Concentration initiale élevée de sévoflurane versus concentration initiale faible pour l'induction de l'anesthésie par inhalation

Question de la revue

Nous avons examiné les preuves issues d'essais contrôlés randomisés comparant la concentration initiale élevée de sévoflurane avec une faible concentration initiale afin de déterminer si les preuves sont favorables à l'utilisation de concentrations initiales élevées pour réduire le temps d'induction et les complications lors de l'induction de l'anesthésie par inhalation. Cette mise à jour d'une revue publiée pour la première fois en 2013 est à jour en février 2016.

Contexte

L'anesthésie générale pour la chirurgie peut être induite pour les patients en respirant un mélange de sévoflurane (un médicament anesthésique à l'odeur agréable sous forme de vapeur à inhaler) et de l'oxygène à travers un masque. Il a été rapporté que cette technique était sûre, fiable et bien acceptée par les patients. La concentration initiale de sévoflurane utilisée pour l'induction peut être faible ou élevée. La technique de faible concentration initiale implique d'administrer une faible concentration de sévoflurane (inférieure à 4 %), puis d'augmenter progressivement celle-ci jusqu'à ce que le patient soit anesthésié. La technique de concentration initiale élevée implique d'administrer des concentrations élevées de sévoflurane (de 4 % à 8 %) depuis le début, puis de poursuivre jusqu'à ce que le patient soit anesthésié. Immédiatement après la perte de connaissance et avant que l'anesthésie ne soit suffisamment profonde pour permettre la chirurgie, les patients peuvent traverser un stade où ils ont de la toux, la respiration et le rythme cardiaque irréguliers et ils peuvent retenir leur respiration et faire des mouvements non contrôlés. Une concentration élevée pourrait raccourcir ce stade.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons inclus dans notre revue 11 essais contrôlés randomisés (829 participants). Ces essais ont été réalisés entre 1997 et 2014 et variaient en termes de participants (adultes vs enfants), des concentrations de sévoflurane utilisées, de l'ajout de protoxyde d'azote ou d'opioïdes et d'autres facteurs. Certains éléments de méthodologie suggéraient que les preuves obtenues seraient de faible qualité. Les études n'ont pas toujours pu être combinées, et les résultats de l'étude ne peuvent pas être énoncés avec certitude.

Principaux résultats

La technique de concentration initiale élevée réduisait le temps d'induction (six études, 443 participants, preuves de faible qualité) et conduisait à des taux similaires de toux (huit études, 589 participants, preuves de faible qualité), de fermeture soudaine et prolongée des cordes vocales empêchant la respiration (sept études, 588 participants, preuves de faible qualité), de blocage de la respiration (cinq études, 389 participants, preuves de faible qualité), de mouvements soudains (cinq études, 445 participants, preuves de faible qualité) et de ralentissement du rythme cardiaque (trois études, 199 participants, preuves de faible qualité). La technique de concentration initiale élevée a montré une plus grande suspension de la respiration par rapport à la technique de faible concentration initiale (deux études, 160 participants, preuves de faible qualité).

Qualité des données probantes

Les études incluses ont fourni des preuves de faible qualité, et les résultats de l'étude doivent être interprétés avec prudence. Des études supplémentaires sont nécessaires pour apporter des conclusions définitives.

Conclusions des auteurs: 

Une technique de concentration initiale élevée de sévoflurane permet probablement une induction plus rapide de l'anesthésie et un taux de complications similaire, sauf pour l'apnée qui pourrait être plus fréquente avec une concentration initiale élevée. Cependant, cette conclusion n'est pas définitive car les études incluses ont fourni des preuves de faible qualité.

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Contexte: 

Il a été rapporté que l'induction au sévoflurane de l'anesthésie générale était sûre, fiable et bien acceptée par les patients. L'induction au sévoflurane utilise une concentration initiale faible ou élevée. La technique de faible concentration initiale implique de commencer par administrer une faible concentration de sévoflurane et d'augmenter progressivement la concentration de la dose jusqu'à ce que le patient soit anesthésié. La technique de concentration initiale élevée implique d'administrer dès le début des concentrations élevées, puis de continuer avec ces doses élevées jusqu'à ce que le patient soit anesthésié. Cette revue a été initialement publiée en 2013 et a été mise à jour en 2016.

