Glucocorticoïdes pour les personnes atteintes d'hépatite alcoolique

Problématique de la revue

Évaluer les bienfaits et les effets indésirables des glucocorticoïdes administrés par n’importe quelle voie, quelque soit la dose ou durée du traitement, par rapport à un placebo ou à l'absence d'intervention chez les personnes atteintes d'hépatite alcoolique sur le décès, la qualité de vie et les complications.

Contexte

Une consommation excessive d'alcool peut endommager le foie et provoquer une hépatite alcoolique. Le premier stade des lésions hépatiques dans l'hépatite alcoolique est généralement réversible si les gens arrêtent de boire, mais le risque que la maladie se développe davantage et qu'il y ait plus de complications augmente avec la reprise de la consommation. Un grand buveur est une personne qui consomme plus de 30 g (pour les hommes) ou plus de 20 g (pour les femmes) d'alcool par jour. Seulement 10 à 35 grands buveurs sur 100 présentant des signes d'excès de graisse dans le foie seraient à risque de développer une hépatite alcoolique. Avec le temps, l'hépatite alcoolique peut provoquer une fibrose hépatique (cicatrisation du foie) ou une cirrhose du foie avec complications (saignements, infections, cancer du foie, etc.).

Les glucocorticoïdes ont des effets anti-inflammatoires (soulagement de la douleur, gonflement (œdèmes), fièvre). Ils sont prescrits aux personnes atteintes d'hépatite alcoolique dans le but de réparer leurs lésions hépatiques. Toutefois, les avantages et les inconvénients des corticoïdes ne sont pas bien étudiés dans les essais cliniques randomisés (études dans lesquelles les personnes sont réparties au hasard dans un ou plusieurs groupes de traitement) et, par conséquent, il n'est pas certain qu'ils devraient être utilisés dans la pratique clinique pour les personnes atteintes de maladie alcoolique du foie.

Date des recherches

La recherche inclut des données jusqu’au 18 janvier 2019.

Caractéristiques des études

Seize essais cliniques randomisés ont comparé les glucocorticoïdes à un placebo ou à l’absence d’intervention chez des personnes atteintes d'hépatite alcoolique. Quinze essais ont fourni des données à des fins d'analyse (927 participants ont reçu des glucocorticoïdes et 934 participants ont reçu un placebo ou n’ont reçu aucune intervention). Les corticoïdes ont été administrés par voie orale ou par injection pendant une période médiane de 28 jours (de 3 jours à 12 semaines). Les participants aux essais étaient âgés de 25 à 70 ans, dont 65 % étaient des hommes et présentaient différents stades de maladie hépatique liée à l'alcool. Les participants ont fait l'objet d'un suivi jusqu'au moment de leur sortie de l'hôpital ou jusqu'à leur décès (médiane de 63 jours), ou pendant au moins un an. Tous les essais n'ont pas fait état du suivi des participants. Les essais ont été menés en France, en Inde, au Royaume-Uni et aux États-Unis. Deux essais cliniques ont administré de la pentoxifylline (un médicament utilisé pour les maladies des vaisseaux sanguins) aux deux groupes d'intervention (glucocorticoïdes ou placebo).

Financement

D'après les renseignements que nous avons recueillis à partir des rapports d'essais publiés, un seul des essais ne semble pas être financé par l'industrie, et les 15 essais restants n'ont pas indiqué clairement s'ils étaient partiellement ou entièrement financés par l'industrie.

Fiabilité des preuves

La fiabilité globale des données était faible pour la qualité de vie et très faible pour les décès, quelle qu'en soit la cause jusqu’à trois mois après le début de l'essai ; les effets secondaires graves survenus pendant le traitement ; les décès liés à une maladie du foie jusqu’à trois mois après le début de l'essai ; le nombre de participants présentant des complications jusqu’à trois mois après le début de l’essai, et les effets secondaires non graves jusqu'à trois mois après la fin du traitement. Tous les essais sauf un présentaient un risque élevé de biais, ce qui signifie qu'il est possible de tirer des conclusions erronées, d'exagérer les avantages ou de sous-estimer les effets indésirables des glucocorticoïdes en raison de la façon dont les essais ont été menés et analysés.

