Comprimés antidouleur en prise orale pour la douleur post-césarienne

Les comprimés sont pratiques et faciles à prendre pour soulager la douleur après une césarienne, qui consiste à couper à travers l'abdomen et l'utérus pour délivrer le bébé. Nous avons cherché à évaluer l'efficacité, la sécurité et le rapport coût-efficacité de différents types de comprimés contre la douleur. Différents types de comprimés antidouleur soulagent la douleur de différentes manières. Par leur action sur le système nerveux, les opioïdes réduisent la sensation de douleur, diminuent la réaction à la douleur et augmentent la tolérance à la douleur. Certains comprimés antidouleur non opioïdes agissent sur les tissus pour réduire la réponse aux substances inflammatoires libérées au site de lésion tissulaire. Les médicaments combinés (ex. paracétamol et codéine) peuvent avoir des effets plus prononcés grâce aux différents mécanismes d'action de leurs composants. Nous ne savons pas comment agissent d'autres comprimés, comme les agonistes alpha-2 (clonidine) et la gabapentine (utilisée habituellement dans la douleur nevralgique associée au zona et les douleurs de longue durée), pour soulager la douleur. Un bon contrôle de la douleur peut réduire le temps passé à l'hôpital après une césarienne, améliorer la satisfaction et réduire les coûts de santé.

Ayant effectué des recherches dans la littérature, nous avons trouvé 63 articles évaluant la douleur post-césarienne, mais 13 études seulement répondaient à nos critères d'inclusion, dont seuls huit (portant sur 962 femmes) rendaient compte de critères évalués dans cette revue. Sur les huit essais ayant fourni des données dans cette revue, seulement quatre avaient un faible risque de biais. Toutes les études incluses portaient sur un petit nombre de femmes (de 40 à 136 femmes).

Nous avons comparé des comprimés oraux non opioïdes, opioïdes et combinés à un placebo ou à l'absence de traitement. Les preuves étaient insuffisantes pour déterminer l'effet d'analgésiques supplémentaires (comprimés ou injections) chez les femmes ayant pris des analgésiques opioïdes, non opioïdes ou combinés, en comparaison avec le placebo. De même, les preuves étaient insuffisantes pour établir l'effet des médicaments opioïdes comparativement aux médicaments non opioïdes ou combinés sur le recours à une analgésie supplémentaire. Lors de l'évaluation individuelle des différents médicaments non opioïdes, nous avons trouvé des preuves indiquant que la gabapentine réduisait le recours à une analgésie supplémentaire par rapport au placebo, mais l'analyse des données sur d'autres comprimés (céléxocib, ibuprofène, kétoprofène, naproxène, paracétamol) a donné des résultats plus incertains. Par rapport au placebo, le paracétamol associé à la codéine a réduit le recours à une analgésie supplémentaire. Nous avons constaté que la gabapentine à dose forte et faible ainsi que le kétoprofène à forte dose étaient plus efficaces que le placebo en ce qui concerne le recours à une analgésie supplémentaire. D'autre part, le kétoprofène à faible dose ainsi que le tramadol à dose forte et faible n'étaient pas différents du placebo en termes d'effet sur le recours à une analgésie supplémentaire. Cependant, il est important de noter que ces analyses supplémentaires (sur différents médicaments et doses) sont basées sur des nombres relativement faibles d'études (un à deux essais) et de femmes (40 à 136).

Comparativement au placebo ou à l'absence de traitement, les femmes ont développé davantage d'effets secondaires, notamment des nausées, des vomissements et des somnolences, avec l'utilisation d'analgésiques opioïdes, non opioïdes ou combinés. Dans tous les essais, le recours à l'analgésie supplémentaire était utilisé à titre de norme ainsi que pour les accès douloureux transitoires, et tous ont utilisé différents médicaments.

Aucune étude ne rendait compte des critères suivants : soulagement adéquat de la douleur, nombre de jours à l'hôpital après l'opération, ré-hospitalisation due à la douleur de l'incision, allaitement maternel exclusif à la sortie, alimentation mixte à la sortie, dépression post-partum de la mère et rapport coût-efficacité des interventions étudiées.

