Antidépresseurs pour le traitement des douleurs abdominales fonctionnelles chez les enfants et les adolescents

Les troubles fonctionnels gastro-intestinaux (TFGI) associés à des douleurs abdominales sont courants chez les enfants et adolescents. Dans la plupart des cas, ces douleurs n'ont aucune explication médicale. Différentes approches pharmacologiques sont utilisées pour les différents types de TFGI associés à des douleurs abdominales. Ces traitements médicamenteux incluent : des prokinétiques et des agents antisécrétoires pour la dyspepsie fonctionnelle ; du pizotifène, du propranolol, de la cyproheptadine ou du sumatriptan pour la migraine abdominale ; et un schéma antispasmodique et antidiarrhéique pour le syndrome du côlon irritable. Les antidépresseurs se sont avérés efficaces dans certaines études portant sur des adultes atteints de troubles fonctionnels gastro-intestinaux. Par conséquent, des antidépresseurs sont parfois prescrits aux jeunes patients présentant des troubles de même nature. L'objectif de cette revue était d'examiner les preuves disponibles concernant les avantages et les inconvénients de cette approche. Seules deux études remplissaient les critères d'inclusion. Ces deux études étaient des essais contrôlés randomisés examinant l'efficacité et l'innocuité de l'amitriptyline chez des enfants atteints de TFGI. L'amitriptyline est un antidépresseur de première génération (antidépresseur tricyclique). L'amitriptyline n'est plus considérée comme un agent de premier choix dans le traitement des troubles dépressifs en raison de ses effets secondaires potentiellement graves, notamment une surdose. L'amitriptyline n'a pas été homologuée dans le traitement des douleurs abdominales fonctionnelles chez les enfants ou les adolescents.

L'étude à plus grande échelle (n = 90) ne rapportait aucune différence entre le groupe expérimental et celui du placebo (pilule de sucre) en termes de nombre de patients ressentant une amélioration. Les effets secondaires étaient légers et incluaient de la fatigue, des éruptions cutanées, des céphalées et des étourdissements. Les auteurs de l'autre étude, beaucoup plus petite (n = 33), rapportaient une amélioration significative en termes de qualité de vie globale et une réduction des douleurs dans certaines régions spécifiques de l'abdomen et à certains points-temps. Néanmoins, les résultats de cette étude devraient être interprétés avec précaution en raison de sa faible qualité méthodologique et du nombre limité de patients recrutés. L'amitriptyline ne semble pas conférer de bénéfice dans le traitement des TFGI chez les enfants et adolescents. À l'heure actuelle, les preuves d'efficacité des antidépresseurs dans le traitement des enfants et adolescents atteints de maladies associées à des douleurs abdominales ne permettent pas de recommander l'utilisation de ces agents chez ce groupe de patients. Nous suggérons de recourir à des traitements alternatifs présentant une efficacité mieux démontrée. Des essais à plus grande échelle bien réalisés et examinant des critères de jugement importants pour les patients, tels que la qualité de vie et le soulagement de la douleur, sont nécessaires afin d'obtenir davantage d'informations concernant cette affection courante.

Conclusions des auteurs: 

Les cliniciens doivent être conscients du fait qu'aucune preuve ne vient étayer l'efficacité de la majorité des antidépresseurs dans le traitement des TFGI associés à des douleurs abdominales chez les enfants et adolescents. Les preuves issues d'essais contrôlés randomisés sont circonscrites aux études examinant de l'amitriptyline, qui ne révèlent aucune différence statistiquement significative entre l'amitriptyline et le placebo pour la plupart des critères de jugement de l'efficacité. L'amitriptyline ne semble pas conférer de bénéfice dans le traitement des TFGI chez les enfants et adolescents. Des études examinant des enfants atteints de troubles dépressifs ont montré que les antidépresseurs pouvaient entraîner des effets indésirables substantiels engageant parfois le pronostic vital du patient. En l'attente de preuves de meilleure qualité, les cliniciens devraient soupeser les bénéfices potentiels et les risques connus des antidépresseurs chez les patients pédiatriques.

