une incapacité durable ou le décès (1,3 %).
- 4 personnes sur 1 000 ayant pris un placebo ont présenté des effets secondaires entraînant une hospitalisation, une incapacité durable ou le décès (0,4 %).
- 9 personnes de plus ont présenté des effets secondaires entraînant une hospitalisation, une incapacité durable ou le décès avec des opiacés qu'avec le placebo (différence de 0,9 %). (Preuves de faible qualité)

Symptômes de sevrage

- 24 personnes sur 1 000 ayant pris des opiacés ont présenté des symptômes de sevrage (2,4 %).
- 9 personnes sur 1 000 ayant pris un placebo ont présenté des symptômes de sevrage (0,9 %).
- 15 personnes de plus ont présenté des symptômes de sevrage avec des opiacés qu'avec le placebo (différence de 1,5 %). (Preuves de qualité modérée)

Conclusions des auteurs: 

Le petit avantage moyen des opiacés autres que le tramadol est contrasté par une augmentation significative du risque d'événements indésirables. Pour le critère de la douleur en particulier, les effets observés étaient d'une pertinence clinique discutable puisque les IC à 95 % n'incluaient pas la différence minimale cliniquement importante de 0,37 DMS, ce qui correspond à 0,9 cm sur une EVA de 10 cm.

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Contexte: 

L'ostéoarthrite est la forme la plus courante de la maladie articulaire et la principale cause de douleur et d'incapacité physique chez les personnes âgées. Les opiacés pourraient être une option de traitement viable chez les personnes souffrant de douleurs sévères ou lorsque d'autres analgésiques sont contre-indiqués. Toutefois, les preuves de leur efficacité et innocuité sont contradictoires. Ceci est une mise à jour d'une revue systématique Cochrane publiée pour la première fois en 2009.

Objectifs: 

Déterminer les effets sur la douleur, la fonction, l'innocuité et la dépendance des opiacés par voie orale ou transdermique comparativement au placebo ou à l'absence d'intervention chez les personnes atteintes d'ostéoarthrite du genou ou de la hanche.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons interrogé le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE, EMBASE et CINAHL (jusqu'au 28 juillet 2008, mise à jour effectuée le 15 août 2012), avons vérifié des actes de conférences et des bibliographies et contacté des auteurs.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus les essais randomisés ou quasi randomisés comparant des opiacés par voie orale ou transdermique au placebo ou à l'absence de traitement chez les personnes atteintes d'ostéoarthrite du genou ou de la hanche. Nous avons exclu les études sur le tramadol. Aucune restriction de langue n'a été appliquée lors de ces recherches.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons extrait des données en double. Nous avons calculé les différences moyennes standardisées (DMS) et leurs intervalles de confiance (IC) à 95 % pour la douleur et la fonction, et les risques relatifs pour les résultats relatifs à l'innocuité. Nous avons combiné les essais dans une méta-analyse à effets aléatoires par l'inverse de la variance.

Résultats principaux: 

Nous avons identifié 12 essais supplémentaires, ce qui porte le nombre d'essais inclus dans cette mise à jour à 22, totalisant 8 275 participants. L'oxycodone par voie orale a été étudiée dans 10 essais, la buprénorphine par voie transdermique et le tapentadol par voie orale dans quatre essais, la codéine par voie orale dans trois, la morphine et l'oxymorphone par voie orale dans deux, et le fentanyl par voie transdermique et l'hydromorphone par voie orale dans un essai chacun. Tous les essais ont été décrits comme étant en double aveugle, mais le risque de biais pour d'autres domaines était incertain dans plusieurs essais en raison de déclarations incomplètes. Les opiacés étaient plus bénéfiques dans la réduction de la douleur que les interventions de contrôle (DMS -0,28 ; IC à 95 % de -0,35 à -0,20), ce qui correspond à une différence de 0,7 cm sur une échelle visuelle analogique (EVA) de 10 cm dans les scores de douleur entre les opiacés et le placebo. Cela correspond à une différence dans l'amélioration de 12 % (IC à 95 % de 9 % à 15 %) entre les opiacés (41 % d'amélioration moyenne par rapport à l'inclusion) et le placebo (29 % d'amélioration moyenne par rapport à l'inclusion), qui se traduit par un nombre de sujets à traiter (NST) pour provoquer une réponse au traitement supplémentaire sur la douleur de 10 (IC à 95 % de 8 à 14). L'amélioration de la fonction était plus grande chez les participants sous opiacés par rapport aux groupes témoin (DMS -0,26 ; IC à 95 % de -0,35 à -0,17), ce qui correspond à une différence de 0,6 unités dans les scores de fonction entre les opiacés et un placebo sur une échelle standardisée de l'incapacité WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities Arthritis Index) allant de 0 à 10. Ceci correspond à une différence dans l'amélioration de 11 % (IC à 95 % de 7 % à 14 %) entre les opiacés (32 % d'amélioration moyenne par rapport à l'inclusion) et le placebo (21 % d'amélioration moyenne par rapport à l'inclusion), ce qui se traduit par un NST pour provoquer une réponse au traitement supplémentaire sur la fonction de 11 (IC à 95 % de 7 à 14). Nous n'avons pas observé de différences importantes dans les effets en fonction du type d'opiacé, de la puissance analgésique, de la voie d'administration, de la dose quotidienne, de la qualité méthodologique des essais ou du type de financement. Les essais dans lesquels le traitement durait quatre semaines ou moins montraient un plus grand soulagement de la douleur que les essais d'une durée de traitement plus longue (valeur P pour l'interaction = 0,001) et des preuves suggéraient une asymétrie du graphique en entonnoir (valeur P pour la douleur = 0,054 et valeur P pour la fonction = 0,011) . Les événements indésirables ont été plus fréquents chez les participants recevant des opiacés que dans le groupe témoin. Le risque relatif global était de 1,49 (IC à 95 % de 1,35 à 1,63) pour tout événement indésirable (9 essais ; 22 % des participants sous opiacés et 15 % des participants du groupe témoin ont présenté des effets secondaires), de 3,76 (IC à 95 % de 2,93 à 4,82) pour les abandons en raison d'événements indésirables (19 essais ; 6,4 % des participants sous opiacés et 1,7 % des participants du groupe témoin ont abandonné en raison d'événements indésirables), et de 3,35 (IC à 95 % de 0,83 à 13,56) pour les événements indésirables graves (2 essais ; 1,3 % des participants sous opiacés et 0,4 % des participants du groupe témoin ont présenté des événements indésirables graves). Des symptômes de sevrage sont survenus plus souvent dans le groupe des opiacés que dans le groupe témoin (rapport des cotes (RC) de 2,76 ; IC à 95 % de 2,02 à 3,77 ; 3 essais ; 2,4 % des participants sous opiacés et 0,9 % des participants du groupe témoin ont présenté des symptômes de sevrage).

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.