Idarubicine dans le traitement de la leucémie aiguë myéloïde nouvellement diagnostiquée

Contexte

La leucémie aiguë myéloïde (LAM) est un type de cancer qui touche principalement la moelle osseuse et le sang périphérique. Bien que 40 % à 45 % des patients atteints de LAM bénéficient d'une survie sans récidive à long terme, la plupart en meurent. Le traitement d'induction est la première phase de traitement de la LMA nouvellement diagnostiquée, et il est essentiel pour prolonger la survie. Les anthracyclines (une classe de médicaments de chimiothérapie dérivés d'une bactérie du genre Streptomyces, Streptomyces peucetius var. caesius) associées à la cytarabine (un médicament de chimiothérapie principalement utilisé dans le traitement des hémopathies malignes) sont le traitement d'induction standard depuis plusieurs décennies. Aujourd'hui, plusieurs types d'anthracyclines sont disponibles, parmi lesquels l'idarubicine (IDA) attire plus l'attention en raison de ses avantages théoriques dans l'amélioration de l'efficacité et la réduction des effets secondaires. Cependant, les essais cliniques comparant l'IDA à d'autres anthracyclines ont donné des résultats contradictoires.

Objectifs

Clarifier le rôle de l'IDA dans le traitement d'induction de la LAM nouvellement diagnostiquée.

Méthodes

Les données disponibles issues d'essais contrôlés randomisés (ECR) comparant l'IDA à d'autres anthracyclines dans le traitement d'induction de la LAM nouvellement diagnostiquée ont fait l'objet d'une méta-analyse. Les données recueillies sont à jour jusqu'au 3 août 2014.

Résultats

Vingt-sept ECR portant sur 9 549 patients ont été inclus. Les traitements de consolidation adoptés dans les études incluses étaient comparables et n'avaient aucun impact sur les résultats.

Dix-huit ECR évaluaient l'IDA par rapport à la daunorubicine (DNR ; un médicament de chimiothérapie de la famille des anthracyclines). Les résultats montrent que, comparativement à la DNR, l'IDA prolonge la survie globale et la survie sans récidive, augmente le taux de rémission complète et réduit le taux de rechute, bien qu'elle augmente les risques de décès sous traitement d'induction et de mucosite de grade 3/4 (une sorte d'inflammation et d'ulcération douloureuse des membranes muqueuses tapissant le tube digestif). Aucune différence n'a été observée en termes de plusieurs autres événements indésirables de niveau 3/4.

Huit ECR évaluaient l'IDA par rapport à la mitoxantrone (MIT). Nous n'avons observé aucune différence dans la survie globale, la survie sans récidive, le taux de rémission complète, les risques de décès sous traitement d'induction et de rechute. Les risques de différents événements indésirables de niveau 3/4 étaient également similaires entre les groupes.

Deux ECR comparaient l'IDA à la doxorubicine (DOX). Les résultats suggéraient que le taux de rémission complète était amélioré avec l'IDA. Aucune différence n'a été observée dans la survie sans récidive et le risque de toxicité cardiaque de niveau 3/4.

Deux autres ECR comparaient l'IDA à la zorubicine (ZRB). Les résultats suggéraient que le risque de mucosite de grade 3/4 était plus faible avec l'IDA. Aucune différence n'a été observée dans la survie sans récidive, le taux de rémission complète, les risques de décès sous traitement d'induction, les nausées/vomissements et diarrhées de niveau 3/4 ou la toxicité hépatique.

Conclusions

Les preuves actuellement disponibles suggèrent que dans le traitement d'induction de la LAM nouvellement diagnostiquée, l'IDA est supérieure à la DNR en termes de prolongation de la survie globale et de la survie sans rechute, d'augmentation du taux de rémission complète et de réduction du taux de rechute, bien que l'IDA puisse augmenter les risques de décès sous traitement d'induction et de mucosite de grade 3/4. Les preuves actuelles n'étayent pas une supériorité de l'IDA par rapport à la MIT. Les preuves sont insuffisantes pour clarifier le rôle de l'IDA par rapport à la DOX ou à la ZRB. En outre, il n'existe aucune preuve de différence dans l'effet de l'IDA comparativement à d'autres anthracyclines (DNR, MIT, DOX et ZRB) sur la qualité de vie.

