Systèmes de rappel pour améliorer l'assiduité des patients dans les centres de traitement de la tuberculose

Cette revue Cochrane résume des essais évaluant les effets des systèmes de rappel sur la fréquentation des centres de traitement de la tuberculose et sur l'exécution du traitement de la tuberculose. Après avoir recherché les essais pertinents jusqu'au 29 août 2014, nous avons inclus 9 essais portant sur 4 654 sujets.

Que sont les systèmes de rappel et en quoi peuvent-ils être utiles ?

Pour être efficace, le traitement de la tuberculose oblige à prendre plusieurs médicaments par jour pendant au moins six mois. De ce fait, certains patients cessent de se présenter en consultation et de prendre leurs médicaments quand ils commencent à se sentir mieux, ce qui peut entraîner une récidive de la maladie et le développement de résistances aux médicaments. L'une des stratégies préconisées par l'Organisation mondiale de la Santé consiste en ce qu'une personne désignée (professionnel de santé ou bénévole) regarde le patient prendre des médicaments chaque jour (méthode dite d'observation directe). Il existe aussi des systèmes de rappel qui incitent les patients à se présenter à leurs rendez-vous à l'heure ou relancent les patients qui ont manqué un rendez-vous ou y sont venus en retard. Ces messages peuvent prendre la forme d'appels téléphoniques ou de lettres avant le rendez-vous suivant (« rappels avant rendez-vous ») ou encore d'appels téléphoniques, de lettres ou de visites à domicile après un rendez-vous manqué (« rappels après absence »).

Que dit la recherche ?

Pour les personnes traitées pour une tuberculose active :

- Un plus grand nombre de personnes se sont présentées au centre et ont mené à terme le traitement de la tuberculose avec des appels téléphoniques avant les rendez-vous (preuves de faible qualité).

- Un plus grand nombre de personnes se sont présentées au centre et ont mené à terme le traitement de la tuberculose avec une politique de rappels après absence( preuves de qualité faible et modérée, respectivement ).

Pour les personnes suivant une prophylaxie de la tuberculose :

- Un plus grand nombre de personnes se sont présentées au centre avec des appels téléphoniques avant rendez-vous, et le nombre de personnes venues à la consultation finale a été plus élevé avec des appels téléphoniques ou des visites à domicile de personnel infirmier tous les trois mois.

Pour les personnes faisant l'objet d'un dépistage de la tuberculose :

- Un nombre comparable de personnes se sont présentées au centre pour la vérification des tests cutanés avec et sans appels téléphoniques avant les rendez-vous (preuves de faible qualité).

- Un nombre comparable de personnes ayant et n'ayant pas emporté chez elles des cartes de rappel se sont présentées au centre pour la vérification des tests cutanés.

Conclusions des auteurs: 

Les procédures d'envoi de rappels avant rendez-vous et de relance des patients qui manquent des rendez-vous semblent compléter judicieusement les programmes de lutte contre la tuberculose, et les preuves disponibles, quoique limitées, suggèrent qu'elles pourraient avoir des avantages modestes mais potentiellement importants. Des études des technologies modernes telles que les rappels par messages sur téléphone portable (SMS) seraient utiles, en particulier dans les situations de faibles ressources.

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Contexte: 

Les personnes atteintes d'une tuberculose doivent suivre leur traitement pendant six mois. Certaines ont parfois des difficultés à aller jusqu'au bout du traitement ; il existe plusieurs méthodes pour les y aider. L'une de ces stratégies prévoit une série de rappels : le personnel de santé invite les patients à se présenter à leurs rendez-vous à l'heure ou relance les patients qui ont manqué un rendez-vous ou y sont venus en retard.

