La surveillance du niveau d'oxygène avec un oxymètre de pouls pendant et après la chirurgie améliore-t-elle les résultats cliniques des patients ?

L'oxygène est transporté dans le corps fixé sur l'hémoglobine dans le sang. En projetant une lumière à travers la peau, les oxymètres de pouls (ou sphygmo-oxymètres) surveillent la quantité d'oxygène transportée par le sang. L'hypoxemie - quand le niveau d'oxygène dans le sang tombe en dessous des niveaux optimaux - est un risque au cours de la chirurgie, lorsque la respiration et la ventilation du patient peuvent être affectées par l'anesthésie ou d'autres médicaments. Le personnel médical surveille souvent les patients pendant et après la chirurgie à l'aide de l'oxymétrie de pouls, mais il n'est pas clair si cette pratique réduit le risque d'événements indésirables après la chirurgie. Nous avons examiné les preuves sur l'effet des oxymètres de pouls sur les résultats cliniques des patients chirurgicaux. Dans cette mise à jour de la revue, les recherches sont à jour jusqu'à juin 2013. Nous avons identifié cinq études dans lesquelles un total de 22 992 participants ont été assignés au hasard à la surveillance avec un oxymètre de pouls ou à l'absence de celle-ci. Ces études n'étaient pas suffisamment semblables pour pouvoir combiner leurs résultats statistiquement. Les résultats des études ont montré que, bien que l'oxymétrie de pouls puisse détecter une déficience en oxygène dans le sang, son utilisation n'affecte pas la fonction cognitive de la personne et ne réduit pas le risque de complications ou de décès après anesthésie. Ces études étaient suffisamment grandes pour montrer une réduction éventuelle des complications, et il a été soigneusement vérifié que les résultats étaient évalués de la même manière dans les deux groupes. Les études ont été réalisées dans des pays développés, où les normes d'anesthésie et de soins infirmiers sont élevées. Il est possible que l'oxymétrie de pouls puisse avoir un plus grand impact sur les résultats cliniques dans d'autres régions géographiques où les soins de santé sont moins disponibles.

Conclusions des auteurs: 

Ces études ont confirmé que l'oxymétrie de pouls peut détecter l'hypoxémie et les évènements associés. Pour autant, nous n'avons trouvé aucune preuve indiquant que l'oxymétrie de pouls affecte le résultat de l'anesthésie pour les patients. Les résultats d'étude objectifs et subjectifs contradictoires, malgré une collecte extrêmement méthodique de données à partir d'une population relativement grande en chirurgie générale, indiquent que la valeur de la surveillance peropératoire avec l'oxymétrie de pouls est discutable quant à l'amélioration fiable des résultats, de l'efficacité et de l'efficience. La surveillance continue de routine par oxymétrie de pouls n'a pas réduit le transfert en USI ni la mortalité, et il est difficile de savoir si l'application de cette technologie apportait un bénéfice réel pour les patients en cours de rétablissement suite à une chirurgie cardio-thoracique dans une unité de soins généraux.

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Contexte: 

Ceci est une mise à jour d'une revue publiée pour la dernière fois dans le numéro 9, 2009, de la Bibliothèque Cochrane. L'oxymétrie de pouls est largement utilisée durant la période peropératoire, et elle pourrait possiblement améliorer les résultats cliniques des patients en permettant un diagnostic précoce et de fait, la correction des évènements peropératoires susceptibles d'entraîner des complications postopératoires, voire le décès. Seuls quelques essais cliniques randomisés sur l'oxymétrie de pouls pendant l'anesthésie et en salle de réveil ont été réalisés décrivant des évènements hypoxémiques peropératoires, des complications cardio-pulmonaires postopératoires et des dysfonctionnements cognitifs.

Objectifs: 

Étudier l'utilisation de la surveillance peropératoire avec l'oxymétrie de pouls afin d'identifier clairement les résultats indésirables pouvant être prévenus ou améliorés par son utilisation.

Les hypothèses suivantes ont été testées.

1. L'utilisation de l'oxymétrie de pouls est associée à une amélioration dans la détection et le traitement de l'hypoxémie.

2. La détection et le traitement précoces de l'hypoxémie réduisent la morbidité et la mortalité dans la période peropératoire.

3. L'utilisation de l'oxymétrie de pouls en tant que telle réduit la morbidité et la mortalité dans la période peropératoire.

4. L'utilisation de l'oxymétrie de pouls réduit les admissions non planifiées en unité de soins intensifs (USI) pour raisons respiratoires, la durée de réadmission en USI ou les deux.


La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (2013, numéro 5), MEDLINE (de 1966 à juin 2013), EMBASE (de 1980 à juin 2013), CINAHL (de 1982 à juin 2013), ISI Web of Science (de 1956 à juin 2013), LILACS (de 1982 à juin 2013) et dans les bases de données d'essais en cours ; nous avons également vérifié les listes de références des essais et des articles de revues. La recherche originale a été réalisée en janvier 2005, et une précédente mise à jour a été réalisée en mai 2009.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus tous les essais contrôlés qui avaient randomisé des participants à l'oxymétrie de pouls ou à l'absence de celle-ci dans la période peropératoire.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment évalué les données en lien avec les évènements détectables par l'oxymétrie de pouls, les complications graves qui se sont produites pendant l'anesthésie ou dans la période postopératoire ainsi que la mortalité peropératoire ou postopératoire.

Résultats principaux: 

La dernière mise à jour de la revue a identifié cinq études éligibles. La recherche mise à jour a trouvé une étude en attente d'évaluation, mais aucune étude éligible additionnelle. Nous avons pris en compte les études avec des données sur un total de 22 992 participants qui étaient éligibles pour l'analyse. Ces études ne fournissaient pas suffisamment de détails sur les méthodes utilisées pour la randomisation et l'assignation secrète. Il a été impossible pour le personnel d'étude d'être en aveugle à l'assignation des participants dans l'étude, car ils devaient être capables de répondre aux mesures d'oxymétrie. Les précautions appropriées ont été prises pour minimiser les biais de détection pour l'hypoxémie et les critères de jugement sur les complications. Les résultats indiquaient que l'hypoxémie était diminuée dans le groupe avec oxymétrie de pouls, à la fois dans le bloc opératoire et dans la salle de réveil. Pendant l'observation en salle de réveil, l'incidence de l'hypoxémie dans le groupe avec oxymétrie de pouls était de 1,5 à trois fois inférieure. La fonction cognitive postopératoire était indépendante de la surveillance peropératoire avec l'oxymétrie de pouls. Une seule étude en chirurgie générale a indiqué que des complications postopératoires se produisaient chez 10 % des participants dans le groupe avec oxymétrie et chez 9,4 % des personnes dans le groupe témoin. Aucune différence statistiquement significative n'a été détectée entre les deux groupes dans les complications cardiovasculaires, respiratoires, neurologiques ou infectieuses. La durée de l'hospitalisation était en moyenne de cinq jours pour les deux groupes, et un nombre égal de décès à l'hôpital a été rapporté dans les deux groupes. L'oxymétrie de pouls en continu peut permettre d'accroître la vigilance et de diminuer les complications pulmonaires après une chirurgie cardio-thoracique ; pour autant la surveillance continue de routine n'a pas réduit les transferts en USI et n'a pas diminué la mortalité globale.

Notes de traduction: 
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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.