Les inhibiteurs de l'interleukine-1 contre la goutte aiguë

Contexte : qu'est-ce qu'une crise aiguë de goutte et que sont les inhibiteurs de l'interleukine-1 ?

La goutte résulte du dépôt de cristaux d'acide urique dans et autour des articulations. Les principaux traitements de la goutte sont des médicaments qui abaissent le taux sanguin d'acide urique et dissolvent les dépôts de cristaux. Les crises de goutte aiguës sont très douloureuses et invalidantes ; leur traitement vise à réduire la douleur et résoudre l'arthrite rapidement.

Les inhibiteurs de l'interleukine-1 (canakinumab, rilonacept et anakinra) modifient le système immunitaire et réduisent l'inflammation. Ils peuvent être injectés en une dose unique ou en doses répétées.

Caractéristiques des études

Ce résumé d’une revue Cochrane présente les connaissances actuelles issues de la recherche sur l’effet des inhibiteurs de l'interleukine-1 dans le traitement des crises aiguës de goutte. Après avoir cherché toutes les études pertinentes jusqu'au 19 juin 2013, nous avons inclus 4 études dans notre revue (806 participants âgés en moyenne de 52 ans, 92 % d'hommes). Trois études comparaient une injection unique de canakinumab (10 à 150 mg) à une injection intramusculaire unique d'acétonide de triamcinolone (un corticoïde) à une dose sous-optimale de 40 mg, et la dernière étude évaluait l'utilisation d'une seule injection sous-cutanée de rilonacept à 320 mg en comparaison avec la dose maximale (50 mg trois fois par jour pendant trois jours) d'indométacine par voie orale (un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS)) chez des personnes souffrant de goutte aiguë.

Résultats principaux : ce qui arrive aux personnes souffrant d'une cise de goutte aiguë ayant reçu une injection de canakinumab par rapport à l'acétonide de triamcinolone

Douleur sur une échelle de 0 à 100 points (des scores plus bas signifient une diminution de la douleur)

- Le score de douleur subjectif des personnes traitées avec le canakinumab était inférieur de 11 points, après trois jours de traitement, à celui des personnes ayant reçu une injection d'acétonide de triamcinolone.

- Les personnes ayant bénéficié d'une injection sous-cutanée de canakinumab ont noté leur douleur à 25 sur une échelle de 0 à 100.

- Les personnes ayant reçu une injection d'acétonide de triamcinolone ont noté leur douleur à 36 sur une échelle de 0 à 100.

Gonflement de l'articulation

- 12 personnes de plus sur 100 n'ont signalé aucune gonflement de leur articulation trois jours après le traitement par le canakinumab par rapport à celles ayant reçu une injection d'acétonide de triamcinolone.

- 44 personnes sur 100 ayant reçu du canakinumab n'ont pas signalé de gonflement de l'articulation.

- 32 personnes sur 100 ayant reçu de la triamcinolone n'ont pas signalé de gonflement de l'articulation.

Évaluation par les participants d'une bonne ou excellente réponse au traitement

- 17 personnes de plus sur 100 ont qualifié leur traitement de bon ou excellent trois jours après l'injection de canakinumab par rapport à celles ayant reçu une injection de triamcinolone.

- 64 personnes sur 100 ayant reçu du canakinumab ont rapporté une réponse bonne ou excellente au traitement.

- 47 personnes sur 100 ayant reçu de la triamcinolone ont rapporté une réponse bonne ou excellente au traitement.

Abandon de l'étude pour cause d'effets secondaires

Retrait de participants pour cause d'effets secondaires

-1 personnes sur 100 a arrêté le traitement par injection de canakinumab ou de triamcinolone à cause d'effets secondaires.

Effets secondaires

- 10 personnes de plus sur 100 ont eu un effet secondaire après l'injection de canakinumab par rapport à celles ayant reçu une injection de triamcinolone.

- 61 personnes sur 100 ayant reçu du canakinumab ont eu un effet secondaire.

- 51 personnes sur 100 ayant reçu de la triamcinolone ont eu un effet secondaire.

