Détecteurs de caries dentaires à fluorescence

Pourquoi est-il important d'améliorer la détection des caries dentaires ?

Les dentistes cherchent souvent à identifier les caries qui ont déjà atteint un niveau nécessitant une obturation. Si les dentistes pouvaient découvrir une carie dentaire alors qu'elle n'a affecté que superficiellement la dent, il serait alors possible d'empêcher la carie de se propager davantage et de prévenir le besoin d’obturation. Il est également important d'éviter un résultat faussement positif, en conduisant un traitement en l'absence de carie.

Quel est l’objectif de cette revue ?

Cette revue Cochrane visait à déterminer la précision des détecteurs de caries dentaires à fluorescence (dispositifs non invasifs qui diffusent une lumière à la surface de la dent) pour détecter et diagnostiquer les lésions carieuses précoces dans le cadre du « bilan de santé » dentaire des enfants et des adultes qui consultent leur chirurgien-dentiste. Les chercheurs ont inclus 133 études pour répondre à cette question.

Quel était l’objet de la revue ?

Il existe trois catégories de détecteurs à fluorescence qui utilisent différents types de lumière que nous avons regroupés sous les termes de fluorescence rouge, bleue et verte. Chaque dispositif réfléchit plus ou moins de lumière selon l’importance de la carie dentaire, et celle-ci est mesurée par le dispositif pour donner un score qui indique la présence d’une carie dentaire et sa gravité. Nous avons étudié la carie sur les surfaces occlusales (surfaces de mastication des dents postérieures), les surfaces proximales (surfaces des dents qui sont en regard les unes des autres) et les surfaces lisses.

Quels sont les principaux résultats de cette revue ?

L’étude a porté sur 133 études pertinentes, mais 55 d'entre elles n'ont pas fourni de données sous une forme utilisable pour l'analyse, de sorte que 79 études totalisant 21 283 dents ont été incluses dans l'analyse. Certaines de ces études ont porté sur plus d'un type de dispositif à fluorescence, ce qui nous a donné 114 ensembles de données. Les résultats de ces études indiquent que, en théorie, si les dispositifs à fluorescence devaient être utilisés par un dentiste pour un examen dentaire de routine dans un groupe de 1000 sites ou surfaces dentaires, dont 574 (57%) présentent une carie dentaire précoce :

- on estime que 494 d'entre eux auront un résultat d'appareil à fluorescence indiquant une carie dentaire, et parmi ceux-ci, 95 (19 %) n'auront pas de carie (faux positif - diagnostic incorrect) ;
- sur les 506 sites ou surfaces dentaires dont le résultat indique l'absence de carie, 171 (34 %) auront une carie précoce (faux négatif - diagnostic incorrect).

Veuillez consulter le site oralhealth.cochrane.org/fluorescence-devices-results.

Nous n'avons pas trouvé de données probantes indiquant que les dispositifs qui utilisaient différents types de lumière (fluorescence rouge, bleue ou verte) différaient dans leur précision.

Les résultats des études de cette revue sont-ils fiables ?

Nous n'avons inclus que les études qui évaluaient les dents saines ou celles que l'on pensait atteintes de caries précoces. En effet, les dents présentant une carie profonde seraient plus faciles à détecter. Cependant, la manière dont les études ont été menées a posé quelques problèmes. Il se peut que les appareils à fluorescence aient semblé plus précis qu'ils ne le sont. Nous avons jugé que le niveau de confiance des données probantes était faible en raison de la manière dont les études ont sélectionné leurs participants, du grand nombre d'études qui ont été réalisées en laboratoire sur des dents extraites et de la variation des résultats rapportés.

À qui s’appliquent les résultats de cette revue ?

Les études incluses dans la revue ont été réalisées au Brésil, en Europe, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique du Nord et en Australie. Un grand nombre d'études ont utilisé des dents extraites. D'autres ont été effectuées dans des hôpitaux dentaires, des cabinets dentaires d’omnipratique ou des écoles. Les études ont porté de l’année 1998 à 2019.

