Immunoglobuline intraveineuse en cas d'infection suspectée ou avérée chez des nouveau-nés

Contexte

Les nourrissons peuvent contracter des infections in utero ou à l'hôpital après la naissance, en particulier s'ils doivent être placés en soins intensifs. Ces infections peuvent entraîner une maladie grave ou le décès du nouveau-né. Le transport des immunoglobulines (substances présentes dans le sang qui permettent de combattre les infections) de la mère au fœtus se produit principalement au bout de 32 semaines de gestation, et les nourrissons ne commencent à produire des immunoglobulines que plusieurs mois après la naissance. Théoriquement, l'administration d'immunoglobuline intraveineuse pourrait permettre de limiter les effets indésirables des infections.

Question de la revue

En cas d'infections suspectées ou avérées chez les nouveau-nés, l'injection d'immunoglobuline dans les veines réduit-elle les décès ou les maladies ?

Ce que montrent les études

Outre plusieurs petites études, un très grand essai portant sur 3 493 nourrissons a été publié. Les études disponibles montrent clairement que l'administration d'immunoglobulines par voie intraveineuse ne prévient pas les décès ou les maladies pendant le séjour à l'hôpital, ni les décès ou l'invalidité majeure à deux ans d'âge.

Conclusion

L'utilisation de l'immunoglobuline intraveineuse pour traiter une infection suspectée ou avérée chez les nouveau-nés n'est pas recommandée. Aucune recherche supplémentaire ne semble se justifier.

Conclusions des auteurs: 

Les résultats indiscutables de l'essai INIS, qui porte sur 3 493 nourrissons, ainsi que nos méta-analyses (n = 3 973) n'ont mis en évidence aucune réduction de la mortalité pendant l'hospitalisation, ni des décès ou de l'invalidité majeure à deux ans chez les nourrissons avec une infection suspectée ou avérée. Bien que basée sur un échantillon de petite taille (n = 266), cette mise à jour fournit des preuves supplémentaires que les immunoglobulines intraveineuses enrichies en IgM ne réduisent pas significativement la mortalité pendant le séjour à l'hôpital chez les nourrissons avec une suspicion d'infection. L'administration systématique d'IgIV ou d'IgIV enrichie en IgM pour prévenir la mortalité chez les nourrissons avec une infection néonatale suspectée ou avérée n'est pas recommandée. Aucune recherche supplémentaire ne semble se justifier.

Lire le résumé complet...
Contexte: 

Les nouveau-nés sont à risque accru d'infection en raison de leur immuno-incompétence. Le transport d'immunoglobulines de la mère au fœtus se produit principalement au bout de 32 semaines de gestation, et la synthèse endogène commence plusieurs mois après la naissance. L'administration d'immunoglobulines intraveineuses (IgIV) apporte des immunoglobulines G (IgG) capables de se fixer aux récepteurs de surface cellulaire, de produire une activité opsonique, d'activer le complément, de promouvoir la cytotoxicité dépendant des anticorps et d'améliorer la chimioluminescence des neutrophiles. Théoriquement, l'administration d'immunoglobulines intraveineuses pourrait donc réduire la morbidité et la mortalité infectieuses.

Objectifs: 

Évaluer les effets des IgIV sur la mortalité et la morbidité des nouveau-nés dues à une infection suspectée ou avérée lors de l'inclusion dans l'étude. Évaluer, dans une analyse de sous-groupe, les effets des IgIV enrichies en IgM sur la mortalité par infection suspectée.

La stratégie de recherche documentaire: 

Pour cette mise à jour, nous avons effectué en 2013 des recherches dans MEDLINE, EMBASE, la Bibliothèque Cochrane, CINAHL, des registres d'essais cliniques, Web of Science, les références bibliographiques des études identifiées, des méta-analyses et des fichiers personnels. Aucune restriction de langue n'a été appliquée.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés ou quasi randomisés portant sur des nouveau-nés (< 28 jours), comparant l'utilisation d'IgIV dans le traitement d'une infection bactérienne ou fongique suspectée ou avérée par rapport au placebo ou à l'absence d'intervention, et rendant compte d'un des critères d'évaluation suivants : mortalité, durée d'hospitalisation ou développement psychomoteur pendant le suivi.

