Les acides gras omega-3 pour le traitement de la dépression chez l'adulte

Conclusions des auteurs: 

À l'heure actuelle, nous ne disposons pas de suffisamment de preuves de grande qualité pour déterminer les effets des acides gras n-3 polyinsaturés en tant que traitement des TDM. Nos principales analyses suggèrent un effet bénéfique des acides gras n-3 polyinsaturés petit à modeste, non cliniquement significatif sur la symptomatologie dépressive par rapport à un placebo ; cependant, l'estimation est imprécise, et nous avons estimé que la qualité des preuves sur lesquelles ce résultat est basé était faible ou très faible. Les analyses de sensibilité, du graphique en entonnoir et la comparaison de nos résultats avec ceux des essais bien conduits et de grande taille suggèrent également que l'estimation de cet effet est probablement biaisée en faveur d'un résultat positif pour les acides gras n-3 polyinsaturés et que l'effet réel est probablement plus petit. Cependant, nos résultats suggèrent également des taux similaires d'événements indésirables et de nombre de patients ne terminant pas les essais dans les groupes acides gras n-3 polyinsaturés et placebo, mais là encore nos estimations sont très imprécises. La seule étude qui compare directement les acides gras n-3 polyinsaturés et les antidépresseurs dans notre revue décèle un bénéfice comparable. Davantage de preuves et des preuves plus complètes sont nécessaires, en particulier concernant les éventuels effets positifs et négatifs des acides gras n-3 polyinsaturés pour le TDM.

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Contexte: 

Le trouble dépressif majeur (TDM) est très invalidant, difficile à traiter, a un taux élevé de récidive et un impact négatif sur l'individu et la société. Les acides gras n-3 polyinsaturés, également nommés oméga-3 sont un traitement émergeant possible des TDM, ils sont naturellement présents dans les poissons gras, certains fruits de mer, fruits à coque dure et graines. Plusieurs sources de preuves suggèrent un rôle des acides gras n-3 polyinsaturés dans le TDM, mais les preuves sont loin d'être concluantes. Des revues et des méta-analyses démontrent nettement l'hétérogénéité entre les études. L'investigation des hétérogénéités suggère des effets différentiels des acides gras n-3 polyinsaturés en fonction de la gravité des symptômes dépressifs, avec aucun effet observé des acides gras n-3 polyinsaturés dans les études portant sur des individus présentant une symptomatologie dépressive légère, mais un bénéfice possible peut être suggéré dans les études portant sur des individus atteints d'une symptomatologie dépressive plus sévère.

Objectifs: 

Évaluer les effets des acides gras n-3 polyinsaturés (également nommés acides gras oméga-3) par rapport à un comparateur (par exemple, placebo, traitement antidépresseur, soins standards, absence de traitement, liste d'attente témoin) pour un trouble dépressif majeur (TDM) chez l'adulte.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué des recherches dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur la dépression, l'anxiété et la névrose et dans les registres d'essais internationaux sur toutes les années jusqu'à mai 2015. Nous avons effectué des recherches dans la base de données CINAHL sur toutes les années jusqu'à septembre 2013.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des études dans la revue si elles étaient : un essai contrôlé randomisé ; avec des acides gras n-3 polyinsaturés comme intervention ; utilisaient un comparateur ; mesuraient la symptomatologie dépressive comme critère de jugement ; et avaient été réalisées chez des adultes atteints de TDM. Les principaux critères de jugement étaient la symptomatologie dépressive (recueil de données continues à l'aide d'une échelle d'évaluation validée) et les événements indésirables. Les critères de jugement secondaires étaient la symptomatologie dépressive (données dichotomiques sur la rémission et la réponse), la qualité de vie et l'abandon de l'étude.

Recueil et analyse des données: 

Nous avons utilisé les procédures méthodologiques standards prévues par Cochrane.

Résultats principaux: 

Nous avons trouvé 26 études pertinentes : 25 études portant sur un total de 1438 participants ayant étudié l'impact de la supplémentation en acides gras n-3 polyinsaturés par rapport à un placebo et une étude portant sur 40 participants ayant étudié l'impact de la supplémentation en acides gras n-3 polyinsaturés par rapport à un traitement antidépresseur.

Pour la comparaison avec un placebo, la supplémentation en acides gras n-3 polyinsaturés a pour résultat un bénéfice petit à modeste pour la symptomatologie dépressive par rapport au placebo : différence moyenne standardisée (DMS) de -0,32 (intervalle de confiance à 95 % (IC) -0,12 à -0,52 ; 25 études, 1373 participants, preuves de très faible qualité), mais cet effet est peu susceptible d'avoir une signification clinique (une DMS de 0,32 représente une différence entre les groupes pour les scores de l'échelle HDRS (17-item) d'environ 2,2 points (IC à 95 % de 0,8 à 3,6)). Les intervalles de confiance incluent tant un possible effet cliniquement important qu'un possible effet négligeable, et il existe une hétérogénéité considérable entre les études. Bien que le nombre d'individus présentant des événements indésirables était similaire dans le groupe de l'intervention et les groupes sous placebo (rapport des cotes (RC) 1,24, IC à 95 % 0,95 à 1,62 ; 19 études, 1207 participants ; preuves de qualité très médiocre), les intervalles de confiance incluent tant une augmentation significative des événements indésirables avec les acides gras n-3 polyinsaturés qu'une possible légère diminution. Les taux de rémission et de réponse, de qualité de vie, et les taux d'abandon des études étaient également similaires entre les groupes, mais les intervalles de confiance sont également larges.

Les preuves sur lesquelles ces résultats reposent sont très limitées. Toutes les études qui ont fourni des données pour nos analyses relevaient directement de notre question de recherche, cependant, pour tous les critères de jugement, nous avons évalué la qualité des preuves comme faible à très faible. Le nombre d'études et le nombre de participants ayant fourni des données pour toutes les analyses étaient faibles et la plupart des études étaient de petite taille et jugées à risque élevé de biais sur plusieurs mesures. Nos analyses sont également hautement susceptibles d'avoir été influencées par trois essais de grande taille. Bien que nous avons jugé ces essais comme étant à faible risque de biais, ils occasionnent de 26,9 % à 82 % des données. Nos estimations de la taille de l'effet sont également imprécises. L'asymétrie du graphique en entonnoir et les analyses de sensibilité (utilisant des modèles à effets fixes et seulement les études jugées comme étant à faible risque de biais de sélection, de biais de performance ou de biais d'attrition) suggèrent également un probable biais en faveur d'un résultat positif pour les acides gras n-3 polyinsaturés. Il y avait une hétérogénéité substantielle dans les analyses de notre principal critère de jugement, la symptomatologie dépressive. Cette hétérogénéité ne s'expliquait pas par la présence ou l'absence de comorbidités ni par la présence ou l'absence de traitement d'appoint.

Une seule étude était disponible pour la comparaison avec un antidépresseur, portant sur 40 participants. Cette étude n'a trouvé aucune différence entre le traitement avec des acides gras n-3 polyinsaturés et le traitement avec des antidépresseurs sur la symptomatologie dépressive (différence moyenne (DM) de -0,70 (IC à 95 % de -5,88 à 4,48)), les taux de réponse au traitement ou d'abandon. Les événements indésirables n'étaient pas rapportés de manière appropriée pour l'analyse, et les taux de rémission de la dépression et de qualité de vie n'étaient pas rapportés.

Notes de traduction: 

Traduction réalisée par Dr Daniel Pinchenzon et révisée par Cochrane France

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.