Injection d'artéméther dans le traitement de patients atteints de paludisme grave

Dans cette revue, les chercheurs de la Collaboration Cochrane ont examiné les effets du traitement à l'artéméther par injection intramusculaire chez les personnes atteintes de paludisme grave, et ont comparé ce traitement avec d'autres médicaments antipaludiques administrés par voie intramusculaire ou intraveineuse. Après avoir recherché des essais pertinents jusqu'au 9 avril 2014, nous avons inclus 18 essais contrôlés randomisés qui ont recruté 2662 adultes et enfants et ont été réalisés principalement en Afrique et en Asie.

Qu'est-ce que le paludisme grave et comment les injections d'artéméther pourraient-elles potentiellement réduire le nombre de décès ?

Le paludisme grave est causé par une infection du parasite Plasmodium, qui est transmis aux personnes après la piqûre d'un moustique Anopheles femelle infecté. Il s'agit d'une pathologie médicale grave qui entraîne des vomissements, de l'anémie, des convulsions et le décès. Les personnes doivent être traitées le plus rapidement possible.

L'injection de l'artésunate est recommandé par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour le traitement des adultes et des enfants atteints de paludisme grave car les essais ont montré qu'elle entraîne moins de décès par rapport au traitement par la quinine. L'artéméther est une alternative dérivée de l'artémisinine, mais n'est disponible que sous la forme d'une solution à base d'huile pré-mélangée dans le cadre d'une injection intramusculaire. L'artéméther est désormais largement disponible et est utilisée dans de nombreux pays d'Afrique, même s'il n'est pas spécifiquement recommandé par l'OMS.

Ce que disent les recherches

L'artéméther par opposition à la quinine :

Chez des enfants en Afrique, l'artéméther intramusculaire est probablement aussi efficace que la quinine dans la prévention des décès causés par le paludisme grave (preuves de qualité modérée). L'artéméther pourrait raccourcir d'environ cinq heures le temps de rétablissement après un coma (preuves de faible qualité) et pourrait réduire le nombre d'enfants présentant des signes de lésions cérébrales au moment de leur sortie d'hôpital (preuves de faible qualité).

Chez les enfants plus âgés (> 15 ans) et les adultes en Asie, le traitement à l'artéméther contribue probablement à une diminution du nombre de décès par rapport au traitement à la quinine (preuves de qualité modérée).

L'artéméther par opposition à l'artésunate :

Chez les adultes en Asie, l'artésunate prévient probablement un nombre plus important de décès que l'artéméther (preuves de qualité modérée), mais aucun essai n'a été mené chez les jeunes enfants en Afrique.

Conclusions des auteurs

Bien qu'il existe un manque de preuve directe comparant l'artéméther à l'artésunate, l'artéméther est probablement moins efficace que l'artésunate dans la prévention des décès dus au paludisme grave. Dans les situations où l'artésunate n'est pas disponible, l'artéméther est une alternative à la quinine.

Conclusions des auteurs: 

Bien qu'il existe un manque de preuve directe comparant l'artéméther à l'artésunate, l'artéméther est probablement moins efficace que l'artésunate dans la prévention des décès causés par le paludisme grave. Dans les situations où l'artésunate n'est pas disponible, l'artéméther est une alternative à la quinine.

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Contexte: 

En 2011, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recommandé l'artésunate parentérale de préférence à la quinine comme traitement de première ligne chez les patients atteints de paludisme grave. Avant cette recommandation, de nombreux pays, en particulier ceux d'Afrique, avaient commencé à utiliser l'artéméther, une alternative dérivée de l'artémisinine. Cette revue évalue l'artéméther intramusculaire par rapport à la quinine et l'artésunate.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité de l'artéméther intramusculaire par rapport à tout autre traitement parentéral dans le traitement du paludisme grave chez les adultes et les enfants.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les maladies infectieuses, CENTRAL (The Cochrane Library), MEDLINE, EMBASE et LILACS, ISI Web of Science, des actes de conférence et les références bibliographiques des articles. Nous avons également effectué une recherche dans le système d'enregistrement des essais cliniques de l'OMS, ClinicalTrials.gov et le méta-registre des essais contrôlés (mREC) pour les essais en cours jusqu'au 9 avril 2014.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l'artéméther intramusculaire avec un antipaludique intramusculaire ou intraveineux dans le traitement du paludisme grave.

Recueil et analyse des données: 

Le critère de jugement principal était la mortalité, toutes causes confondues. Deux auteurs ont indépendamment évalué l'éligibilité ainsi que le risque de biais, et ont extrait les données. Nous avons résumé les résultats dichotomiques en utilisant les risques relatifs (RR) et les résultats continus en utilisant les différences moyennes (DM), et avons présenté les deux mesures avec des intervalles de confiance à 95 % (IC). Lorsque cela était approprié, nous avons combiné les données dans des méta-analyses et évalué la qualité des preuves en utilisant l'approche GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 18 ECR, portant sur 2662 adultes et enfants atteints de paludisme grave, réalisés en Afrique (11) et en Asie (7).

Artéméther par opposition à la quinine

Chez les enfants en Afrique, il y a probablement peu ou pas de différence dans le risque de décès entre l'artéméther par voie intramusculaire et la quinine (RR 0,96, IC à 95 % 0,76 à 1,20 ; 12 essais, 1447 participants, preuves de qualité modérée). Le rétablissement du coma pourrait être environ cinq heures plus court avec l'artéméther (DM -5,45, IC à 95 % -7,90 à -3,00 ; six essais, 358 participants, preuves de faible qualité), et l'artéméther pourrait entraîner une diminution du nombre de séquelles neurologiques, mais des essais de plus grande taille seraient nécessaires pour confirmer ce résultat (RR 0,84, IC à 95 % 0,66 à 1,07 ; sept essais, 968 participants, preuves de faible qualité). L'artéméther réduit probablement la le temps d'élimination du parasite d'environ neuf heures (DM -9,03, IC à 95 % -11,43 à -6,63 ; sept essais, 420 participants, preuves de qualité moyenne) et pourrait raccourcir le temps de disparition de la fièvre d'environ trois heures (DM -3,73, IC à 95 % -6,55 à -0,92 ; huit essais, 457 participants, preuves de faible qualité).

Pour les adultes d'Asie, le traitement par arthéméther intramusculaire entraîne probablement moins de décès que le traitement avec la quinine (RR 0,59, IC à 95 % 0,42 à 0,83 ; quatre essais, 716 participants, preuves de qualité modérée).

L'artéméther par opposition à l'artésunate

L'artéméther et l'artésunate n'ont pas été comparés directement dans des essais randomisés sur des enfants africains.

Chez les adultes en Asie, la mortalité est probablement plus élevées avec l'artéméther par voie intramusculaire (RR 1,80, IC à 95 % 1,09 à 2,97, deux essais ,494 participants, preuves de qualité modérée).

Notes de traduction: 

Post-édition : Margaux Haccard (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.