Les données disponibles étant limitées, aucune conclusion ne peut être formulée sur le type le plus sûr et le plus efficace d'analgésie par voie orale contre la douleur post-césarienne. D'autres études sont nécessaires. Davantage de recherches sont nécessaires pour comparer différents types d'analgésiques et sur différents critères tels que la sécurité, l'efficacité et le coût.

Conclusions des auteurs: 

Huit essais avec 962 femmes ont été inclus dans l'analyse, mais quatre seulement étaient de qualité élevée. Tous les essais étaient de petite envergure. Nous avons réalisé des analyses en sous-groupes de différents médicaments appartenant au même groupe ainsi que de doses fortes et faibles d'un même médicament. Cependant, les nombres relativement petits d'études (un à deux essais) et de femmes (40 à 136) limitent la fiabilité de ces analyses de sous-groupe.

Les données disponibles étant limitées, aucune conclusion ne peut être formulée sur le type le plus sûr et le plus efficace d'analgésie par voie orale contre la douleur post-césarienne. D'autres études sont nécessaires.

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Contexte: 

L'analgésie orale est une forme pratique et largement utilisée de soulagement de la douleur après une césarienne. Elle comprend divers médicaments à différentes doses, utilisés seuls ou en adjonction à une autre forme d'analgésie.

Objectifs: 

Déterminer l'efficacité, la sécurité et le rapport coût-efficacité de l'analgésie orale dans le soulagement de la douleur post-césarienne.

Stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre des essais cliniques du groupe Cochrane sur la grossesse et l'accouchement (31 juillet 2014) et les références bibliographiques des études trouvées.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés (ECR). Les essais randomisés en grappes étaient éligibles pour l'inclusion, mais aucun n'a été identifié. Les essais quasi randomisés ou croisés n'étaient pas éligibles pour l'inclusion.

Les interventions comprenaient les médicaments par voie orale administrés à des femmes pour soulager la douleur post-césarienne, comparés à des médicaments par voie orale, ou à un placebo / à l'absence de traitement.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs travaillant de façon indépendante ont d'abord évalué toutes les études potentielles pour l'inclusion, puis ont évalué la qualité des essais, extrait les données à l'aide du formulaire prévu à cet effet et en ont vérifié l'exactitude.

Résultats principaux: 

Huit petits essais portant sur 962 femmes (sur 13 essais inclus) ont fourni des données à l'analyse, dont quatre seulement étaient à faible risque de biais.

Aucune des études incluses ne rendait compte du « soulagement adéquat de la douleur », qui était l'un des principaux critères de cette revue.

1. Analgésiques opioïdes versus placebo

Sur la base d'un essai impliquant 120 femmes, les opioïdes n'avaient pas d'effet significatif comparativement au placebo pour ce qui est du recours à l'analgésie supplémentaire (critère principal) (risque relatif (RR) de 0,33 ; intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,06 à 1,92), et leur effet était également incertain en termes de critères relatifs aux effets indésirables du médicament (RR 6,58 ; IC à 95 % de 0,38 à 113,96).

Le tramadol à dose faible (75 mg) et forte (150 mg) avait un effet similaire sur le recours à l'analgésie supplémentaire (respectivement, RR 0,67 ; IC à 95 % de 0,12 à 3,78 et RR 0,14 ; IC à 95 % de 0,01 à 2,68 ; une étude, 80 femmes).

2. Analgésie non opioïde versus placebo

Dans le groupe d'analgésie non opioïde, l'intervalle de confiance pour le recours réduit à l'analgésie supplémentaire (critère principal) est large et comprend la possibilité de peu ou pas d'effet (RR moyen de 0,70 ; IC à 95 % de 0,48 à 1,01 ; six études, 584 femmes). Nous avons cependant observé une hétérogénéité substantielle en raison de la variété des médicaments non opioïdes utilisés (I2 = 85 %). Dans une analyse en sous-groupes de différents médicaments, seule l'utilisation de la gabapentine a réduit le recours à l'analgésie supplémentaire (RR 0,34 ; IC à 95 % de 0,23 à 0,51 ; un essai, 126 femmes). Aucune différence n'a été observée dans le recours à l'analgésie supplémentaire avec le céléxocib, l'ibuprofène, le kétoprofène, le naproxène et le paracétamol. Les effets secondaires maternels du médicament étaient plus fréquents avec les analgésiques non opioïdes (RR 11,12 ; IC à 95 % de 2,13 à 58,22 ; deux essais, 267 femmes).