Objectifs: 

Nous avions pour objectif de comparer les temps d'induction et les taux de complications entre les techniques d'induction de l'anesthésie réalisées avec une concentration initiale élevée ou faible de sévoflurane chez les adultes et les enfants recevant une induction par inhalation pour anesthésie générale. Nous avons défini la concentration initiale « élevée » comme supérieure ou égale à 4 % et la concentration initiale « faible » comme inférieure à 4 %.

La stratégie de recherche documentaire: 

Pour la revue mise à jour, nous avons effectué des recherches dans les bases de données suivantes : le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL, 2016, numéro 2), MEDLINE (de 1950 à février 2016), EMBASE (de 1980 à février 2016), Latin American and Caribbean Health Sciences Literature (LILACS) (de 1982 à février 2016) et ISI (Institute for Scientific Information) Web of Science (de 1946 à février 2016). Nous avons également consulté les références bibliographiques des articles pertinents et les actes de conférence et contacté les auteurs des essais inclus. La recherche originale a été effectuée en septembre 2011.

Critères de sélection: 

Nous avons recherché tous les essais contrôlés randomisés publiés et non publiés comparant les concentrations initiales élevées et faibles de sévoflurane dans l'induction par inhalation. Nos principaux critères de jugement comprenaient deux mesures de l'anesthésie (le temps jusqu'à la perte du réflexe ciliaire (LOER) et le temps jusqu'à ce qu'un objet lourd tenu dans la main du patient tombe), le temps jusqu'à insertion réussie d'un masque laryngé (ML) et le temps jusqu'à intubation endotrachéale. Les autres critères de jugement étaient les complications de la technique.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé des méthodes standardisées pour réaliser une revue systématique comme décrit dans le Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions. Deux auteurs de la revue ont indépendamment extrait les détails de méthodes d'essai et les données de résultat des rapports de tous les essais jugés éligibles pour l'inclusion. Nous avons effectué toutes les analyses en intention de traiter, lorsque cela était possible. Nous avons estimé l'effet global du traitement à l'aide d'un modèle à effets fixes lorsque nous n'avons trouvé aucune hétérogénéité substantielle, tandis que nous avons appliqué le modèle à effets aléatoires en présence d'une hétérogénéité considérable.

Résultats principaux: 

Nous avons réitéré les recherches et inclus une nouvelle étude (100 participants) dans cette revue mise à jour. Au total, nous avons inclus 11 études avec 829 participants, bien que la plupart des analyses soient basées sur des données issues d'un moins grand nombre de participants et des preuves de faible qualité. Nous avons noté une hétérogénéité substantielle dans les essais inclus. Par conséquent, nos résultats doivent être interprétés avec prudence. Il n'a pas été possible de combiner les essais pour le critère de jugement principal (LOER), mais des essais individuels ont rapporté des temps d'induction plus rapides (typiquement, gain de 24 à 82 secondes, 41 secondes (31,37 à 50,62)) avec une concentration initiale élevée de sévoflurane (six études, 443 participants, preuves de faible qualité). L'apnée semblait être plus fréquente dans le groupe à concentration initiale élevée de sévoflurane (risque relatif (RR) 3,14, intervalle de confiance (IC) à 95 % 1,72 à 5,7, deux études, 160 participants, preuves de faible qualité). Nous n'avons trouvé aucune preuve de différences entre les deux groupes dans l'incidence de la toux (rapport des cotes (RC) 1,23, IC à 95 % 0,53 à 2,81 ; huit études, 589 participants, preuves de faible qualité), du laryngospasme (RC 1,59, IC à 95 % 0,16 à 15,9, sept études, 588 participants, preuves de faible qualité), du blocage de la respiration (RC 1,16, IC à 95 % 0,47 à 2,83, cinq études, 389 participants, preuves de faible qualité), du mouvement du patient (RR 1,14, IC à 95 % 0,69 à 1,89, cinq études, 445 participants, preuves de faible qualité) ou de la bradycardie (RC 0,8, IC à 95 % 0,22 à 2,88, trois études, 199 participants, preuves de faible qualité), et l'incidence globale des complications était faible.

Notes de traduction: 

Post-édition : Monika Antic (M2 ILTS, Université Paris Diderot)

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.