Quelles sont les répercussions de cette revue ?

En raison de la grande variation des performances qui ne peut être facilement expliquée, l'interprétation des résultats est complexe. La proportion de cas manqués ou mal diagnostiqués en termes de preuve de carie est relativement élevée. Des informations importantes manquaient dans nombre des études incluses. Toute étude future devrait être menée dans un cadre clinique et examiner le potentiel des détecteurs de caries à fluorescence utilisés en même temps que d'autres détecteurs.

Cette revue est-elle à jour ?

Les auteurs de la revue ont recherché et utilisé des études publiées jusqu'au 30 mai 2019.

Conclusions des auteurs: 

Il existe des variations considérables dans les performances de ces dispositifs basés sur la fluorescence qui ne pourraient pas être expliquées par les différentes longueurs d'onde des dispositifs évalués, les caractéristiques des participants ou des études. Les dispositifs basés sur la fluorescence bleue et verte semblaient plus performants que ceux basés sur la fluorescence rouge, mais cette différence n'a pas été confirmée par les résultats d'une comparaison statistique formelle. La base de données probantes était considérable, mais nous n'avons pu inclure que 79 études sur 133 dans la méta-analyse car les estimations des valeurs de sensibilité ou de spécificité, ou les deux, n'ont pu être extraites ou dérivées. En termes d'applicabilité, toute étude future devrait être menée dans un cadre clinique, où les difficultés d'évaluation des caries dans la cavité buccale comprennent la plaque, la coloration et les restaurations. Parmi les autres considérations, citons le potentiel des dispositifs de fluorescence à être utilisés en combinaison avec d'autres technologies et les études comparatives de précision du diagnostic.

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Contexte: 

La carie est l'une des affections les plus répandues et les plus faciles à prévenir dans le monde. Si elles sont identifiées suffisamment tôt, des techniques non invasives peuvent être appliquées. C'est pourquoi cette étude se concentre sur les caries précoces intéressant la surface amélaire de la dent. La pierre angulaire de la détection des caries est un examen dentaire visuel et tactile, mais il existe d'autres méthodes de détection, notamment des dispositifs basés sur la fluorescence. Il existe trois catégories de dispositifs basés sur la fluorescence, chacune étant principalement définie par les différentes longueurs d'onde qu'elle exploite ; nous avons appelé ces groupes fluorescence rouge, bleue et verte. Ces dispositifs pourraient accompagner l'examen visuel pour la détection et le diagnostic des caries à un stade précoce de la lésion.

Objectifs: 

Nos principaux objectifs étaient d'estimer la précision du test de diagnostic des dispositifs basés sur la fluorescence pour la détection et le diagnostic des caries amélaires chez les enfants ou les adultes. Nous avons prévu d'étudier les sources potentielles d'hétérogénéité suivantes : la surface de la dent (occlusale, proximale, lisse ou adjacente à une restauration) ; les dispositifs de mesure ponctuelle par rapport aux dispositifs d'imagerie ou d'évaluation de surface ; et la prévalence d’atteintes plus graves dans chaque échantillon d'étude, au niveau des caries dentinaires.

Stratégie de recherche documentaire: 