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Contexte: 

Les troubles fonctionnels gastro-intestinaux (TFGI) associés à des douleurs abdominales constituent l'un des problèmes médicaux les plus courants en médecine pédiatrique. Les médecins prescrivent souvent des antidépresseurs en traitement de deuxième intention chez les enfants et adolescents atteints de TFGI. À ce jour, les preuves relatives aux effets bénéfiques et délétères des antidépresseurs dans le traitement des TFGI associés à des douleurs abdominales n'ont pas été évaluées de manière systématique.

Objectifs: 

Le principal objectif de cette revue systématique était d'évaluer l'efficacité et l'innocuité des antidépresseurs dans le traitement des TFGI associés à des douleurs abdominales chez les enfants et adolescents.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons consulté la Bibliothèque Cochrane, PubMed, EMBASE, IPA, CINAHL, PsycINFO, ISI Web of Science, Biosis Previews et le système d'enregistrement international des essais cliniques de l'Organisation mondiale de la Santé en utilisant des filtres appropriés (depuis leur création jusqu'au 31 janvier 2011).

Critères de sélection: 

Pour l'évaluation de l'efficacité, nous avons inclus les essais contrôlés randomisés (ECR) en double aveugle examinant des antidépresseurs dans le traitement des TFGI associés à des douleurs abdominales chez les enfants et adolescents jusqu'à 18 ans. Les études expérimentales ouvertes et non contrôlées ainsi que les études observationnelles étaient éligibles pour l'évaluation des effets délétères. La durée minimum des études était de 4 semaines. L'effectif minimum des études était de 30 participants.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs ont évalué tous les résumés et articles complets, et évalué le risque de biais des études incluses de manière indépendante. Les données ont été extraites de manière indépendante par un auteur, et un autre auteur a vérifié leur exactitude. Les données ont été analysées à l'aide de RevMan 5.

Résultats principaux: 

Deux ECR (123 participants), qui utilisaient tous deux de l'amitriptyline, remplissaient les critères d'inclusion prédéfinis. Ces études rapportaient des résultats mitigés concernant l'efficacité de l'amitriptyline dans le traitement des TFGI associés à des douleurs abdominales. L'étude à plus grande échelle, financée par des fonds publics, ne rapportait aucune différence statistiquement significative entre l'amitriptyline et le placebo en termes d'efficacité chez 90 enfants et adolescents atteints de TFGI au bout de 4 semaines de traitement. Dans l'analyse en intention de traiter (ITT), 59 % des enfants du groupe de l'amitriptyline indiquaient se sentir mieux, contre 53 % dans le groupe du placebo (RR de 1,12 ; IC à 95 % : entre 0,77 et 1,63 ; P = 0,54). Le risque de biais de cette étude était faible.

Le deuxième ECR recrutait 33 adolescents atteints de syndrome du côlon irritable. Les patients recevant de l'amitriptyline présentaient une amélioration supérieure du critère de jugement principal, la qualité de vie globale, à 6, 10 et 13 semaines par rapport aux patients recevant un placebo (P = 0,019, 0,004 et 0,013, respectivement). Aucune estimation de l'effet n'a été calculée pour le critère de jugement de la qualité de vie car les scores moyens et les écarts types n'étaient pas rapportés. Aucune différence statistiquement significative n'était détectée entre l'amitriptyline et le placebo concernant la plupart des critères de jugement secondaires. Cette étude présentait un risque de biais incertain pour la plupart des critères. Néanmoins, le risque d'autres biais était élevé en raison de l'utilisation de comparaisons multiples. Les résultats de cette étude devraient être interprétés avec précaution en raison de son effectif réduit et de l'utilisation de comparaisons multiples.

L'étude à plus grande échelle rapportait des événements indésirables légers tels que de la fatigue, des éruptions cutanées, des céphalées et des étourdissements. Dans l'analyse ITT, 4 % des patients du groupe de l'amitriptyline présentaient au moins un événement indésirable, contre 2 % dans le groupe du placebo. Aucune différence statistiquement significative n'était observée en termes de nombre de patients présentant au moins un événement indésirable (RR de 1,91 ; IC à 95 %, entre 0,18 et 20,35 ; P = 0,59). L'étude la plus petite ne rapportait aucun événement indésirable. Les méthodes d'évaluation des effets indésirables étaient mal documentées dans les deux études, et aucune conclusion définitive ne peut être présentée concernant les risques d'effets délétères associés à l'amitriptyline.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.