Qualité des preuves

Nous avons trouvé des preuves de qualité moyenne indiquant que par rapport à une injection intramusculaire d'un corticoïde (acétonide de triamcinolone), l'injection de canakinumab améliore probablement la douleur, le gonflement de l'articulation et le nombre de bonnes ou excellentes réponses au traitement, mais qu'elle entraîne probablement davantage d'effets secondaires. Les effets secondaires possibles comprenaient des maux de dos, des maux de tête, une élévation de la tension artérielle, des douleurs articulaires et une élévation de l'enzyme hépatique gamma-glutamyl transpeptidase. Ni les fonctions ni la qualité de vie n'ont été mesurées. Des recherches supplémentaires pourraient conduire à revoir les estimations.

Il existe des preuves de faible qualité, issues d'une seule étude, que le rilonacept en injection peut améliorer la douleur dans une moindre mesure que l'indométacine et pourrait ne pas être associé à une augmentation des effets secondaires. L'inflammation, l'incapacité, la qualité de vie et l'avis des participants sur la réussite du traitement n'ont pas été mesurés. Des recherches complémentaires pourraient conduire à revoir ces estimations.

Nous n'avons trouvé aucune étude comparant le canakinumab avec les traitements les plus couramment utilisés des crises de goutte aiguës, tels que les AINS ou la colchicine.

Conclusions des auteurs: 

Des preuves de qualité moyenne indiquent que par rapport à une dose unique et sous-optimale de 40 mg d'acétonide de triamcinolone en injection intramusculaire, le canakinumab à 150 mg donne probablement de meilleurs résultats en termes de soulagement de la douleur, de résolution de l'enflure des articulations et d'évaluation globale de la réponse au traitement par les participants en cas de crise de goute aiguë, mais qu'il est probablement aussi associé à un risque accru d'effets indésirables. Le coût du canakinumab est plus de 5000 fois plus élevé que celui de l'acétonide de triamcinolone, mais il n'existe pas de données sur le rapport coût-efficacité de cette approche. Nous n'avons trouvé aucune étude comparant le canakinumab avec les traitements les plus couramment utilisés en première ligne contre les crises de goutte aiguës, tels que les AINS ou la colchicine. Des preuves de faible qualité indiquent que par rapport à la dose maximale d'indométacine (50 mg trois fois par jour), 320 mg de rilonacept soulagent moins la douleur, avec un taux d'événements indésirables similaire.

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Contexte: 

Les crises aiguës de goutte sont très douloureuses et invalidantes et il est important de soulager rapidement et efficacement la douleur. Les options traditionnelle de traitement comprennent la colchicine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et les glucocorticoïdes.

Objectifs: 

Évaluer les bénéfices et les inconvénients des inhibiteurs de l'interleukine-1 (anakinra, canakinumab, rilonacept) dans la goutte aiguë.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans la Bibliothèque Cochrane, MEDLINE et EMBASE le 19 juin 2013, sans appliquer aucune restriction sur la langue. Nous avons effectué une recherche manuelle dans les résumés des conférences de la Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR) (2009-2012) et de l'American College of Rheumatology (ACR) (2009-2011) et dans la bibliographie de tous les essais inclus. Nous avons également cherché dans le Système d'enregistrement international des essais cliniques de l'OMS et la Plate-forme de registres d'essais cliniques des US National Institutes of Health.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) et des essais cliniques quasi-randomisés (essais cliniques contrôlés (ECC) évaluant un inhibiteur de l'interleukine-1 (anakinra, canakinumab ou rilonacept) par rapport à un placebo ou à un autre traitement actif (colchicine, paracétamol, AINS, glucocorticoïdes par voie systémique ou intra-articulaires, adrénocorticotropine, autre inhibiteur de l'interleukine-1 ou combinaison de ces traitements) chez des adultes souffrant de goutte aiguë.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont sélectionné les essais à inclure, évalué les risques de biais et extrait les données de manière indépendante. Lorsque cela était judicieux, nous avons regroupé les données dans une méta-analyse. Nous avons évalué la qualité des preuves en utilisant la méthode GRADE.

Résultats principaux: 

Nous avons inclus quatre études portant sur 806 participants dans cette revue. Les études avaient un risque incertain de biais de sélection et un faible risque de biais de performance et d'attrition. Une étude avait un risque incertain de biais de détection et une autre de biais de sélection.