Objectifs: 

Évaluer les effets des systèmes de rappel sur l'amélioration de la présence aux rendez-vous de diagnostic de la tuberculose, de prophylaxie et de et sur les résultats du traitement de la tuberculose.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué une recherche dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur les maladies infectieuses, le registre spécialisé du groupe Cochrane sur l'efficacité des pratiques et l'organisation des soins, CENTRAL, MEDLINE, EMBASE, LILACS, CINAHL, SCI-EXPANDED, SSCI, mREC et l'Indian Journal of Tuberculosis, sans restriction de langue, jusqu'au 29 août 2014. Nous avons également passé au crible les références bibliographiques d'articles et contacté des chercheurs dans ce domaine.

Critères de sélection: 

Essais contrôlés randomisés (ECR), y compris les ECR en grappe et les quasi-ECR, et études « avant-après » contrôlées comparant des systèmes de rappel avec l'absence de rappels ou avec un autre système de rappel dans le contexte de rendez-vous pour le diagnostic, la prophylaxie et le traitement de la tuberculose.

Recueil et analyse des données: 

Deux auteurs de cette revue ont indépendamment extrait les données et évalué les risques de biais des essais inclus. Nous avons comparé les effets des interventions à l'aide des risques relatifs (RR) et présenté les RR avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. En outre, nous avons évalué la qualité des preuves en utilisant l'approche GRADE.

Résultats principaux: 

Neuf essais, portant sur 4 654 participants, répondaient à nos critères d'inclusion. Cinq essais évaluaient les rappels de rendez-vous de patients en cours de traitement pour une tuberculose active, deux les rappels de personnes suivant une prophylaxie pour une tuberculose latente, et quatre ceux de personnes subissant un dépistage de la tuberculose à l'aide des tests cutanés. Nous avons classé les interventions en « rappels avant rendez-vous » (appels téléphoniques ou des lettres avant un rendez-vous) ou « rappels après absence » (appels téléphoniques, lettres ou visites à domicile pour les personnes qui ont manqué un rendez-vous).

Pour les personnes traitées pour une tuberculose active, la fréquentation du centre et la poursuite jusqu'à son terme du traitement de la tuberculose étaient plus fréquentes parmi les patients recevant des rappels avant rendez-vous par téléphone (fréquentation des centres : 66 % contre 50 % ; RR 1,32, IC à 95 % de 1,10 à 1,59, un essai (USA), 615 participants, preuves de faible qualité ; poursuite jusqu'à son terme du traitement de la tuberculose : 100 % contre 88 % ; RR 1,14, IC à 95 % de 1,2 à 1,27, un essai (Thaïlande), 92 participants, preuves de faible qualité). L'assiduité au centre de traitement et la poursuite du traitement de la tuberculose étaient également plus fréquentes avec des rappels après absence (lettres ou visites à domicile) (fréquentation du centre : 52 % contre 10 % ; RR 5,04, IC à 95 % de 1,61 à 15,78, un essai (Inde), 52 participants, preuves de faible qualité ; poursuite du traitement jusqu'à son terme : RR 1,17, IC à 95 % de 1,11 à 1,24, deux essais (Irak et Inde), 680 participants, preuves de qualité modérée).

Pour les personnes suivant une prophylaxie de la tuberculose, la fréquentation du dispensaire était plus élevée avec une politique de rappels avant rendez-vous par téléphone (63 % contre 48 % ; RR 1,30, IC à 95 % de 1,07 à 1,59, un essai (USA), 536 participants) et la participation à la consultation finale plus élevée des appels téléphoniques ou des visites d'infirmières tous les trois mois (93 % contre 65 %, un essai (Espagne), 318 participants).

Pour les personnes subissant un dépistage de la tuberculose, trois essais portant sur des rappels téléphoniques avant rendez-vous trouvent peu ou pas d'effet sur la proportion de personnes qui retournent au centre pour le résultat de leur test cutané (trois essais, 1 189 participants, preuves de faible qualité), et deux essais trouvent peu ou pas d'effet avec des cartes de rappel à emporter chez soi (deux essais, 711 participants). Les quatre essais ont été menés auprès des volontaires en bonne santé aux États-Unis.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.