Épargne cellulaire (récupération du sang du patient pendant la chirurgie) pour réduire les transfusions de sang provenant de donneurs

Certains patients subissant une chirurgie nécessitent des transfusions sanguines pour compenser la perte de sang qui se produit au cours de la procédure. Souvent, le sang utilisé pour la transfusion provient d'un donneur volontaire. Les risques associés à la réception de sang provenant d'un donneur volontaire ayant fait l'objet d'un dépistage approprié dans un laboratoire moderne bien géré sont minimes, et le risque de contracter des maladies telles que le VIH et l'hépatite C est extrêmement faible. Néanmoins, dans de nombreux pays en voie de développement où la prévalence de ces infections est élevée et où les services de transfusion ne sont pas suffisamment bien équipés pour effectuer un dépistage aussi rigoureux du sang des donneurs, des questions se posent concernant la sécurité des transfusions. Bien que les risques de contracter une maladie suite à une transfusion sanguine soient faibles dans les pays développés, les coûts associés à l'obtention d'un produit sanguin sûr et fiable ne cessent d'augmenter. Les stratégies alternatives visant à limiter le recours à une transfusion de sang provenant d'un donneur suscitent donc de plus en plus d'intérêt.

L'épargne cellulaire, également connue sous le nom d'autotransfusion, est une technique conçue pour limiter le recours à ces transfusions. Elle consiste à recueillir le sang d'un patient sur le site opératoire afin de le transfuser à la même personne pendant ou après la chirurgie, selon les besoins.

Les auteurs ont entrepris cette revue systématique afin d'examiner les preuves d'efficacité de l'épargne cellulaire pour réduire le recours aux transfusions de sang provenant de donneurs chez les adultes (de plus de 18 ans) subissant une chirurgie.

Les auteurs ont identifié 75 études examinant l'efficacité de l'épargne cellulaire dans la chirurgie orthopédique (36 études), cardiaque (33 études) et vasculaire (6 études). Dans l'ensemble, les résultats indiquent que l'épargne cellulaire limite le recours aux transfusions de sang de donneurs. Les auteurs en concluent que les preuves semblent suffisantes pour recommander l'utilisation de l'épargne cellulaire dans la chirurgie cardiaque et orthopédique. L'épargne cellulaire ne semble entraîner aucun résultat clinique indésirable.

Compte tenu de la faible qualité méthodologique des essais, ces résultats pourraient présenter un biais favorable à l'épargne cellulaire. Des essais à grande échelle et de haute qualité méthodologique évaluant l'efficacité, l'innocuité et le rapport coût-efficacité de l'épargne cellulaire dans différentes interventions chirurgicales sont nécessaires dans ce domaine.

Conclusions des auteurs: 

Les résultats suggèrent que l'épargne cellulaire est efficace pour réduire le recours à une allotransfusion de globules rouges dans la chirurgie cardiaque et orthopédique non urgente chez l'adulte. L'utilisation de l'épargne cellulaire ne semblait avoir aucun impact négatif sur les résultats cliniques. Néanmoins, la qualité méthodologique des essais était faible. Les essais étaient ouverts et l'assignation secrète n'était pas appropriée, de sorte que les pratiques de transfusion pourraient avoir été influencées par la connaissance du traitement assigné aux patients, ce qui pourrait avoir biaisé les résultats en faveur de l'épargne cellulaire.

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Contexte: 

Les préoccupations relatives à la sécurité des transfusions sanguines ont poussé la communauté médicale à reconsidérer l'utilisation de l'allotransfusion de globules rouges (provenant d'un donneur sans lien de parenté) et à développer diverses techniques visant à limiter le recours à une transfusion.

Objectifs: 

Examiner les preuves d'efficacité de l'épargne cellulaire pour limiter l'allotransfusion, ainsi que les preuves d'effets sur les résultats cliniques.

La stratégie de recherche documentaire: 

Nous avons identifié des études en consultant CENTRAL (Bibliothèque Cochrane 2009, numéro 2), MEDLINE (1950 à juin 2009), EMBASE (1980 à juin 2009), Internet (jusqu'en août 2009), ainsi que les références bibliographiques des articles publiés.

Critères de sélection: 

Les essais contrôlés randomisés avec groupe témoin concomitant dans lesquels des patients adultes, pour lesquels une chirurgie non urgente était planifiée, étaient randomisés pour une épargne cellulaire (autotransfusion) ou assignés à un groupe témoin sans épargne cellulaire.

Recueil et analyse des données: 

Les données ont été extraites et le risque de biais des essais a été évalué de manière indépendante. Les risques relatifs (RR) et les différences moyennes pondérées (DMP) ont été calculés avec des intervalles de confiance (IC) à 95 %. Les données ont été combinées à l'aide d'un modèle à effets aléatoires. Les critères de jugement principaux étaient le nombre de patients exposés à une allotransfusion de globules rouges et la quantité de sang transfusée. Les autres résultats cliniques sont détaillés dans la revue.

Résultats principaux: 

Au total, 75 essais ont été inclus. Dans l'ensemble, l'utilisation de l'épargne cellulaire entraînait une réduction relative de 38 % du taux d'exposition à une allotransfusion de globules rouges (RR de 0,62 ; IC à 95% entre 0,55 et 0,70). La réduction absolue du risque (RAR) de recevoir une allotransfusion de globules rouges était de 21 % (IC à 95 %, entre 15 et 26 %). Dans les procédures orthopédiques, le RR d'exposition à une transfusion de globules rouges était de 0,46 (IC à 95 %, entre 0,37 et 0,57), contre 0,77 (IC à 95 %, entre 0,69 et 0,86) dans les procédures cardiaques. L'utilisation de l'épargne cellulaire entraînait une épargne moyenne de 0,68 unité de globules rouges allogéniques par patient (DMP de -0,68 ; IC à 95% entre -0,88 et 0,49). L'épargne cellulaire ne semblait présenter aucun impact négatif sur les résultats cliniques.

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Les traductions sur ce site ont été rendues possibles grâce à la contribution financière du Ministère français des affaires sociales et de la santé et des instituts publics de recherche canadiens.