Trois études (654 participants) ont comparé le canakinumab par voie sous-cutanée à l'acétonide de triamcinolone en injection intramusculaire à 40 mg dans le traitement des crises de goutte aiguës durant depuis cinq jours au maximum. Les doses de canakinumab étaient variables (de 10 à 150 mg), mais la plupart des sujets (255/368) ont été traités avec une dose de 150 mg. Aucune de ces études n'a fourni de données sur une réduction de la douleur rapportée par les participants de 30% ou plus. Des preuves de qualité moyenne indiquent que le canakinumab à 150 mg était probablement supérieur à l'acétonide de triamcinolone à 40 mg en termes de soulagement de la douleur, de résolution de l'enflure des articulations et d'obtention d'une bonne réponse au traitement à 72 heures, mais était probablement aussi associé à un risque accru d'effets indésirables.

La douleur moyenne notée sur une échelle visuelle analogique (EVA) de 0 à 100 mm (0 mm correspondant à l'absence de douleur) était de 36 mm après le traitement avec l'acétonide de triamcinolone ; le score de douleur baissait en moyenne de 11 mm supplémentaires après le traitement par le canakinumab (différence moyenne (DM) -10,6 mm, intervalle de confiance (IC) à 95 % de -15,2 à -5,9). Quarante-quatre pour cent des participants traités par le canakinumab ont vu le gonflement des articulations se résoudre à 72 heures, contre 32 % de ceux traités avec la triamcinolone (risque relatif (RR) 1,39, IC à 95 % de 1,11 à 1,74, nombre de sujets à traiter pour observer un bénéfice supplémentaire (NNTB) 9) ; 65 % des participants traités par le canakinumab ont jugé leur réponse au traitement bonne ou excellente contre 47 % avec l'acétonide de triamcinolone (RR 1,37, IC à 95 % de 1,16 à 1,61, NNTB 6). Ni les fonctions ni la qualité de vie liée à la santé n'ont été mesurées. Dans les deux groupes, 0,7 % des participants ont abandonné le traitement (RR 1,1, IC à 95 % de 0,2 à 7,2) ; il y a eu un décès et un cas d'anomalies des paramètres biologiques dans chacun des groupes de traitement. Les effets indésirables ont été plus fréquents sous canakinumab (61 %) qu'avec l'acétonide de triamcinolone (51 % ; RR 1,2, IC à 95 % de 1,1 à 1,4, nombre de sujets à traiter pour observer un préjudice supplémentaire (NNTH) 10).

Les preuves de faible qualité d'une étude (152 participants souffrant d'une crise aiguë de goutte durant depuis 48 heures au maximum et affectant moins de quatre articulations) comparant le rilonacept à 320 mg avec l'indométacine (50 mg trois fois par jour pendant trois jours puis 25 mg trois fois par jour pendant neuf jours) indiquent que l'indométacine peut mieux améliorer la douleur que le rilonacept entre 24 et 72 heures, et que rien n'indique une différence dans les taux d'abandon ni les événements indésirables. Le changement moyen (amélioration) de la douleur par rapport au début du traitement avec l'indométacine était de 4,3 points (mesurés sur une échelle numérique de 0 à 10, où 0 correspond à l'absence de douleur) ; la douleur s'est améliorée en moyenne de seulement 2,5 points avec le rilonacept (DM 2,52, IC à 95 % de 0,29 à 4,75, 25 % de moins d'amélioration absolue de la douleur avec le rilonacept). L'inflammation, la fonction articulaire, la qualité de vie liée à la santé et l'avis global des participants sur le succès du traitement n'ont pas été évalués. Les taux de retraits de l'étude dus à des événements indésirables étaient faibles dans les deux groupes : 1 participant sur 75 (1 %) dans le groupe rilonacept contre à 2 sur 76 (3 %) dans le groupe indométacine (RR 0,5, IC à 95 % de 0,05 à 5,5 ). Des événements indésirables ont été rapportés chez 27 participants sur 75 (36 %) dans le groupe rilonacept et 23 sur 76 (30%) dans le groupe indométacine (RR 1,2, IC à 95% de 0,8 à 1,9).

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.