Traitement de la maladie inflammatoire pelvienne

Question de la revue

Nous avons évalué l’efficacité et l’innocuité des différents traitements contre le syndrome inflammatoire pelvien (ou maladie inflammatoire pelvienne) préconisés par les recommandations cliniques actuelles (recommandations de 2015 des US Centers for Disease Control and Prevention).

Contexte

Le syndrome inflammatoire pelvien (SIP) est une infection de la partie haute de l’appareil reproducteur féminin (utérus, trompes de Fallope [tubes reliant l’utérus et les ovaires, dans lequel descendent les ovules], ovaires et intérieur du bassin). C’est une affection fréquente qui touche les femmes en âge de procréer. Ses symptômes sont variables, entre l’absence de symptômes et des symptômes graves. Si un traitement efficace n’est pas mis en place rapidement, les conséquences de la maladie peut être la stérilité (incapacité d’avoir des enfants), les grossesses extra-utérines et des douleurs pelviennes chroniques (douleurs dans le bas-ventre). Il existe un large éventail d’options de traitement, dont le choix dépend de la gravité des symptômes, de l’expérience du médecin, des recommandations nationales ou internationales et du taux d’effets secondaires. Nous avons cherché à savoir s’il existait un antibiotique meilleur que les autres (pour traiter les infections bactériennes), donnant des taux plus élevés de guérison et moins d’effets secondaires pour le traitement du SIP.

Caractéristiques des essais

Nous avons effectué des recherches dans la littérature disponible jusqu’au 11 juillet 2016 et inclus 37 études portant sur 6348 femmes, avec une moyenne de 14 jours de traitement et de suivi (surveillance après le traitement). Ces essais incluaient des femmes en âge de procréer présentant un SIP léger à sévère. Les essais utilisaient principalement une combinaison d’antibiotiques administrés par différentes voies : intraveineuse, intramusculaire et orale (sous forme de comprimés). Dans les cas légers à modérés, des traitements par voie intramusculaire et orale ont été prescrits, et dans les cas modérés, les traitements étaient généralement démarrés à l’hôpital et poursuivis à domicile.

Principaux résultats

Nous n’avons trouvé aucune preuve concluante qu’un traitement soit plus sûr ou plus efficace qu’un autre pour la guérison du SIP, et aucune preuve claire à l’appui de l’utilisation de nitroimidazoles (métronidazole, un type d’antibiotique) par rapport à l’utilisation d’autres antibiotiques. Des données de qualité moyenne, issues d’une étude unique à faible risque de biais, ont suggéré qu’un macrolide (azithromycine, un type d’antibiotique) pourrait être plus efficace qu’une tétracycline (doxycycline, un autre type d’antibiotique) pour guérir les syndromes inflammatoires pelviens légers à modérés.

Qualité des données probantes

La qualité des données probantes était très mauvaise à bonne, les principaux problèmes étant un grave risque de biais (méthodes d’étude mal rapportées, médecins et patientes informés du médicament administré) et des résultats variables d’une étude à l’autre.

Conclusions des auteurs: 

Nous n’avons trouvé aucune preuve concluante qu’un traitement antibiotique donné soit plus sûr ou plus efficace qu’un autre pour la guérison du SIP, et aucune preuve à l’appui de l’utilisation de nitroimidazoles (métronidazole) par rapport à l’utilisation d’autres médicaments ayant une activité sur les bactéries anaérobies. Des données de qualité moyenne issues d’une étude unique à faible risque de biais ont suggéré qu’un macrolide (azithromycine) pourrait être plus efficace qu’une tétracycline (doxycycline) pour guérir les SIP légers à modérés. Notre revue n’a pris en considération que les médicaments actuellement utilisés et mentionnés par les CDC.

Lire le résumé complet...
Contexte: 

Le syndrome inflammatoire pelvien (SIP) est une infection qui touche 4 % à 12 % des jeunes femmes. C’est l’une des causes les plus courantes de morbidité dans ce groupe d’âge. La principale intervention sur un SIP aigu est l’utilisation d’antibiotiques à large spectre visant Chlamydia trachomatis, Neisseria gonorrhoeae et les bactéries anaérobies, administrés par voie intraveineuse, intramusculaire ou orale. Dans cette revue, nous avons évalué le régime de traitement optimal contre le SIP.

Objectifs: 

Évaluer l’efficacité et l’innocuité des traitements antibiotiques utilisés pour traiter la maladie inflammatoire pelvienne.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe de revue Cochrane sur les infections sexuellement transmissibles, incluant des essais contrôlés randomisés (ECR) publiés de 1944 à 2016 et localisés au moyen de recherches électroniques et manuelles, dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), la plateforme Ovid (de 1991 à juillet 2016), MEDLINE (de 1946 à juillet 2016), EMBASE (de 1947 à juillet 2016), LILACS sur l’interface iAHx (de 1982 à juillet 2016), le Système d’enregistrement international des essais cliniques de l’OMS (ICTRP, juillet 2016), Web of Science (de 2001 à juillet 2016), OpenGrey (1990, 1992, 1995, 1996 et 1997) et les résumés de publications sélectionnées.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des ECR comparant l’utilisation d’antibiotiques à un placebo ou à d’autres antibiotiques pour le traitement du SIP chez les femmes en âge de procréer, en milieu hospitalier ou en traitement ambulatoire. Nous avons limité notre revue à la comparaison des médicaments d’usage courant recommandés par les lignes directrices de 2015 des US Centers for Disease Control and Prevention (CDC) pour le traitement du SIP.