Résultats principaux

Nous n'avons pas pu déterminer si les glucocorticoïdes avaient un effet positif ou négatif sur les personnes atteintes d'hépatite alcoolique. Malgré les données disponibles sur les critères d’évaluation, notamment la mortalité, la qualité de vie et les complications graves, nous n'avons pas été en mesure de tirer des conclusions fermes, principalement parce que les données disponibles étaient encore insuffisantes pour produire des résultats solides, que les essais étaient petits et que la gravité de la maladie des participants inclus était variable. Par conséquent, nous avons très peu confiance dans nos conclusions.

Conclusions des auteurs: 

Nous sommes très incertains quant à l'estimation selon laquelle il n’y a aucune différence entre les glucocorticoïdes et un placebo ou l'absence d'intervention sur sur la qualité de vie ou la mortalité toutes causes confondues et les effets indésirables graves pendant le traitement car les données sur ces critères ont respectivement une faible et très faible valeur probante. En raison de la présentation inadéquate des données, nous ne pouvons exclure une augmentation des événements indésirables. Comme les IC étaient larges, nous ne pouvons pas exclure que les glucocorticoïdes aient des avantages ou des inconvénients importants. Par conséquent, nous avons besoin d'essais cliniques randomisés contrôlés par placebo, conçus selon les directives SPIRIT et rapportés selon les directives CONSORT. Les essais à venir devraient chercher à obtenir des données individuelles dépersonnalisées, de sorte que des méta-analyses des effets des glucocorticoïdes sur des sous-groupes de participants puissent être effectuées.

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Contexte: 

L'hépatite alcoolique est une forme de maladie alcoolique du foie caractérisée par la stéatose, une nécroinflammation, une fibrose et des complications au foie. L'hépatite alcoolique survient habituellement chez les personnes âgées de 40 à 50 ans. L'hépatite alcoolique peut être résolue si les gens s'abstiennent de boire, mais le risque de décès dépendra de la gravité des lésions hépatiques et de l'abstinence à l’alcool. Les glucocorticoïdes ont fait l'objet d'études approfondies dans le cadre d'essais cliniques randomisés afin d'évaluer leurs avantages et leurs inconvénients. Cependant, les résultats sont contradictoires.

Objectifs: 

Évaluer les bienfaits et les effets indésirables des glucocorticoïdes chez les personnes atteintes d'hépatite alcoolique.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons identifié les essais au moyen de recherches électroniques dans le registre Cochrane des essais contrôlés du groupe hépato-biliaire (CHB), CENTRAL, MEDLINE, Embase, LILACS, et Science Citation Index Expanded. Nous avons cherché des essais en cours ou non publiés provenant de registres d'essais cliniques ou de sociétés pharmaceutiques. Nous avons également cherché dans les bibliographies des études trouvées. La recherche inclut des données jusqu’au 18 janvier 2019.

Critères de sélection: 