Le spécialiste de l'information du groupe Cochrane sur la santé bucco-dentaire a entrepris une recherche dans les bases de données suivantes : MEDLINE Ovid (1946 au 30 mai 2019) ; Embase Ovid (1980 au 30 mai 2019) ; US National Institutes of Health Ongoing Trials Register (ClinicalTrials.gov, au 30 mai 2019) ; et le Système d'enregistrement international des essais cliniques (ICTRP) de l'OMS (au 30 mai 2019). Nous avons étudié des listes bibliographiques ainsi que des articles de revues systématiques publiés.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des études de précision diagnostique qui comparent un dispositif basé sur la fluorescence à un standard de référence. Il s'agit notamment d'études prospectives qui évaluent la précision diagnostique de tests index uniques et d'études qui comparent directement deux ou plusieurs tests index. Les études qui ont explicitement recruté des participants ayant des caries atteignant la dentine ou des cavitations franches ont été exclues.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont extrait les données indépendamment en utilisant un formulaire d'extraction de données d'études pilotes basé sur l’instrument QUADAS-2 (Quality Assessment of Diagnostic Accuracy Studies 2). La sensibilité et la spécificité avec des intervalles de confiance (IC) à 95% ont été rapportés pour chaque étude. Ces informations ont été affichées sous forme de graphiques en forêts couplés et des courbes SROC (summary receiver operating characteristic), affichant les points de sensibilité-spécificité pour chaque étude. Nous avons estimé la précision du diagnostic en utilisant les méthodes HSROC (hierarchical summary receiver operating characteristic). Nous avons signalé des sensibilités à des valeurs fixes de spécificité (médiane 0,78, quartile supérieur 0,90).

Résultats principaux: 

Nous avons inclus un total de 133 études, 55 n'ont pas rapporté de données dans le format 2 x 2 et n'ont pas pu être incluses dans la méta-analyse. 79 études qui ont fourni 114 ensembles de données et évalué 21 283 surfaces dentaires ont été incluses dans la méta-analyse. Il y avait un risque élevé de biais pour le domaine de sélection des participants. Le test index, le standard de référence et les domaines du flux et du temps ont tous montré qu'une forte proportion d'études présentaient un faible risque de biais. Les préoccupations concernant l'applicabilité des données probantes étaient élevées ou peu claires pour tous les domaines, la proportion la plus élevée étant observée lors de la sélection des participants. Le recrutement sélectif des participants, des seuils de diagnostic mal définis et des études in vitro non généralisables au scénario clinique d'un examen dentaire de routine ont été les raisons principales de ces résultats. La prédominance des études in vitro signifie également que les informations sur la manière dont les résultats de ces dispositifs sont utilisés pour étayer le diagnostic, par opposition à la détection pure, étaient extrêmement limitées. Il y avait une grande variabilité dans les résultats qui ne pouvait pas être expliquée par les différents appareils ou la dentition ou d'autres sources d'hétérogénéité que nous avons étudiées. Le rapport des cotes de diagnostic était de 14,12 (IC à 95 % 11,17 à 17,84).

La sensibilité estimée, à une spécificité médiane fixe de 0,78, était de 0,70 (IC à 95 % 0,64 à 0,75). Dans une cohorte hypothétique de 1000 sites ou surfaces dentaires, avec une prévalence de caries amélaires de 57%, obtenue à partir des études incluses, la sensibilité estimée de 0,70 et la spécificité de 0,78 résulteraient en 171 sites ou surfaces dentaires manqués présentant des caries amélaires (faux négatifs) et 95 classés à tort comme ayant des caries précoces (faux positifs).

Nous avons utilisé la méta-régression pour comparer la précision des différents dispositifs pour la fluorescence rouge (84 ensembles de données, 14 514 sites dentaires), la fluorescence bleue (21 ensembles de données, 3429 sites dentaires) et la fluorescence verte (9 ensembles de données, 3340 sites dentaires). Au départ, nous avons admis que le seuil, la forme et la précision varient en fonction du type d'appareil en incluant des covariables dans le modèle. Permettant la cohérence de la forme, la suppression des covariables pour la précision n'a eu qu'un effet négligeable (Chi2 = 3,91, degrés de liberté = 2, P = 0,14).

Malgré le volume relativement important de données probantes, nous avons évalué le niveau de confiance des données probantes comme étant faible, abaissé deux niveaux au total, pour le risque de biais dû aux limitations dans la conception et la conduite des études incluses, le caractère indirect découlant du nombre élevé d'études in vitro, et l'incohérence due à la variabilité substantielle des résultats.

Notes de traduction: 

Post-édition effectuée par Emmanuel Gouet et Cochrane France. Une erreur de traduction ou dans le texte d'origine ? Merci d'adresser vos commentaires à : traduction@cochrane.fr

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.