Conclusions des auteurs: 

En traitement d'induction de la leucémie myéloïde aiguë (LMA) nouvellement diagnostiquée, comparativement à la daunorubicine (DNR), l'idarubicine (IDA) prolonge la survie globale et la survie sans récidive, augmente le taux de rémission complète et réduit le taux de récidive, bien qu'elle augmente les risques de décès sous traitement d'induction et de mucosite de grade 3/4. Les données probantes actuellement disponibles n'indiquent aucune différence entre l'IDA et la mitoxantrone (MIT) en traitement d'induction de la LMA nouvellement diagnostiquée. Les données sur l'IDA versus la doxorubicine (DOX) ou la zorubicine (ZRB) sont insuffisantes pour en tirer des conclusions définitives. En outre, il n'existe aucune preuve de différence dans l'effet de l'IDA comparativement à la DNR, la MIT, la DOX ou la ZRB sur la qualité de vie.

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Contexte: 

Les anthracyclines associées à la cytarabine sont, depuis des décennies, la norme dans le traitement d'induction de la leucémie myéloïde aiguë (LMA) nouvellement diagnostiquée. Les avantages théoriques de l'idarubicine (IDA) pourraient en faire l'anthracycline la plus efficace et la mieux tolérée. Cependant, il n'existe pas de preuves permettant de démontrer de façon définitive la supériorité de l'IDA par rapport à d'autres anthracyclines.

Objectifs: 

Évaluer l'efficacité et l'innocuité de l'IDA par rapport à d'autres anthracyclines dans le traitement d'induction de la LMA nouvellement diagnostiquée.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons identifié les essais contrôlés randomisés (ECR) pertinents en consultant le registre Cochrane des essais contrôlés (Bibliothèque Cochrane 2014, numéro 8), MEDLINE (de 1946 au 3 août 2014), EMBASE (de 1974 au 3 août 2014), Chinese BioMedical Literature Database (de 1978 au 3 août 2014), les actes de conférence pertinents et des bases de données d'essais en cours.

Critères de sélection: 

ECR comparant l'IDA à d'autres anthracyclines dans le traitement d'induction de la LMA nouvellement diagnostiquée.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment extrait les données et évalué la qualité des études en respectant les normes méthodologiques de la Collaboration Cochrane. Nous avons estimé les rapports de risques instantanés (hazard ratios ou HR) pour les données de délai jusqu'à événement à l'aide de la méthode de variance inverse, et les risques relatifs (RR) pour les données dichotomiques à l'aide de la méthode de Mantel-Haenszel. Nous avons adopté un modèle à effets fixes et répété la principale méta-analyse à l'aide d'un modèle à effets aléatoires dans une analyse de sensibilité.

Résultats principaux: 

Nous avons identifié 2 017 références. Finalement, 27 ECR (dont 22 ECR à deux bras et cinq ECR à trois bras) portant sur 9 549 patients étaient éligibles. Les traitements de consolidation adoptés dans ces études étaient comparables et n'ont pas eu d'impact sur les résultats. Globalement, le risque de biais des études allait d'imprécis à élevé.

Dix-huit ECR (N = 6 755) ont évalué l'IDA comparativement à la daunorubicine (DNR). Les principales méta-analyses ont montré que, par rapport la DNR, l'IDA prolongeait la survie globale (12 études, 5 976 patients ; HR 0,90 ; intervalle de confiance (IC) à 95 % de 0,84 à 0,96 ; P = 0,0008 ; preuves de qualité élevée) et la survie sans récidive (huit études, 3 070 patients ; HR 0,88 ; IC à 95 % de 0,81 à 0,96 ; P = 0,004 ; preuves de qualité modérée), augmentait le taux de rémission complète (18 études, 6 692 patients ; RR 1,04 ; IC à 95 % de 1,01 à 1,07 ; P = 0,009 ; preuves de qualité modérée) et réduisait le taux de rechute (quatre études, 1 091 patients ; RR 0,88 ; IC à 95 % de 0,80 à 0,98 ; P = 0,02 ; preuves de qualité modérée), mais augmentait les risques de décès sous traitement d'induction (14 études, 6 349 patients ; RR 1,18 ; IC à 95 % de 1,01 à 1,36 ; P = 0,03 ; preuves de qualité modérée) et de mucosite de grade 3/4 (cinq études, 2 000 patients ; RR 1,22 ; IC à 95 % de 1,04 à 1,44 ; P = 0,02 ; preuves de qualité modérée). Aucune preuve de différence n'a été observée en termes des risques de toxicité cardiaque de niveau 3/4 (six études, 2 795 patients ; RR 0,98 ; IC à 95 % de 0,70 à 1,37 ; P = 0,91 ; preuves de qualité modérée) et d'autres événements indésirables de niveau 3/4. Aucune des études ne rendait compte de la qualité de vie.