Essais cliniques randomisés évaluant les corticoïdes par rapport à un placebo ou à l’absence d’intervention chez les personnes atteintes d'hépatite alcoolique, peu importe l'année, la langue de publication ou le format. Nous avons examiné des essais sur des adultes ayant reçu un diagnostic d'hépatite alcoolique, qui auraient pu être établis en fonction de critères de diagnostic cliniques ou biochimiques ou des deux. Nous avons défini l'hépatite alcoolique comme légère (score de Maddrey inférieur à 32) et grave (score de Maddrey 32 ou plus). Nous avons pris en compte les essais utilisant des co-interventions dans les groupes, à condition qu'elles soient similaires.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons suivi la méthodologie Cochrane en effectuant les méta-analyses à l'aide de Review Manager 5. Nous avons présenté les résultats des critères de jugement dichotomiques en risques relatifs (RR) et les résultats des critères de jugement continus en différences moyennes (DM), avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Nous avons utilisé des modèles à effets fixes et des modèles à effets aléatoires pour les méta-analyses. Chaque fois qu'il y avait des écarts importants dans les résultats, nous avons présenté l'estimation ponctuelle la plus prudente des deux. Nous avons considéré une valeur P de 0,01 ou moins, bilatérale, comme statistiquement significative si la taille de l'information requise était atteinte pour nos trois critères de jugement principaux (mortalité toutes causes confondues, qualité de vie et événements indésirables graves pendant le traitement) et notre décision post hoc d'inclure des analyses de la mortalité à d'autres moments précis. Nous avons présenté l'hétérogénéité en utilisant la statistique I². Dans le cas où les investigateurs ont choisi une analyse en intention de traiter pour gérer les données manquantes, nous avons utilisé ces données dans notre analyse primaire ; sinon, nous avons utilisé les données disponibles. Nous avons évalué le risque de biais des essais cliniques à l'aide de domaines de risque de biais et la valeur probante des données à l'aide de l’outil GRADE.

Résultats principaux: 

Seize essais ont rempli nos critères d'inclusion. Tous les essais sauf un présentaient un risque élevé de biais. Quinze essais (dont un abstract) ont fourni des données à des fins d'analyse (927 participants ont reçu des glucocorticoïdes et 934 participants ont reçu un placebo ou n’ont reçu aucune intervention). Les glucocorticoïdes ont été administrés par voie orale ou parentérale pendant une période médiane de 28 jours (intervalle de 3 jours à 12 semaines). Les participants, étaient âgés de 25 à 70 ans, atteints d'alcoolisme hépatique à différents stades et parmi eux, 65% étaient des hommes. Le suivi, lorsqu'il était rapporté, s'est poursuivi jusqu’au moment de la sortie de l’hôpital, leur décès (médiane de 63 jours), ou pendant au moins un an. Il n'y a aucune preuve indiquant un effet des glucocorticoïdes sur la mortalité toutes causes confondues jusqu'à trois mois après la randomisation (effets aléatoires RR 0,90, IC à 95 % 0,70 à 1,15 ; participants = 1861 ; essais = 15 ; données de très faible valeur probante) ou sur la qualité de vie jusqu'à trois mois, mesurée à l’aide de l'échelle European Quality of Life - 5 dimensions 3 niveaux (DM - 0,04 point, IC à 95 % - 0,11 à 0,03 ; participants = 377 ; essais = 1 ; données de faible valeur probante). Il n'y a aucune preuve indiquant un effet sur la survenue d'évènements indésirables graves pendant le traitement (effets aléatoires RR 1,05, IC à 95 % 0,85 à 1,29 ; participants = 1861 ; essais = 15 ; données de très faible valeur probante), sur la mortalité liée à une maladie hépatique dans les trois mois après randomisation (effets aléatoires RR 0,89, IC à 95 % 0,69 à 1,14 ; participants = 1861 ; essais = 15 ; données de très faible valeur probante), sur le nombre de participants avec des effets indésirables survenus dans les trois mois après la fin du traitement (effets aléatoires RR 1,04, IC à 95 % 0,86 à 1,27 ; participants = 1861 ; très faible valeur probante) et sur le nombre de participants avec des évènements indésirables non graves survenus dans les trois mois après la fin du traitement (effets aléatoires RR 1,99, IC à 95 % 0,72 à 5,48 ; participants = 160; études = 4 ; très faible valeur probante). D'après les renseignements que nous avons recueillis à partir des rapports d'essais publiés, un seul des essais ne semble pas être financé par l'industrie, et les 15 essais restants n'ont pas indiqué clairement s'ils étaient partiellement ou entièrement financés par l'industrie.

Notes de traduction: 

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