Pulvérisation spatiale d'insecticide pour prévenir la transmission du paludisme

Qu'est-ce que la pulvérisation spatiale et comment pourrait-elle fonctionner ?

La pulvérisation spatiale est la pulvérisation extérieure d'insecticides pour tuer les insectes adultes. L'insecticide est dispersé à l’aide de matériel de pulvérisation portatif, de matériel monté sur un véhicule ou par avion pour produire un brouillard. Les pulvérisations spatiales sont régulièrement utilisées dans les programmes de santé publique et de lutte contre les organismes nuisibles, y compris comme réponse d'urgence aux épidémies de paludisme. Les moustiquaires imprégnées d'insecticide et la pulvérisation d'insecticides intradomiciliaire sont les deux méthodes les plus couramment utilisées par les programmes de lutte contre la malaria pour contrôler les populations de moustiques. Les deux méthodes sont efficaces pour réduire le contact humain avec les espèces de moustiques qui piquent en intérieur. En cas de succès, la pulvérisation spatiale réduit les populations de moustiques qui piquent à l'extérieur et pourrait contribuer à réduire la transmission du paludisme par les espèces de moustiques les moins affectées par les efforts de lutte habituels. Toutefois, à l'heure actuelle, l'incertitude demeure quant à savoir si les pulvérisations spatiales ont un impact sur la transmission du paludisme.

Quel est le but de la revue ?

Afin d'orienter la prise de décisions concernant les programmes de lutte contre le paludisme, le but de cette revue Cochrane était de résumer les mesures prises et de rendre compte des résultats des essais évaluant l'impact des pulvérisations spatiales sur la transmission du paludisme.

Quels sont les principaux résultats de la revue ?

Après avoir recherché les essais pertinents jusqu'au 18 avril 2018, nous avons identifié quatre études réalisées entre 1972 et 2000. Dans les quatre études, une variété de méthodes d'application d'insecticide a été utilisée, y compris du matériel de pulvérisation portatif, du matériel monté sur véhicule et par avion. Une variété d'insecticides, de doses et de temps de pulvérisation différents ont également été utilisés en fonction de l'environnement local et du comportement des espèces de moustiques ciblées.

Dans trois études, les données probantes ont été jugées inadéquates pour évaluer de façon fiable l'impact des pulvérisations spatiales sur le nombre de cas de paludisme. L’étude restante, qui s'est déroulée dans un seul État en l'Inde et a porté sur une population totale de 18 460 personnes, a rapporté le nombre de cas de paludisme dans les années précédant et suivant l'introduction de la pulvérisation spatiale. Les données probantes suggèrent que les pulvérisations spatiales ont entraîné une diminution du nombre de cas de paludisme, mais comme l'essai a été mené il y a plus de 30 ans et dans un seul État en Inde, nous ne pouvons pas être certains que ces constatations soient applicables dans d'autres régions où le paludisme est présent. Des recherches fiables dans divers contextes aideront à déterminer si et quand cette intervention peut être utile.

Conclusions des auteurs: 

Les données probantes recueillies dans un État en Inde il y a plus de 30 ans suggèrent un effet des pulvérisations spatiales sur l'incidence du paludisme, mais la certitude de ces données probantes est très faible. Des recherches fiables dans divers contextes aideront à déterminer si et quand cette intervention peut être utile.

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Contexte: 

La pulvérisation spatiale est la dispersion d'un brouillard liquide d'insecticide dans un espace extérieur pour tuer les insectes adultes. Elle a été régulièrement utilisée dans le cadre de programmes de santé publique et de lutte contre les organismes nuisibles, y compris dans le cadre d'interventions d'urgence contre les épidémies de paludisme. Cette revue Cochrane vise à faciliter la prise de décision concernant les programmes de lutte antivectorielle contre le paludisme en résumant les preuves de l'impact des pulvérisations spatiales sur la transmission du paludisme.

