L'utilisation du médicament immunosuppresseur mitoxantrone (MX) chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP)

Ceci est une mise à jour de la version précédemment publiée de cette revue Cochrane.

La SEP est considérée comme un trouble immunitaire chronique du système nerveux central (SNC), caractérisé par de multiples zones d'inflammation et de démyélinisation. Plusieurs médicaments tels que les stéroïdes et les agents immunomodulateurs et immunosuppresseurs sont utilisés pour traiter l'évolution de la maladie. Parmi ceux-ci, la MX, un agent immunosuppresseur largement utilisé pour le traitement du cancer du sein et de la leucémie, a été testée sur des sujets atteints de SEP. Quarante articles avaient été identifiés au moyen de la stratégie initiale de recherche jusqu'à avril 2005, dont quatre répondaient aux critères d'inclusion et avaient été inclus dans la revue. Pour la présente mise à jour, 220 autres références ont été identifiées par la recherche (de 2005 à juin 2012). Quatre études ont été sélectionnées et les articles complets ont été examinés, mais aucune ne remplissait les critères d'inclusion. En outre, les auteurs ont décidé d'exclure un des quatre articles inclus précédemment parce qu'il ne remplissait pas les critères actuels d'inclusion. Le texte et l'analyse statistique ont été amendés en conséquence. Trois essais ont contribué à cette revue, comprenant au total 221 participants. Les données montrent que la MX avait été modérément efficace pour réduire le risque de progression de la SEP et la fréquence des rechutes dans le suivi à court terme (jusqu'à deux ans) des patients souffrant d'aggravation de SEP récurrente-rémittente (SEP-RR), de SEP récurrente progressive (SEP-RP) et de SEP secondaire progressive (SEP-SP). Il faut toutefois être prudent dans l'interprétation de ces résultats en raison de l'hétérogénéité des caractéristiques et de la qualité des essais inclus, qui sont différents quant aux programmes de traitement et aux types de patients recrutés.

Les effets indésirables les plus fréquemment rencontrés avaient été les nausées et les vomissements, l'alopécie, les infections des voies urinaires et la leucopénie transitoire ; 35 % des participantes traitées à la MX avaient développé une aménorrhée transitoire et près de 15 % avaient développé une aménorrhée persistante qui était encore présente à la fin de la période de suivi. Les données d'études à suivi plus long, hors des essais inclus, ont soulevé des craintes de cardiotoxicité et de leucémie aiguë survenant respectivement chez environ 12 % et 0,8 % des patients traités par MX.  

Pour ces raisons, le traitement par MX devrait être limité aux patients atteints d'aggravation de SEP-RR et de SEP-SP après une évaluation minutieuse des profils de risque et de bénéfice du patient, compte tenu également de la disponibilité à ce moment-là de thérapies alternatives aux effets indésirables moins graves. De plus, les patients traités par MX doivent être suivis après la fin du traitement afin de contrôler le risque d'événements indésirables graves.

Conclusions des auteurs: 

La MX montre une efficacité significative mais partielle pour réduire, dans un suivi à court terme (deux ans), le risque de progression de la SEP et la fréquence des rechutes chez les patients souffrant d'aggravation de SEP-RR, SEP-RP et SEP-SP. Aucun événement néoplasique majeur ou cardiotoxicité symptomatique lié à la MX n'a été rapporté, mais les études à plus long suivi (non inclus dans cette revue) ont soulevé des craintes quant au risque de dysfonctionnement systolique (~ 12 %) et de leucémies aiguës liés au traitement (0,8 %), qui sont de plus en plus souvent signalés dans la littérature.

La MX devrait être limitée au traitement de patients atteints d'aggravation de SEP-RR et de SEP-SP et chez qui une activité inflammatoire persistante est démontrée, après évaluation minutieuse des profils de risque et de bénéfice du patient. L'évaluation devrait également prendre en compte la disponibilité présente de thérapies alternatives aux effets indésirables moins graves.

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Contexte: 

Ceci est une mise à jour de la version précédemment publiée de cette revue Cochrane.

Il a été montré que la mitoxantrone (MX) est modérément efficace pour réduire les mesures de résultat cliniques de l'activité de la maladie chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP).

Objectifs: 

L'objectif principal était d'évaluer l'efficacité et l'innocuité de la MX par rapport à un groupe témoin chez les patients atteints de SEP dans les formes récurrente-rémittente (SEP-RR), récurrente progressive (SEP-RP) et secondaire progressive (SEP-SP).

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons effectué une recherche dans le registre spécialisé du groupe Cochrane sur la sclérose en plaques et les maladies rares du système nerveux central (juin 2012) et dans les références bibliographiques d'articles. Nous avons également entrepris une recherche manuelle et contacté des investigateurs et des compagnies pharmaceutiques.

Critères de sélection: 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR) en double-aveugle ayant comparé l'administration de MX à celle d'un placebo ou bien un traitement de MX avec stéroïdes à un traitement placebo avec stéroïdes.

Recueil et analyse des données: 

Les auteurs de la revue ont indépendamment sélectionné les articles à inclure. Ils ont, de manière indépendante, extrait les données cliniques, de sécurité et d'imagerie par résonance magnétique (IRM), résolvant les désaccords par la discussion. Les risques de biais ont été estimés afin d'évaluer la qualité des études. Les effets du traitement étaient mesurés à l'aide des rapports des cotes (RC) avec intervalles de confiance (IC) à 95 % pour les résultats binaires et de la différence moyenne (DM) avec IC à 95 % pour les résultats continus. Si l'hétérogénéité était absente, un modèle à effets fixes a été utilisé.

Résultats principaux: 

Trois essais ont été sélectionnés et 221 participants ont été inclus dans ces analyses. La MX réduit la progression du handicap à deux ans de suivi (proportion de participants ayant une progression du handicap confirmée sur six mois (RC 0,30 [IC 95% 0,09 à 0,99] et DM -0.36 [IC 95% -0,70 à -0,02 ; P = 0,04)). Des résultats significatifs ont été trouvés en ce qui concerne la réduction du taux de rechute annualisé (DM -0,85 ; IC 95% -1,47 à -0,23 ; P = 0,007), la proportion de patients exempts de rechute à un an (RC 7,13 ; IC 95% 2,06 à 24,61 ; P = 0,002) et à deux ans (RC 2,82 ; IC 95% 1,54 à 5,19 ; P = 0,0008), et le nombre de patients présentant des lésions IRM actives à six mois ou un an seulement (RC 0,24 ; IC 95% 0,10 à 0,57 ; P = 0,001). Les effets indésirables rapportés lors des essais (aménorrhée, nausées et vomissements, alopécie et infections des voies urinaires) ont été plus fréquents chez les patients traités que chez les témoins, mais aucun événement indésirable majeur n'a été signalé. Ces résultats doivent être considérés avec prudence en raison des caractéristiques hétérogènes des essais inclus en terme de dosage des médicaments, de critères d'inclusion et de qualité des essais inclus. De plus, il n'a pas été possible d'estimer l'efficacité et l'innocuité à long terme de la MX.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.