Interventions axées sur le mode de vie pour le traitement de la goutte chronique

Ce résumé d’une revue Cochrane représente l’état de nos connaissances découlant des recherches portant sur l’effet des modifications du mode de vie dans le traitement des personnes souffrant de goutte chronique. Il y avait une étude incluse dans cette revue qui a examiné les bénéfices et l'innocuité de la consommation de lait écrémé en poudre (LEP) enrichi par deux composants de produits laitiers (glycomacropeptide (GMP) et extrait de matière grasse du lait G600) comparé au lait écrémé en poudre ou au lactose en poudre standard pour réduire la fréquence des crises de goutte sur une période de trois mois.

Cette revue démontre que chez les personnes souffrant de goutte chronique :

Comparé au lait écrémé en poudre ou au lactose en poudre standard, il est possible que le LEP enrichi par le GMP et le G600 ne réduise pas la fréquence des crises de goutte, mais il peut réduire la douleur. Nous ne savons pas si la consommation de ces préparations laitières améliore la fonction physique, la taille de tophus (les tophi sont les dépôts cristallins de la goutte couramment observés dans la peau, à la surface des articulations ou dans le cartilage) ou les taux sanguins d'acide urique, étant donné qu'ils n'ont pas été rapportés.

Nous ne disposons pas d'informations précises sur les effets secondaires et les complications. Les éventuels effets secondaires peuvent comprendre les nausées ou la diarrhée.

Qu'est-ce que la goutte et que sont les interventions axées sur le mode de vie ?

La goutte est une forme très courante d'inflammation articulaire douloureuse (arthrite) causée par des dépôts uratiques se formant soit au sein soit autour des articulations. L'inflammation peut provoquer une douleur, une rougeur et un gonflement des articulations affectées, rendant la partie sensible au toucher ou difficile à bouger. Certaines des raisons expliquant pourquoi des personnes souffrent de la goutte comprennent leur constitution génétique, leur état en surpoids, l'ingestion de certains médicaments (par exemple diurétiques), la présence de troubles de la fonction rénale et les habitudes de leur mode de vie comme boire des quantités excessives d'alcool et de boissons sucrées.

Bien que les médicaments soient la base du traitement de la goutte, étant donné l'association reconnue entre certains facteurs de risque liés au mode de vie et le développement de la goutte, des changements de mode de vie tels que perdre du poids, arrêter de fumer, pratiquer davantage d'exercices physiques, boire plus de café et de produits laitiers, et consommer moins de boissons sucrées, de boissons alcoolisées, de viande et de fruits de mer, sont couramment recommandés aux personnes souffrant de goutte chronique.

Meilleure estimation de ce qui arrive aux personnes souffrant de goutte qui consomment du lait écrémé en poudre enrichi :

Crises de goutte

Les personnes qui ont consommé du lait écrémé en poudre enrichi ont eu 0,21 moins de crises de goutte par mois à 3 mois (ou 2,5 moins de crises de goutte par an).

- Les personnes qui ont consommé du lait écrémé en poudre enrichi ont eu 0,49 crise de goutte par mois (ou 6 crises de goutte par an).

- Les personnes qui ont consommé du lait écrémé en poudre ou du lactose en poudre standard ont eu 0,70 crise de goutte par mois (ou 8 crises de goutte par an).

Arrêts prématurés en raison d'événements indésirables

4 personnes de plus sur les 100 qui ont consommé du lait écrémé en poudre enrichi ont arrêté la supplémentation au bout de 3 mois (4 % d'arrêts prématurés de changement absolu de plus, de 10 % de moins à 18 % de plus).

- 18 personnes sur les 100 ont arrêté de consommer du lait écrémé en poudre enrichi.

- 14 personnes sur les 100 ont arrêté de consommer du lait écrémé en poudre ou du lactose en poudre standard.

Douleur (le score le plus bas signifie moins de douleur)

Les personnes qui ont consommé du lait écrémé en poudre enrichi ont évalué leur douleur à 1 point plus faible sur une échelle d'évaluation de la douleur allant de 0 à 10 points (10 % d'amélioration absolue) au bout de 3 mois (20 % à 1 % d'amélioration).

- Les personnes qui ont consommé du lait écrémé en poudre enrichi ont évalué leur douleur à 0,67 point sur une échelle de 0 à 10 points.