Objectifs: 

L'objectif principal de la revue était d'évaluer l'impact des pulvérisations spatiales sur la transmission du paludisme, ou l'impact supplémentaire lorsqu'elles sont appliquées en combinaison avec d'autres méthodes de lutte contre le paludisme, par rapport aux conditions équivalentes sans intervention de pulvérisation spatiale.

Pour guider les évaluations futures de la pulvérisation spatiale, un objectif secondaire consistait à identifier et à résumer la variété des stratégies de pulvérisation spatiale qui ont été testées, celles qui étaient prometteuses et qui justifiaient une évaluation approfondie et celles qui semblaient peu susceptibles de justifier une évaluation approfondie (par exemple, si elles n'étaient pas réalisables ou étaient inacceptables pour la population).

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons fait des recherches dans le Registre spécialisé du Groupe Maladies Infectieuses de Cochrane; le Registre central des essais contrôlés Cochrane (CENTRAL), publié dans la Cochrane Library ; PubMed (MEDLINE) ; Embase (OVID), CAB Abstracts (Web of Science), LILACS (BIREME), le système d’enregistrement international des essais cliniques (OMS) et ClinicalTrials.gov jusqu'au 18 avril 2018. Nous avons communiqué avec des organisations pour des essais en cours et non publiés, et nous avons vérifié les listes de référence de toutes les études incluses pour les études pertinentes.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés par grappes, des études de séries chronologiques interrompues (SCI), des études croisées randomisées et des études contrôlées avant et après (CAA) comparant la pulvérisation spatiale et l'absence de pulvérisation spatiale qui répondaient aux critères d'inclusion pour la revue.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de l'étude ont évalué de façon indépendante l’éligibilité et le risque de biais des essais et ont extrait les données. Pour les études de SCI, nous présentons les résultats sous forme graphique et estimons l'effet de la pulvérisation spatiale sur le changement de pallier et le changement de pente. Nous avons évalué la certitude des données probantes à l'aide de l’outil GRADE.

Résultats principaux: 

Deux études de SCI, menées entre 1972 et 1984, répondaient à nos critères d'inclusion pour l'objectif principal, et une étude a contribué à l'analyse quantitative. Cette étude a été menée en Inde, a rapporté l'incidence du paludisme dans quatre sites distincts et a couvert une population totale de 18 460 personnes. Dans l'analyse combinée de tous les sites, il n'y avait pas d'effet d'échelon pour l'incidence du paludisme non compliqué (rapport de taux d'échelon de 1,00, intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,51 à 1,92). Il y a eu un effet sur la pente : le nombre de cas a été réduit de 15 % par mois (rapport de taux de pente 0,85, IC à 95 % 0,79 à 0,91). En utilisant ces ratios, nous avons estimé que l'effet de 12 mois de pulvérisation spatiale sur l'incidence du paludisme était une réduction de 6 cas à 1 cas par mois pour 1000 habitants (IC à 95 % 0 à 2 cas, données probantes de très faible certitude). La deuxième étude a fait état de l'impact des pulvérisations spatiales sur l'incidence du paludisme et la densité des moustiques adultes sur une population de 15 106 habitants en Haïti, mais elle n'a pas fourni de données sur les années précédentes. Nous n'avons donc pas pu estimer un effet de la pulvérisation spatiale qui était indépendant des tendances temporelles.

Pour l'objectif secondaire de la revue, nous avons identifié deux autres études en plus des deux études de SCI ; toutes les deux ont été réalisées entre 1973 et 2000 selon un modèle CAA. Les quatre études ont fait appel à une variété de méthodes d'application, y compris du matériel de pulvérisation portatif, du matériel monté sur véhicule et par avion. Une variété d'insecticides, de doses et de temps de pulvérisation ont également été utilisés, les méthodes étant généralement déterminées en fonction de facteurs environnementaux et de profils vectoriels.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Amytis HEIM et révisée par Cochrane France.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.