Recueil et analyse des données: 

Les analyses statistiques incluaient le risque relatif (RR) typique, la différence de risques (DR), la différence moyenne pondérée (DMP), le nombre de sujets à traiter (NST) pour observer un bénéfice du traitement (avec des intervalles de confiance (IC) à 95 % dans tous les cas) et l'I2 pour examiner l'hétérogénéité statistique.

Résultats principaux: 

La recherche actualisée a permis d'identifier une étude publiée qui était en cours lors de la version initiale. Un total de neuf études évaluant 3 973 nourrissons ont été incluses dans cette revue. Chez les nourrissons avec une suspicion clinique d'infection, aucune différence significative n'a été relevée après un traitement par IgIV en termes de mortalité pendant l'hospitalisation (9 études (n = 2 527) ; RR typique 0,95 ; IC à 95 % de 0,80 à 1,13 ; DR typique -0,01 ; IC à 95 % de -0,04 à 0,02 ; I2 = 23 % pour le RR et 29 % pour la DR). Chez les nourrissons avec une suspicion d'infection, aucune différence significative n'a été relevée après un traitement par IgIV en termes de décès ou d'invalidité majeure à 2 ans d'âge corrigé (1 étude (n = 1 985) ; RR 0,98 ; IC à 95 % de 0,88 à 1,09 ; DR -0,01 ; IC à 95 % de -0,05 à 0,03). Chez les nourrissons atteints d'infection avérée à l'inclusion dans l'essai, aucune différence significative n'a été relevée après un traitement par IgIV en termes de mortalité pendant l'hospitalisation (1 essai (n = 1 446) ; RR 0,95 ; IC à 95 % de 0,74 à 1,21 ; DR -0,01 ; IC à 95 % de -0,04 à 0,03). Chez les nourrissons atteints d'infection avérée à l'inclusion dans l'essai, aucune différence significative n'a été relevée après un traitement par IgIV en termes de décès ou d'invalidité majeure à 2 ans d'âge corrigé (1 essai (n = 1 393) ; RR 1,03 ; IC à 95 % de 0,91 à 1,18 ; DR 0,01 ; IC à 95 % de -0,04 à 0,06). Chez les nourrissons avec une suspicion clinique d'infection ou atteints d'infection avérée à l'inclusion dans l'essai, aucune différence significative n'a été relevée après un traitement par IgIV en termes de mortalité pendant l'hospitalisation (1 étude (n = 3 493) ; RR 1,00 ; IC à 95 % de 0,86 à 1,16 ; DR 0,00 ; IC à 95 % de -0,02 à 0,03). Chez les nourrissons avec une suspicion infection ou atteints d'infection avérée à l'inclusion dans l'essai, aucune différence significative n'a été relevée après un traitement par IgIV en termes de décès ou d'invalidité majeure à 2 ans d'âge corrigé (1 étude (n = 3 493) ; RR 1,00 ; IC à 95 % de 0,92 à 1,09 ; DR -0,00 ; IC à 95 % -0,03 à 0,03). La durée d'hospitalisation n'était pas réduite chez les nourrissons avec une suspicion d'infection ou atteints d'infection avérée à l'inclusion dans l'essai (1 étude (n = 3 493) ; différence moyenne (DM) 0,00 jours, IC à 95 % de -0,61 à 0,61). Aucune différence significative n'a été observée dans 4 études en termes de la mortalité pendant l'hospitalisation après l'administration d'IgIV enrichie en IgM pour une suspicion d'infection à l'inclusion dans l'essai (n = 266) (RR typique 0,68 ; IC à 95 % de 0,39 à 1,20 ; DR -0,06 ; IC à 95 % de -0,14 à 0,02 ; I2 = 17 % pour le RR et 53 % pour la DR).

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

Tools
Information
Share/Save

Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.