- Les personnes qui ont consommé du lait écrémé en poudre ou du lactose en poudre standard ont évalué leur douleur à 1,7 point sur une échelle de 0 à 10.

Événements indésirables graves

1 personne de plus sur les 100 qui ont consommé du lait écrémé en poudre enrichi a rapporté un événement indésirable grave.

- 5 personnes sur les 100 qui ont consommé du lait écrémé en poudre enrichi ont rapporté un événement indésirable grave.

- 4 personnes sur les 100 qui ont consommé du lait écrémé en poudre ou du lactose en poudre standard ont rapporté un événement indésirable grave.

Conclusions des auteurs: 

Tandis qu'il existe suffisamment de preuves issues des études observationnelles d'une association entre les divers facteurs de risque liés au mode de vie et le développement de la goutte, on déplore une pénurie de preuves de grande qualité issues d'essais contrôlés randomisés soit pour confirmer soit pour réfuter l'utilisation des modifications du mode de vie pour améliorer les résultats chez les personnes souffrant de goutte chronique.

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Contexte: 

Bien que les interventions axées sur le mode de vie soient couramment recommandées dans la prise en charge des patients souffrant de goutte chronique, les preuves issues des données des essais en faveur de leurs bénéfices et de leur sécurité n'ont pas été examinées auparavant dans une revue systématique.

Objectifs: 

L'objectif de cette revue systématique était d'évaluer les bénéfices et la sécurité des interventions axées sur le mode de vie pour le traitement des personnes souffrant de goutte chronique.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué une recherche d'études dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE et EMBASE le 05 avril 2013. Nous avons également effectué des recherches dans les résumés 2010 et 2011 de l’American College of Rheumatology (ACR) et de la Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR), ainsi que des recherches manuelles dans les bibliographies d’articles inclus.

Critères de sélection: 

Les études ont été incluses s'il s'agissait d'essais contrôlés randomisés ou quasi-randomisés (ECR ou ECC) ayant comparé des interventions axées sur le mode de vie à un autre traitement (actif ou placebo) chez les patients souffrant de goutte chronique. Les critères intéressants ont été les changements de la fréquence des crises de goutte, de la douleur articulaire, des taux sériques d'urate, de la taille de tophus, de la fonction, de la qualité de vie et des effets indésirables.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de la revue ont, de manière indépendante, appliqué les méthodes recommandées par la Cochrane Collaboration pour la sélection, l'appréciation, le recueil des données et la synthèse des études. Nous avons attribué une note à la qualité de l'ensemble des données pour chaque critère de jugement en utilisant la grille GRADE.

Résultats principaux: 

Une seule étude (120 participants), présentant un risque modéré de biais, a été incluse dans la revue. Les patients ont été randomisés dans l'une des trois interventions : du lait écrémé en poudre (LEP) enrichi par du glycomacropeptide (GMP) et du G600, du LEP non-enrichi ou du lactose en poudre, sur une période de trois mois. La fréquence des crises de goutte aiguës, mesurée par le nombre de poussées par mois, a diminué dans les trois groupes sur la période d'étude de trois mois. Les preuves de faible qualité indiquaient qu'il n'y avait aucune différence entre le groupe sous LEP/GMP/G600 et les groupes témoins combinés (LEP et lactose en poudre) au bout de trois mois (différence moyenne (DM) -0,21, intervalle de confiance (IC) à 95 % -0,76 à 0,34). Il n'y avait aucune différence significative entre les groupes en termes d'arrêts prématurés en raison d'effets indésirables (risque relatif (RR) 1,27, IC à 95 % 0,53 à 3,03), et d'événements indésirables graves entraînant l'hospitalisation (2/40 dans le groupe sous LEP/GMP/G600 contre 3/80 dans les groupes témoins ; RR 1,33, IC à 95 % 0,23 à 7,66). Les effets indésirables gastro-intestinaux ont été les plus fréquemment rapportés. La douleur due aux poussées de goutte auto-déclarées, mesurée sur une échelle de 10 points de Likert, s'est davantage améliorée dans le groupe sous LEP/GMP/G600 comparé aux groupes témoins (DM -1,03, IC à 95 % -1,96 à -0,10), soit une différence absolue de 10 % (différence absolue de risque -0,10, IC à 95 % -0,20 à -0,01). Il est peu probable qu'elle ait une signification clinique. La fonction physique, la régression des tophi et la normalisation des taux sériques d'urate n'ont pas été indiquées dans cette étude.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.