Les exercices de contrôle moteur pour le traitement des lombalgies non-spécifiques chroniques

Question de la revue

Évaluer l'efficacité des exercices de contrôle moteur (CM) chez les patients souffrant de lombalgie (LB) non-spécifique chronique.

Contexte

Les exercices de contrôle moteur constituent une forme courante d'exercices qui visent à restaurer l'activation coordonnée et efficace des muscles qui contrôlent et soutiennent la colonne vertébrale. Au début, les patients sont guidés par un thérapeute de façon à être capables d'utiliser ces muscles de façon normale lors de tâches simples. Avec l'amélioration des compétences du patient, les exercices évoluent vers des exercices plus complexes et des tâches fonctionnelles impliquant les muscles du tronc et des membres.

Date de la recherche

Les données sont à jour à la date d'avril 2015.

Caractéristiques de l'étude

Au total, 2431 participants ont été recrutés dans 29 essais. Les effectifs des études variaient de 20 à 323 participants, et la plupart d'entre eux étaient des personnes d'âge moyen recrutées dans des centres de soins primaires ou tertiaires. La durée des programmes de traitement variait de 20 jours à 12 semaines, et le nombre de séances de traitement variait d'une à cinq séances par semaine. Seize essais ont comparé des exercices de CM avec d'autres types d'exercices, sept essais ont comparé des exercices de CM avec une intervention minimale, cinq essais ont comparé des exercices de CM avec de la thérapie manuelle, trois essais ont comparé des exercices de CM avec une combinaison d'exercices et d'électrophysiothérapie, et un essai a comparé des exercices de CM avec une télé-réhabilitation basée sur des exercices à domicile.

Résultats principaux et qualité des preuves

Les exercices de CM engendrent probablement de meilleures améliorations au niveau de la douleur, de la fonction et de l'impression globale de récupération par rapport à une intervention minimale à toutes les périodes de suivi. Les exercices de CM pourraient permettre d'obtenir des améliorations légèrement meilleures par rapport à une combinaison d'exercices et d'électrophysiothérapie au niveau de la douleur, de la fonction, de l'impression globale de récupération et de la composante physique de la qualité de vie aux suivis à court et à moyen terme. Il n'y a probablement que peu ou pas de différence entre les exercices de CM et la thérapie manuelle pour tous les critères de jugement et les périodes de suivi. Peu ou aucune différence n'a été observée entre les exercices de CM et les autres formes d'exercice. Etant donné que seules des preuves minimes suggèrent que les exercices de CM sont supérieurs aux autres formes d'exercice, le choix des exercices à utiliser en cas de LB chronique devrait probablement se baser sur les préférences du patient ou du thérapeute, la formation du thérapeute, les coûts et l'innocuité.

Conclusions des auteurs : 

Il existe des preuves de qualité très faible à modérée que les exercices de CM ont un effet cliniquement important par rapport à une intervention minimale en cas de LB chronique. Il existe des preuves de qualité très faible à faible que les exercices de CM ont un effet cliniquement important par rapport à des exercices combiné à de l'électrophysiothérapie. Il existe des preuves de qualité modérée à élevée que les exercices de CM engendrent des résultats similaires à des thérapies manuelles et des preuves de qualité faible à modérée qu'ils engendrent des résultats similaires à d'autres formes d'exercices. Compte tenu des preuves indiquant que les exercices de CM ne sont pas supérieurs à d'autres formes d'exercices, le choix des exercices à utiliser en cas de LB chronique devrait probablement se baser sur les préférences du patient ou du thérapeute, la formation du thérapeute, les coûts et l'innocuité.

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Contexte : 

La lombalgie (LB) non-spécifique est une affection fréquente. Elle est considérée comme un problème de santé et socio-économique majeur associé à un absentéisme au travail, à une incapacité fonctionnelle et des coûts élevés pour les patients et la société. Les exercices physiques constituent un traitement disposant d'une efficacité modeste en cas de LB chronique. Cependant, les preuves actuelles suggèrent qu'aucune forme d'exercice n'est supérieure à une autre. Parmi les programmes d'exercices les plus courants figurent les exercices de contrôle moteur (CM). Les interventions basées sur des exercices de CM se focalisent sur l'activation des muscles profonds du tronc et visent à restaurer le contrôle et la coordination de ces muscles ; ces exercices évoluent vers des tâches de plus en plus complexes et fonctionnelles en intégrant l'activation des muscles profonds et globaux du tronc. Bien que des revues systématiques relatives à l'efficacité des exercices de CM existent déjà, des essais récemment publiés justifient une mise à jour de revue systématique sur le sujet.

