Entraînement à la respiration avant une opération chirurgicale pour réduire, chez les adultes, les complications pulmonaires après une chirurgie cardiaque ou une chirurgie abdominale majeure

Contexte et problématique de la revue

Malgré les progrès des soins aux patients au cours des dernières décennies, les complications respiratoires résultant des lésions pulmonaires après la chirurgie, telle que la pneumonie, sont la principale cause de décès et de maladie chez les adultes ayant subi une chirurgie abdominale majeure ou cardiaque. L'entraînement des muscles respiratoires à l'aide d'un petit dispositif à domicile avant la chirurgie semble faciliter la respiration et contribue à renforcer les muscles respiratoires après la chirurgie. Cet entraînement peut potentiellement aider à réduire les complications respiratoires après la chirurgie et conduire à une amélioration des soins aux patients ainsi qu'à une réduction du coût global des soins de santé pour le système de santé public. Nous voulions déterminer si l'entraînement des muscles inspiratoires avant la chirurgie peut réduire le risque de complications pulmonaires et identifier les patients susceptibles de bénéficier le plus d'un tel entraînement.

Objectif

Nous avons examiné les preuves attestant les effets de l'entraînement respiratoire avant la chirurgie sur les complications pulmonaires chez les adultes après une chirurgie abdominale majeure ou cardiaque.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons inclus 12 essais totalisant 695 participants. Sur les 12 études, cinq incluaient des participants en attente d'une chirurgie cardiaque planifiée, et sept incluaient des participants en attente d'une chirurgie abdominale majeure planifiée. Les preuves sont à jour en octobre 2014.

Principaux résultats

Cette revue a montré que l'entraînement des muscles inspiratoires avant la chirurgie réduit le risque de certaines complications pulmonaires (atélectasie et pneumonie) après la chirurgie ainsi que la durée de séjour à l'hôpital, par rapport aux soins habituels. Cependant, l'effet de cet entraînement sur la mortalité à l'hôpital après la chirurgie n'est pas clair et doit être approfondi. Les essais n'ont rapporté aucun effet indésirable associé à l'entraînement des muscles inspiratoires, et aucune étude n'a rapporté de données sur les coûts résultant de l'entraînement à la respiration à l'aide d'un dispositif.

Qualité des preuves et conclusions

Bien que les preuves disponibles sont insuffisantes en termes de qualité et de taille des essais, nous pouvons conclure que l'entraînement des muscles inspiratoires avant la chirurgie diminue les risques de complications pulmonaires après la chirurgie. Cette entraînement est facilement réalisable à domicile sous contrôle d'un physiothérapeute. Par conséquent, l'entraînement des muscles inspiratoires semble être une option adaptée pour la préparation à une opération chirurgicale planifiée, en particulier pour les adultes en attente de chirurgie cardiaque ou abdominale à risque élevé. D'autres chirurgies, telles que la résection de l'œsophage (ablation d'une partie du tractus gastro-intestinal, dit « appareil digestif »), doivent être évaluées ; le rapport coût-efficacité et les résultats évalués par les patients devraient être rapportés. La possibilité d'une surestimation de l'effet du traitement doit être prise en compte lors de l'interprétation de nos résultats, car la qualité des données est faible à modérée.

Conclusions des auteurs: 

Nous avons trouvé des preuves que l'EIM préopératoire était associé à une réduction de l'atélectasie et de la pneumonie postopératoires, et de la durée de séjour à l'hôpital chez les adultes subissant une chirurgie abdominale majeure ou cardiaque. La possibilité d'une surestimation de l'effet du traitement en raison d'un manque de mise en aveugle adéquate, des effets de petites études, et des biais de publication doit être prise en compte lors de l'interprétation de nos résultats.

Lire le résumé complet...
Contexte: 

Les complications respiratoires postopératoires (CRPO) ont un impact sur la récupération de l'adulte après la chirurgie. Il est donc important de déterminer si la rééducation respiratoire préopératoire peut réduire le risque de CRPO et d'identifier les adultes susceptibles de bénéficier de la rééducation respiratoire.

Objectifs: 

Notre principal objectif était d'évaluer l'efficacité de l'entraînement des muscles inspiratoires (EIM) préopératoire sur les CRPO chez les adultes subissant une chirurgie abdominale majeure ou cardiaque. Nous avons examiné la mortalité toutes causes confondues et les événements indésirables.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL, 2014, numéro 10), MEDLINE (de 1966 à octobre 2014), EMBASE (de 1980 à octobre 2014), CINAHL (de 1982 à octobre 2014), LILACS (de 1982 à octobre 2014) et ISI Web of Science (de 1985 à octobre 2014). Nous n'avons imposé aucune restriction concernant la langue.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus les essais contrôlés randomisés qui comparaient les soins préopératoires habituels et l'EIM préopératoire pour les adultes subissant une chirurgie abdominale majeure ou cardiaque .

Recueil et analyse des données: 

Au moins deux auteurs de la revue ont indépendamment identifié les études, évalué la qualité des essais et extrait les données. Nous avons extrait les informations suivantes : les caractéristiques de l'étude, les caractéristiques des participants, les détails de l'intervention et les mesures de résultats. Nous avons contacté les auteurs des études pour obtenir des informations supplémentaires afin d'identifier d'éventuelles données non publiées.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 12 essais totalisant 695 participants ; cinq essais incluaient des participants en attente de chirurgie cardiaque élective et sept essais incluaient des participants en attente de chirurgie abdominale majeure élective. Tous les essais comportaient au moins un domaine considéré comme présentant un risque de biais élevé ou incertain. Le plus préoccupant était le risque de biais associé à la mise en aveugle inadéquate, car il était impossible de masquer les participants en raison de la nature des plans d'étude. Nous avons pu regrouper les cas d'atélectasie postopératoire dans sept essais (443 participants) et les cas de pneumonie postopératoire dans 11 essais (675 participants) dans une méta-analyse. L'EIM préopératoire était associé à une réduction de l'atélectasie et de la pneumonie postopératoires, par rapport aux soins habituels ou à une intervention sans exercice physique (respectivement : risque relatif (RR) 0,53, intervalle de confiance à 95 % (IC) 0,34 à 0,82 et RR 0,45, IC à 95 % 0,26 à 0,77). Nous avons pu regrouper les cas de mortalité toutes causes confondues au cours de la période postopératoire dans sept essais (431 participants) dans une méta-analyse. Cependant, l'effet sur la mortalité postopératoire toutes causes confondues de l'EIM est incertain (RR 0,40, IC à 95 % 0,04 à 4,23). Huit essais ont rendu compte de l'incidence des événements indésirables causés par l'EIM. Tous ces essais ont indiqué qu'il n'y avait aucun événement indésirable dans les deux groupes. Nous avons pu regrouper la durée moyenne du séjour à l'hôpital dans six essais (424 participants) dans une méta-analyse. L'EIM préopératoire était associé à une réduction de la durée du séjour à l'hôpital (DM -1,33, IC à 95 % -2,53 à -0,13). Selon les directives du groupe de travail GRADE (Grades of Recommendation, Assessment, Development and Evaluation) pour l'évaluation de l'impact des interventions de soins de santé, la qualité globale des études sur l'incidence de la pneumonie était modérée, alors que la qualité globale des études sur l'incidence de l'atélectasie, la mortalité postopératoire toutes causes confondues, les événements indésirables, et la durée de séjour à l'hôpital était faible ou très faible.

Notes de traduction: 

Post-édition : Marie Becquet (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

Tools
Information
Share/Save

Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.