Recueil et analyse des données: 

Au moins deux auteurs de la revue ont sélectionné indépendamment les essais à inclure, extrait les données et évalué le risque de biais. Nous avons contacté des investigateurs pour obtenir les informations manquantes. Nous avons résolu les désaccords par consensus ou en consultation avec un quatrième auteur de la revue si nécessaire. Nous avons évalué la valeur probante des données en utilisant les critères GRADE pour la classer comme bonne, moyenne, mauvaise ou très mauvaise. Nous avons calculé les risques relatifs (RR) selon Mantel-Haenszel, en utilisant des modèles à effets fixes et à effets aléatoires ou le nombre de sujets à traiter pour obtenir un résultat bénéfique supplémentaire ou un effet néfaste supplémentaire, avec leur intervalle de confiance (IC) à 95 %, pour mesurer l’effet des traitements. Nous avons effectué des analyses de sensibilité limitées aux études à faible risque de biais pour les comparaisons, lorsque de telles études étaient disponibles.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus 37 ECR (6348 femmes). La valeur probante des données était très mauvaise à bonne, les principales limitations étant un grave risque de biais (en raison de la mauvaise qualité des rapports des méthodes d’étude et de l’absence de mise en aveugle), une grave incohérence et de graves imprécisions.

Comparaison de l’azithromycine et de la doxycycline

Il n’y avait aucune preuve évidente d’une différence entre les deux médicaments dans les taux de guérison des SIP légers à modérés (RR 1,18, IC à 95 % de 0,89 à 1,55, I2 = 72 %, 2 ECR, 243 femmes, données de très mauvaise qualité), des SIP sévères (RR 1,00, IC à 95 % de 0,96 à 1,05, 1 ECR, 309 femmes, données de mauvaise qualité), ni dans les taux d’effets indésirables entraînant l’arrêt du traitement (RR 0,71, IC à 95 % de 0,38 à 1,34, 3 ECR, 552 femmes, I2 = 0 %, données de mauvaise qualité). Dans une analyse de sensibilité limitée à une seule étude à faible risque de biais, l’azithromycine était supérieure à la doxycycline pour atteindre la guérison des SIP légers à modérés (RR 1,35, IC à 95 % de 1,10 à 1,67, 133 femmes, données de qualité moyenne).

Comparaison d’une quinolone et de la céphalosporine

Il n’y avait aucune preuve évidente d’une différence entre les deux médicaments dans les taux de guérison des SIP légers à modéré (RR 1,04, IC à 95 % de 0,98 à 1,10, 3 ECR, 459 femmes, I2 = 5 %, données de mauvaise qualité), des SIP sévères (RR 1,06, IC à 95 % de 0,91 à 1,23, 2 ECR, 313 femmes, I2 = 7 %, données de mauvaise qualité), ni dans les effets indésirables entraînant l’arrêt du traitement (RR 2,24, IC à 95 % de 0,52 à 9,72, 5 ECR, 772 femmes, I2 = 0 %, données de très mauvaise qualité).

Comparaison d’un nitroimidazole et de l’absence d’utilisation d’un nitroimidazole

Il n’y avait aucune preuve concluante d’une différence entre le groupe sous nitroimidazole (métronidazole) et le groupe recevant d’autres médicaments ayant une activité sur les bactéries anaérobies (par exemple un groupe sous clavulanate d’amoxicilline) dans les taux de guérison des SIP légers à modérés (RR 1,01, IC à 95 % de 0,93 à 1,10, 5 ECR, 2427 femmes, I2 = 60 %, données de qualité moyenne), des SIP sévères (RR 0,96, IC à 95 % de 0,92 à 1,01, 11 ECR, 1383 femmes, I2 = 0 %, données de qualité moyenne), ni dans les effets indésirables entraînant l’arrêt du traitement (RR 1,00, IC à 95 % de 0,63 à 1,59 ; 3788 participantes ; 16 études2 = 0 %, données de mauvaise qualité). Dans une analyse de sensibilité limitées aux études à faible risque de biais, les résultats ne différaient pas substantiellement de l’analyse principale (RR 1,06, IC à 95 % de 0,98 à 1,15, 2 ECR, 1201 femmes, I2 = 32 %, données de bonne qualité).

Comparaison entre clindamycine + aminoside et quinolone

Il n’y avait aucune preuve d’une différence entre les deux groupes en termes de taux de guérison des SIP légers à modérés (RR 0,88, IC à 95 % de 0,69 à 1,13, 1 ECR, 25 femmes, données de très mauvaise qualité), des SIP sévères (RR 1,02, IC à 95 % de 0,87 à 1,19, 2 études, 151 femmes, I2 = 0 %, données de mauvaise qualité), ni dans les effets indésirables entraînant l’arrêt du traitement (RR 0,21, IC à 95 % de 0,02 à 1,72, 3 ECR, 163 femmes, données de très mauvaise qualité).

Comparaison de clindamycine + aminoside et céphalosporine

Il n’y avait aucune preuve probante d’une différence entre les deux groupes en termes de taux de guérison des SIP légers à modérés (RR 1,02, IC à 95 % de 0,95 à 1,09, 2 ECR, 150 femmes, I2 = 0 %, données de mauvaise qualité), des SIP sévères (RR 1,00, IC à 95 % de 0,95 à 1,06, 10 ECR, 959 femmes, I2 = 21 %, données de qualité moyenne), ni dans les effets indésirables entraînant l’arrêt du traitement (RR 0,78, IC à 95 % de 0,18 à 3,42, 10 ECR, 1172 femmes, I2 = 0 %, données de très mauvaise qualité).

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Suzanne Assénat et révisée par Cochrane France

Tools
Information
Share/Save

Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.