Les corticoïdes dans le traitement de la grippe

Question de la revue

Nous avons examiné les données probantes concernant l'effet d'une corticothérapie additionnelle (« d'appoint ») chez des individus atteints d'une infection grippale.

Contexte

Quand on a la grippe, on a le plus souvent de la fièvre, des maux de tête et on tousse, avant de guérir sans aucun traitement spécifique. Un petit pourcentage de patients développe cependant une forme de grippe particulièrement sévère, nécessitant une hospitalisation en soins intensifs. Des corticoïdes sont souvent prescrits à ces patients dans le cadre de leur traitement, bien que l'intérêt de la corticothérapie dans cette situation soit sujet à controverse.

Caractéristiques de l'étude

Nous avons cherché des études comparant la corticothérapie d'appoint à son absence chez des sujets atteints de la grippe. Les données probantes sont à jour à la date de juin 2015. Nous avons identifié un total de 19 études portant sur 3459 sujets ; aucune de ces études n'était un essai clinique. La majorité des études concernait des adultes hospitalisés avec une grippe pandémique en 2009 et 2010.

Principaux résultats

Nous n'avons pas trouvé d'essais cliniques pertinents sur ce sujet. Les preuves fournies par des études observationnelles étaient de très mauvaise qualité. Nous avons constaté que les patients atteints de la grippe ayant reçu un traitement d'appoint avec des corticoïdes pourraient présenter un risque de décès plus élevé que ceux qui n'avaient pas reçu de corticothérapie. Les infections nosocomiales étaient le principal « effet secondaire » lié à la corticothérapie rapporté dans les études incluses ; de fait, toutes les études ont rapporté un plus grand risque d'infection nosocomiale dans le groupe traité avec les corticoïdes. Il n'a cependant pas été possible d'établir avec certitude si les patients les plus gravement atteints par la grippe avaient été sélectionnés d'emblée pour recevoir une corticothérapie. Par conséquent, il n'est pas possible de déterminer si la corticothérapie d'appoint chez les patients atteints de la grippe est véritablement dangereuse ou non. Des essais cliniques d'une corticothérapie d'appoint dans le traitement de la grippe sont donc nécessaires pour éclaircir la situation. En attendant, l'utilisation de corticoïdes dans la grippe est laissée à l'appréciation clinique des médecins.

Conclusions des auteurs : 

Nous n'avons trouvé aucun ECR terminé portant sur la corticothérapie adjuvante dans le traitement de la grippe. Les preuves fournies par des études observationnelles sont de très mauvaise qualité, avec un problème potentiel de confusion au niveau de l'indication. Bien que nous ayons trouvé une association entre la corticothérapie et une mortalité accrue, ce résultat doit être interprété avec prudence. En présence d'essais cliniques de la corticothérapie adjuvante dans le sepsis et la pneumonie qui rapportent une amélioration des résultats et notamment une baisse de la mortalité, d'autres études de bonne qualité (ECR et études observationnelles) sont nécessaires. Notre revue n'a pas fourni suffisamment de preuves pour déterminer l'efficacité des corticoïdes dans le traitement de la grippe.

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Contexte : 

Les traitements spécifiques contre la grippe sont limités aux inhibiteurs de la neuraminidase et aux adamantanes. Il existe des preuves à l'appui d'un bénéfice des corticoïdes dans le sepsis et les pathologies de même nature, probablement en raison de leurs propriétés anti-inflammatoires et immunomodulatrices. Bien que les corticoïdes soient couramment prescrits dans les cas de grippe sévères, l'incertitude demeure quant à leurs effets bénéfiques ou délétères potentiels.

Objectifs : 

Évaluer systématiquement l'efficacité et les effets indésirables potentiels de corticoïdes en traitement d'appoint de la grippe, compte tenu des différences de moment d'administration et de dosage.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans CENTRAL (2015, numéro 5), MEDLINE (de 1946 à la 1ère semaine de juin 2015), EMBASE (de 1974 à juin 2015), CINAHL (de 1981 à juin 2015), LILACS (de 1982 à juin 2015), Web of Science (de 1985 à juin 2015), des résumés des trois dernières années des principales conférences d'infectiologie et de microbiologie et les références bibliographiques des articles inclus.

Critères de sélection : 

Nous avons inclus des essais contrôlés randomisés (ECR), des essais contrôlés quasi-randomisés et des études observationnelles qui comparaient une corticothérapie à l'absence de corticothérapie dans la grippe ou le syndrome grippal. Nous n'avons pas limité notre recherche d'études en fonction de la langue de publication, des sous-types de grippe, du contexte clinique ou de l'âge des participants. Nous avons sélectionné les études éligibles en deux étapes : examen séquentiel des titres et des résumés, puis du texte intégral.

Recueil et analyse des données : 

Deux paires d'auteurs de la revue ont extrait les données et évalué le risque de biais indépendamment. Lorsqu'il y avait lieu, nous avons regroupé les estimations de l'effet à l'aide de modèles de méta-analyse à effets aléatoires. Nous avons évalué l'hétérogénéité à l'aide de la statistique I2 et la qualité des preuves à l'aide de la méthode GRADE (Grading of Recommendations Assessment, Development and Evaluation).

Résultats principaux : 

Nous avons identifié 19 études éligibles (3459 sujets), toutes observationnelles ; 13 de ces études (1917 sujets) ont pu être incluses dans la méta-analyse de la mortalité. Parmi celles-ci, 12 portaient sur des patients infectés par le virus de la grippe A H1N1 de 2009 (H1N1pdm09). Le risque de biais le plus élevé affectait le « domaine de comparabilité » de l'échelle Newcastle-Ottawa, ce qui suggère une confusion potentielle par l'indication. Les données spécifiques concernant la mortalité étaient de très mauvaise qualité. Les doses rapportées des corticoïdes utilisés étaient élevées et les indications de leur utilisation n'étaient pas bien documentées. À la méta-analyse, la corticothérapie a été associée à une augmentation de la mortalité (rapport des cotes (OR) 3,06, intervalle de confiance (IC) à 95 % de 1,58 à 5,92). L'analyse par sous-groupe des estimations ajustées de mortalité issues de quatre études a révélé une association similaire (OR 2,82, IC à 95 % de 1,61 à 4,92). Trois études ont rapporté des cotes plus élevées d'infection nosocomiale liée à la corticothérapie ; il s'agissait dans tous les cas d'estimations non ajustées et nous avons jugé que les données étaient de très mauvaise qualité.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Suzanne Assénat et révisée par Cochrane France

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