La gabapentine 300 mg (RR 0,25 ; IC à 95 % de 0,13 à 0,49 ; une étude, 63 femmes) et 600 mg (RR 0,44 ; IC à 95 % de 0,27 à 0,71 ; une étude, 63 femmes) ainsi que le kétoprofène 100 mg (RR 0,55 ; IC à 95 % de 0,39 au 0,79 ; une étude, 72 femmes) étaient tous les deux plus efficaces que le placebo en ce qui concerne le recours à l'analgésie supplémentaire. Cependant, le groupe de kétoprofène 50 mg et le groupe placebo ne différaient pas en termes du nombre de femmes ayant recours à l'analgésie supplémentaire (RR 0,82 ; IC à 95 % de 0,64 à 1,07 ; une étude, 72 femmes).

3. Analgésiques combinés versus placebo

Notre analyse groupée de l'effet des analgésiques combinés sur le recours à l'analgésie supplémentaire a donné un RR de 0,70 (IC à 95 % de 0,35 à 1,40 ; trois essais, 242 femmes, I2 = 69 %). Dans la comparaison analgésiques oraux versus placebo, la comparaison de différents médicaments nous a permis de relever des différences entre sous-groupes (p = 0,05 ; I² = 65,8 %). Un essai comparant l'association du paracétamol et de la codéine par rapport au placebo a mis en évidence une diminution du nombre de femmes ayant recours à l'analgésie supplémentaire (RR 0,44 ; IC à 95 % de 0,23 à 0,82 ; un essai, 65 femmes). Cependant, aucune différence n'a été observée dans le nombre de femmes ayant recours à l'analgésie supplémentaire en comparant le paracétamol associé à l'oxycodone ou au propoxyphène par rapport au placebo (respectivement, RR 1,00 ; IC à 95 % de 0,78 à 1,28 ; un essai, 96 femmes et RR 0,65 ; IC à 95 % de 0,11 à 3,69 ; un essai, 81 femmes).

Les effets secondaires maternels du médicament étaient plus fréquents dans le groupe d'analgésiques combinés par rapport au placebo (RR 13,18 ; IC à 95 % de 2,86 à 60,68 ; trois essais, 252 femmes).

4. Analgésiques opioïdes versus analgésiques non opioïdes

L'intervalle de confiance était très large pour l'effet des médicaments opioïdes et non opioïdes sur le recours à l'analgésie supplémentaire (RR 0,51 ; IC à 95 % de 0,07 à 3,51 ; un essai, 121 femmes). Les effets secondaires étaient plus fréquents avec l'utilisation d'opioïdes par rapport aux analgésiques non opioïdes (RR 2,32 ; IC à 95 % de 1,15 à 4,69 ; deux essais, 241 femmes).

5. Analgésiques opioïdes versus analgésiques combinés

Sur la basé d'une étude portant sur 121 femmes et comparant le tramadol par rapport au paracétamol associé au propoxyphène, aucune différence n'a été observée dans le recours à l'analgésie supplémentaire entre les analgésiques opioïdes et combinés (RR 0,51 ; IC à 95 % de 0,07 à 3,51). Les effets indésirables maternels étaient également similaires entre les deux groupes (RR 6,74 ; IC à 95 % de 0,39 à 116,79).

6. Analgésiques non opioïdes versus analgésiques combinés

Le recours à l'analgésie supplémentaire était plus important dans le groupe de femmes ayant reçu des analgésiques non opioïdes (RR 0,87 ; IC à 95 % de 0,81 à 0,93 ; un essai, 192 femmes) par rapport au groupe de femmes ayant reçu des analgésiques combinés.

Critères secondaires non signalés dans les études incluses

Aucune donnée n'a été trouvée sur les critères secondaires suivants : nombre de jours à l'hôpital après l'opération, ré-hospitalisation due à la douleur de l'incision, allaitement maternel exclusif à la sortie, alimentation mixte à la sortie, douleur de l'incision à six semaines après la césarienne, dépression post-partum de la mère, effet (négatif) sur l'interaction entre la mère et le bébé et coût du traitement.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.