La prégabaline pour le traitement de la douleur dans la fibromyalgie de l’adulte

Bilan

Nous avons trouvé des données de bonne qualité prouvant que la prégabaline, prise à des doses quotidiennes de 300 à 600 mg, réduisait fortement la douleur chez environ 1 personne sur 10 souffrant de douleurs modérées ou sévères causées par une fibromyalgie. La réduction de la douleur est associée à des améliorations d’autres symptômes, de la qualité de vie et de la capacité fonctionnelle.

Contexte

La fibromyalgie est caractérisée par des douleurs et des sensibilités étendues et persistantes, des troubles du sommeil et une fatigue. Les médicaments antalgiques courants, comme le paracétamol et l’ibuprofène, ne sont généralement pas considérés comme efficaces. Certains médicaments utilisés pour traiter l’épilepsie ou la dépression peuvent être efficaces chez certaines personnes souffrant de fibromyalgie et d’autres formes de douleurs chroniques (persistantes et de longue durée) qui peuvent être associées à des lésions nerveuses. La prégabaline est un anticonvulsivant autorisé pour traiter la fibromyalgie dans certaines parties du monde, en particulier aux États-Unis.

Ceci est une mise à jour d’une revue publiée pour la première fois en 2009, qui examinait les effets de la prégabaline sur tous les types de douleur. Dans la présente revue, nous nous sommes concentrés sur les douleurs dans la fibromyalgie. La revue précédente a montré que la prégabaline était efficace sur un petit pourcentage des personnes atteintes de fibromyalgie, dans la même mesure que les autres traitements de la fibromyalgie et autant que pour les pathologies douloureuses chroniques plus généralement. Notre définition de l’efficacité impliquait à la fois un bon soulagement de la douleur et la possibilité de prendre le médicament pendant une longue durée sans effets secondaires intolérables.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons recherché dans des bases de données scientifiques des études examinant les effets de la prégabaline chez des adultes souffrant de fibromyalgie avec des douleurs modérées ou sévères. Le traitement devait durer au moins huit semaines. Les preuves sont à jour à la date de mars 2016.

Huit études remplissaient les critères d’inclusion, dont trois nouvelles études par rapport à la première version de la revue. Cinq études randomisaient 3283 participants entre un traitement immédiat avec la prégabaline et un placebo. Deux études ont identifié 687 participants sur 1492 dont la douleur répondait bien et qui toléraient le médicament, qui ont ensuite été randomisés entre la poursuite du traitement avec la prégabaline et un placebo. Ces études étaient de bonne qualité. Aucune autre n’a livré de données utiles.

Principaux résultats

Des données probantes de bonne qualité ont montré qu’une personne sur dix souffrant de douleurs fibromyalgiques modérées à sévères rapportait une forte diminution des douleurs, d’un tiers à la moitié, sur 12 à 26 semaines. Ceci constitue un paramètre de résultat que les personnes atteintes de fibromyalgie jugent utile. La dose de prégabaline était de 300 à 600 mg par jour.

Des effets secondaires ont été observés chez 8 ou 9 personnes sur 10, souvent pendant l’ajustement de la dose. Les effets secondaires spécifiques comprenaient des étourdissements (1 participant sur 4), une la somnolence (1 sur 7), une prise de poids (1 sur 18) et un œdème périphérique (1 sur 19) (données de bonne qualité). Les effets secondaires graves n’étaient pas plus fréquents avec la prégabaline qu’avec le placebo, à 1 ou 2 sujets sur 100. Environ 1 participant sur 10 de plus sous prégabaline a abandonné l’étude en raison d’effets secondaires, et 1 sur 17 de moins parce que le médicament était inefficace.

Qualité des données probantes

Les données probantes étaient généralement de bonne qualité, ce qui signifie que nous sommes très certains que l’effet réel est proche de son estimation dans cette revue. Les doutes concernant la manière dont les informations étaient gérées après l’abandon de patients étaient contrebalancés par d’autres informations montrant que cela n’avait eu aucune incidence notable sur les résultats.

Conclusions des auteurs : 

La prégabaline dosée entre 300 et 600 mg produit une réduction importante de l’intensité de la douleur pendant 12 à 26 semaines, avec des événements indésirables tolérables, pour un petit nombre de patients (environ 10 % de plus que le placebo) souffrant de douleurs modérées ou sévères causées par une fibromyalgie. On sait que le degré de réduction de la douleur est accompagné d’améliorations d’autres symptômes, de la qualité de vie et des fonctions. Ces résultats sont similaires à ceux d’autres médicaments efficaces dans la fibromyalgie (milnacipran, duloxétine).

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Contexte : 

Cette revue est une mise à jour partielle d’une revue Cochrane précédente sur la prégabaline contre la douleur aiguë et chronique chez l’adulte (Moore 2009 ) et porte seulement sur la douleur dans la fibromyalgie.

L’utilisation de médicaments antiépileptiques pour traiter la douleur remonte aux années 1960. La prégabaline est un anticonvulsivant qui est également utilisé pour le traitement des troubles douloureux chroniques et notamment de la fibromyalgie. La réduction de la douleur par la prégabaline est associée à des bénéfices majeurs pour d’autres symptômes et à l’amélioration de la qualité de vie et des fonctions des personnes souffrant d’affections chroniques douloureuses.