Huit ECR (N = 2 419) ont évalué l'IDA comparativement à la mitoxantrone (MIT). Les principales méta-analyses n'ont mis en évidence aucune preuve de différence entre les groupes dans la survie globale (six études, 2 171 patients ; HR 0,98 ; IC à 95 % de 0,89 à 1,08 ; P = 0,69 ; preuves de qualité élevée), la survie sans récidive (quatre études, 249 patients ; HR 0,88 ; IC à 95 % de 0,70 à 1,10 ; P = 0,26 ; preuves de faible qualité), le taux de rémission complète (huit études, 2 411 patients ; RR 0,97 ; IC à 95 % de 0,92 à 1,03  P = 0,32 ; preuves de qualité modérée), les risques de décès sous traitement d'induction (cinq études, 2 055 patients ; RR 1,10 ; IC à 95 % de 0,88 à 1,38 ; P = 0,39 ; preuves de qualité modérée) et de récidive (trois études, 328 patients ; RR 0,99 ; IC à 95 % de 0,80 à 1,22 ; P = 0,89 ; preuves de qualité modérée). Aucune preuve de différence n'a été observée en termes des risques de toxicité cardiaque de niveau 3/4 (une étude, 160 patients ; RR 0,67 ; IC à 95 % de 0,11 à 3,88 ; P = 0,65 ; preuves de faible qualité) et d'autres événements indésirables de niveau 3/4. Aucune des études ne rendait compte de la qualité de vie.

Deux ECR (N = 211) ont évalué l'IDA comparativement à la doxorubicine (DOX). Aucun des deux n'a évalué la survie globale. Une des études n'a mis en évidence aucune preuve de différence dans la survie sans récidive (63 patients ; HR 0,62 ; IC à 95 % de 0,34 à 1,14 ; P = 0,12 ; preuves de faible qualité). La principale méta-analyse du taux de rémission complète a mis en évidence une amélioration de celui-ci avec l'IDA (deux études, 187 patients ; RR 1,28 ; IC à 95 % de 1,03 à 1,59 ; P = 0,02 ; preuves de faible qualité). Aucune des études n'a fourni de données sur les risques de décès sous traitement d'induction et de rechute. Un essai n'a mis en évidence aucune preuve de différence dans le risque de toxicité cardiaque de niveau 3/4 (une étude, 100 patients ; RR 0,31 ; IC à 95 % de 0,01 à 7,39 ; P = 0,47 ; preuves de très faible qualité). Aucune des études ne rendait compte de la qualité de vie.

Deux ECR (N = 1 037) ont évalué l'IDA comparativement à la zorubicine (ZRB). Aucune de ces deux études n'a évalué la survie globale. Un des essais n'a mis en évidence aucune preuve de différence dans la survie sans récidive (une étude, 155 patients ; HR 1,25 ; IC à 95 % de 0,83 à 1,88 ; P = 0,29 ; preuves de faible qualité). Les principales méta-analyses de la rémission complète et des décès sous traitement d'induction n'ont mis en évidence aucune preuve de différence (taux de rémission complète : deux études, 964 patients ; RR 1,04 ; IC à 95 % de 0,96 à 1,13 ; P = 0,31 ; preuves de faible qualité ; risque de décès sous traitement d'induction : deux études, 964 patients ; RR 0,75 ; IC à 95 % de 0,50 à 1,13 ; P = 0,17 ; preuves de qualité modérée). Aucune de ces deux études ne rapportait les risques de récidive et de toxicité cardiaque de niveau 3/4. Un des essais a montré que l'IDA réduisait le risque de mucosite de grade 3/4. Aucune des études ne rendait compte de la qualité de vie.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.