Objectifs : 

Évaluer l'efficacité des exercices de contrôle moteur chez les patients souffrant de lombalgie chronique non-spécifique.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches électroniques dans CENTRAL, MEDLINE, EMBASE, cinq autres bases de données et deux registres d'essais cliniques depuis leur création jusqu'en avril 2015. Nous avons également recherché les références citées et avons examiné les références bibliographiques des revues de la littérature et des essais éligibles.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) ayant examiné l'efficacité d'exercices de CM chez des patients souffrant de LB chronique non-spécifique. Nous avons inclus des essais comparant des exercices de CM avec l'absence de traitement, un autre traitement ou qui ont utilisé des exercices de CM en tant que complément d'autres interventions. Les critères de jugement principaux étaient l'intensité de la douleur et l'incapacité fonctionnelle. Nous avons considéré la fonction, la qualité de vie, le retour au travail ou le taux de récidive comme des critères de jugement secondaires. Tous les résultats devaient avoir été mesurés à l'aide d'un instrument valide et fiable.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs indépendants de la revue ont passé au crible les résultats des recherches, évalué le risque de biais et extrait les données. Un troisième auteur a, de façon indépendante, résolu les désaccords. Nous avons évalué le risque de biais à l'aide des critères élargis du "Cochrane Back and Neck (CBN) Review Group" comportant 12 items (Furlan 2009). Nous avons extrait les scores moyens, les écarts types et les tailles des échantillons des essais inclus et, si ces informations n'étaient pas fournies, nous les avons calculées ou estimées en utilisant des méthodes recommandées dans le manuel Cochrane. Nous avons également contacté les auteurs des essais en cas d'informations manquantes ou imprécises. Nous avons examiné les périodes de suivi suivantes : à court terme (moins de trois mois après la randomisation), à moyen terme (au moins trois mois, mais endéans les 12 mois qui suivent la randomisation) et à long terme (12 mois ou plus après la randomisation). Nous avons évalué l'hétérogénéité des études incluses par l'inspection visuelle des graphiques en forêt et en réalisant les tests statistiques Chi2 et I2.Nous avons combiné les résultats dans une méta-analyse rapportant la différence moyenne (DM) et l'intervalle de confiance (IC) à 95%. Nous avons évalué la qualité globale des preuves à l'aide de l'approche GRADE.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus 29 essais (n = 2431) dans cette revue. Les effectifs des études variaient de 20 à 323 participants. Nous avons estimé qu'au total 76,6% des essais inclus avaient un faible risque de biais, ce qui représente 86% de tous les participants. Il existe des preuves de qualité faible à élevée que les exercices de CM ne sont pas plus efficaces cliniquement que d'autres exercices pour toutes les périodes de suivi et les critères de jugement testés. La comparaison des exercices de CM à une intervention minimale indique qu'il existe des preuves de qualité faible à modérée qu'ils sont efficaces pour améliorer la douleur aux suivis à court, moyen et long terme avec une taille de l'effet modérée (long terme, DM : -12,97; IC à 95% de –18,51 à –7,42). Il y avait également une différence cliniquement importante pour les critères de jugement liés à la fonction et à l'impression globale de récupération par rapport à une intervention minime. Il existe des preuves de qualité modérée à élevée qu'il n'existe aucune différence cliniquement importante entre l'efficacité des exercices de CM et de la thérapie manuelle pour toutes les périodes de suivi et les critères de jugement testés. Enfin, il existe des preuves de qualité très faible à faible suggérant que les exercices de CM sont cliniquement plus efficaces que des exercices associés à de l'électrophysiothérapie en ce qui concerne la douleur, l'incapacité fonctionnelle, l'impression globale de récupération et la qualité de vie avec des tailles de l'effet modérée à large (douleur au suivi à court terme, DM : -30,18 ; IC à 95% de -35,32 à -25,05). Aucun effet indésirable ou des événements indésirables mineurs ont été rapportés dans les essais inclus.

Notes de traduction : 

Traduction : Demoulin Christophe ; Révision et coordination : Cochrane Belgique, Cochrane France

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