Les antidépresseurs tricycliques dans le trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) chez l'enfant et l'adolescent

Contexte

Le TDAH, cause de problèmes d'inattention, d'hyperactivité et d'impulsivité, affecte un grand nombre d'enfants et d'adolescents. Divers médicaments peuvent être utilisés pour en traiter les symptômes principaux, entre autres les antidépresseurs tricycliques (ADTC).

Question de la revue

Nous avons examiné les preuves de l'efficacité des ADTC dans l'amélioration des symptômes de base du TDAH chez l'enfant et l'adolescent et des indications sur leurs possibles effets nocifs.

Caractéristiques des études

Les preuves sont à jour au 26 septembre 2013. Seuls six essais incluant 216 participants répondaient à nos critères d'inclusion. Tous ces essais ont été réalisés aux États-Unis et ont duré entre deux et six semaines. Deux essais ont été financés en partie par les laboratoires fabriquant les médicaments.

Principaux résultats

Les résultats ont montré que les ADTC, et en particulier la désipramine, ont eu un effet bénéfique pour les enfants et les adolescents atteints de TDAH en termes d'amélioration des symptômes de base à court terme. Toutefois, ils ont également eu des effets cardiaques indésirables, qui peuvent limiter leur utilisation.

Qualité des preuves

Le nombre total d'essais inclus était réduit et chacun utilisait plusieurs critères d'évaluation différents, ce qui rend difficile la combinaison de leurs résultats. De plus amples recherches sont nécessaires pour déterminer si les résultats de ces essais sont universellement applicables ; elles devront être menées dans des lieux différents, avec des participants d'origines ethniques diverses et en utilisant des critères d'évaluation validés pour les principaux symptômes du TDAH.

Conclusions des auteurs: 

La plupart des données sur les antidépresseurs tricycliques concernent la désipramine. Les résultats suggèrent qu'à court terme, la désipramine améliore les symptômes principaux du TDAH, mais son effet sur le système cardiovasculaire demeure une préoccupation clinique importante. Les preuves à l'appui de l'utilisation clinique de la désipramine pour le traitement des enfants atteints de TDAH sont donc peu solides.

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Contexte: 

Le trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) est un trouble neurologique chronique qui apparaît dans l'enfance et peut persister à l'âge adulte. Il a un impact significatif sur la vie quotidienne de l'enfant, notamment sur ses relations et ses résultats scolaires. Ses principaux symptômes comprennent des niveaux d'inattention, d'hyperactivité et d'impulsivité inadéquats par rapport au développement de l'enfant. Les antidépresseurs tricycliques (ADTC) sont parfois utilisés comme traitement de seconde ligne dans la réduction des symptômes du TDAH chez l'enfant et l'adolescent, mais leur efficacité n'est pas encore établie.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité des ADTC dans la réduction des symptômes de TDAH dans les grandes catégories de l'hyperactivité, de l'impulsivité et de l'inattention chez des enfants et adolescents âgés de 6 à 18 ans pour lesquels le diagnostic de TDAH a été posé.

La stratégie de recherche documentaire: 

Le 26 septembre 2013, nous avons effectué une recherche dans CENTRAL, Ovid Medline, Embase, PsycINFO, CINAHL, sept autres bases de données et deux registres d'essais. Nous avons également cherché dans les listes bibliographiques des articles pertinents et contacté des fabricants et des experts connus dans le domaine pour déterminer s'il existait des essais en cours ou des études non publiées.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés (ECR), y compris en groupes parallèles et croisés, de toutes doses d'ADTC par rapport au placebo ou à un médicament actif chez des enfants ou adolescents atteints de TDAH, y compris ceux présentant des comorbidités.

Recueil et analyse des données: 

Trois auteurs de la revue, travaillant deux par deux, ont trié indépendamment les rapports, extrait les données et évalué la qualité des essais. Nous avons calculé les différences moyennes standardisées (DMS) pour les données continues, le rapport des cotes (RC) pour les données dichotomiques et les intervalles de confiance (IC) à 95 % dans les deux cas. Nous avons effectué globalement des méta-analyses à l'aide d'un modèle à effets aléatoires. Nous avons utilisé l'outil d'évaluation du risque de biais de Cochrane pour évaluer le risque de biais de chaque essai inclus et l'approche GRADE pour évaluer la qualité du corpus de preuves.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus six ECR portant sur un total de 216 participants. Cinq des six essais comparaient la désipramine à un placebo et le dernier la nortriptyline à un placebo. Un essai comparait la désipramine avec la clonidine et un placebo, un autre comparait deux ADTC (désipramine et clomipramine) avec le méthylphénidate et un placebo. Sur les six essais, un ECR évaluait principalement l'efficacité des ADTC chez les enfants atteints de TDAH associé à des tics ou à un syndrome de la Tourette, et un autre essai portait sur des enfants atteints d'une comorbidité de tics. Les ECR qui répondaient à nos critères d'inclusion variaient aussi bien par leur conception que par leur qualité et aucun n'était exempt de biais. La qualité des preuves était faible à très faible selon nos évaluations par la méthode GRADE.

Les ADTC ont donné de meilleurs résultats que le placebo en ce qui concerne les proportions de patients atteignant une amélioration prédéfinie des symptômes principaux du TDAH (RC 18,50, IC à 95 % de 6,29 à 54,39, trois essais, 125 participants, preuves de faible qualité). En particulier, il y avait des preuves que la désipramine améliorait les principaux symptômes du TDAH chez les enfants et les adolescents selon l'évaluation des parents (DMS -1,42, IC à 95 % de -1,99 à -0,85, 2 essais, 99 participants, preuves de faible qualité), des enseignants (DMS -0,97, IC à 95 % de -1,66 à -0,28, 2 essais, 89 participants, preuves de faible qualité) et des cliniciens (RC 26,41, IC à 95 % de 7,41 à 94,18, deux essais, 103 participants, preuves de faible qualité). La nortriptryline a aussi été efficace pour améliorer les symptômes principaux du TDAH chez les enfants et les adolescents selon l'évaluation des cliniciens (RC 7,88, IC à 95 % de 1,10 à 56,12). La désipramine et le placebo ont donné des résultats similaires pour « l'arrêt du traitement pour toutes causes » (DR -0,10, IC à 95 % de -0,25 à 0,04, trois essais, 134 participants, preuves très faible qualité). La désipramine a semblé plus efficace que la clonidine pour réduire les symptômes du TDAH notés par les parents (DMS -0,90, IC à 95 % de -1,40 à -0,40, 1 essai, 68 participants, preuves de très faible qualité) chez les participants atteints de TDAH associé à des tics ou à un syndrome de la Tourette.

Bien que cette revue Cochrane n'ait pas identifié d'effets indésirables graves chez les patients prenant des ADTC, elle a relevé de légères élévations de la tension artérielle diastolique et du pouls. En outre, les patients traités avec la désipramine avaient des taux significativement plus élevés de perte d'appétit qu'avec le placebo, tandis que la nortriptyline a provoqué une prise de poids. Les autres effets indésirables rapportés comprenaient céphalées, confusion, somnolence, fatigue, troubles de la vision, hypersudation, sécheresse de la bouche, douleurs abdominales, constipation et rétention urinaire.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.