Objectifs : 

Évaluer l’efficacité analgésique et les effets indésirables de la prégabaline contre la douleur dans la fibromyalgie chez l’adulte, par rapport à un placebo ou à un agent actif de comparaison.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL), MEDLINE et EMBASE pour trouver des essais contrôlés randomisés, de leur date de création respective à mai 2009, pour la revue originale, et au 16 mars 2016 pour la présente mise à jour. Nous avons également effectué des recherches dans les références bibliographiques des études trouvées et de revues, ainsi que dans les registres d’essais cliniques en ligne.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus des essais randomisés en double aveugle, d’une durée de huit semaines ou plus, comparant la prégabaline à un placebo ou à un autre traitement actif pour le traitement de la douleur dans la fibromyalgie et rapportant l’effet analgésique de la prégabaline, avec une évaluation subjective de la douleur par les patients.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont extrait indépendamment les données et évalué la qualité des essais et des biais potentiels. Les critères d’évaluation principaux étaient le nombre de participants dont la douleur était modérément soulagée (diminution d’au moins 30 % de la douleur par rapport à l’inclusion ou douleur « très améliorée » ou « vraiment très améliorée » sur l’échelle de changement global subjectif ressenti par le patient (PGIC)) ou notablement soulagée (diminution d’au moins 50 % par rapport à l’inclusion ou douleur « vraiment très améliorée » sur l’échelle PGIC). Lorsqu’une analyse groupée était possible, nous avons utilisé des données dichotomiques pour calculer le risque relatif et le nombre de sujets à traiter (NST), au moyen de méthodes standard. Nous avons évalué la qualité des données en utilisant le système GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation) et créé des tableaux de résumés des résultats.

Résultats principaux : 

Nos recherches ont identifié deux nouvelles études publiées de conception classique et une nouvelle étude « enriched enrolment randomised withdrawal » (EERW).

Nous avons inclus huit études. Cinq (3283 participants) avaient un plan classique, dans lequel les participants étaient randomisés au début de l’étude entre la prégabaline (150, 300, 450 ou 600 mg par jour) et un placebo, avec une évaluation après 8 à 13 semaines de traitement à dose stable. Aucune étude n’incluait d’agents de comparaison actifs. Les études présentaient un faible risque de biais, à ceci près que l’analyse des principaux critères d’évaluation par la méthode LOCF (imputation par report de la dernière observation reportée) pourrait surestimer l’effet du traitement.

La prégabaline a augmenté le nombre de participants ressentant un bénéfice substantiel (au moins 50 % de réduction de l'intensité de la douleur après 12 ou 13 semaines de traitement à dose stable (450 mg : RR 1,8, IC à 95 % de 1,4 à 2,1, 1874 participants, 5 études, données de bonne qualité)). Avec un dosage de 300 à 600 mg, un bénéfice subjectif substantiel a été ressenti par près de 14 % des participants avec un placebo, mais environ 9 % de plus sous prégabaline (22 % à 24 %) (données de bonne qualité). La prégabaline a augmenté le nombre de participants ressentant un bénéfice modéré (au moins 30 % de réduction de l'intensité de la douleur après 12 ou 13 semaines de traitement à dose stable) (450 mg : RR 1,5, IC à 95 % (de 1,3 à 1,7), 1874 participants, 5 études, données de bonne qualité). Un bénéfice modéré a été ressenti par près de 28 % des participants avec un placebo, mais environ 11 % de plus sous prégabaline entre 300 et 600 mg (39 % à 43 %) (données de bonne qualité). Un effet de même ampleur a été trouvé en utilisant les niveaux « très amélioré » et « très amélioré à vraiment très amélioré » de l’échelle PGIC. Le NST pour ces critères d’évaluation variait entre 7 et 14 (données de bonne qualité).

Une petite étude (177 participants) comparait des prises de prégabaline deux fois par jour et le soir et a conclu qu’il n’y avait pas de différence en termes d’effet.

Deux études (1492 participants au moment de la titration initiale, 687 participants randomisés) présentaient une conception EERW dans laquelle les personnes dont la douleur était bien soulagée après la titration étaient randomisées, en double aveugle, entre la poursuite à la dose efficace (300 à 600 mg de prégabaline par jour) et un court sevrage avec un placebo pendant 13 ou 26 semaines. Nous avons calculé le critère d’évaluation de la réponse thérapeutique maintenue (RTM) sans abandon, qui équivaut à un bénéfice modéré. Chez les patients randomisés, 40 % avaient une RTM avec la prégabaline et 20 % avec le placebo (données de bonne qualité). Le NST était de 5, mais après normalisation sur la population initiale testée, il passait à 12. Environ 10 % de la population initiale aurait atteint le critère d’évaluation de RTM, ce qui concorde avec les résultats d’études de conception classique. La RTM ne posait pas de problème d’imputation.

La majorité (70 % à 90 %) des participants de tous les groupes de traitement ont rapporté des événements indésirables. Les événements indésirables spécifiques ont été plus fréquents avec la prégabaline qu’avec le placebo, en particulier des vertiges, une somnolence, une prise de poids et un œdème périphérique. Le nombre de sujets à traiter pour observer un effet indésirable supplémentaire était de 3,7, 7,4, 18 et 19 respectivement pour toutes les doses combinées (données de bonne qualité). Les événements indésirables graves n’étaient pas différents entre les groupes de traitement actif et placebo (données de très mauvaise qualité). Les arrêts prématurés pour toute cause étaient plus fréquents avec la prégabaline qu’avec un placebo, uniquement avec la dose de 600 mg et dans les études de conception classiques. Les arrêts prématurés en raison d’événements indésirables étaient d’environ 10 % plus élevés avec la prégabaline qu’avec le placebo, mais ceux motivés par un manque d’efficacité étaient inférieurs d’environ 6 % (données de bonne qualité).

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Suzanne Assénat et révisée par Cochrane France

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