Les professionnels de santé arrivant sur la scène d'un arrêt cardiaque devraient-ils réaliser une séquence de compressions thoraciques avant d'administrer un rapide choc électrique ?

Les arrêts cardiaques en dehors d'un hôpital sont l'une des principales causes de décès dans le monde. Un arrêt cardiaque survient lorsque le rythme cardiaque devient désordonné et lorsque le cœur ne pompe plus suffisamment de sang vers le reste de l'organisme. Des périodes prolongées de réduction de l'apport en oxygène au cerveau peuvent provoquer des lésions permanentes. Un arrêt cardiaque peut être causé par, mais est néanmoins différent, d'une crise cardiaque (un infarctus du myocarde).

Le rythme désordonné produit par le cœur durant un arrêt cardiaque est souvent traité au moyen de chocs électriques (la défibrillation). Les compressions thoraciques sont également très importantes, car celles-ci permettent d'imiter l'effet du cœur en pompant du sang dans l'organisme, et en préservant les organes en leur fournissant de l'oxygène et des nutriments. Certains scientifiques ont suggéré qu'il est plus efficace pour les professionnels de la santé de réaliser une séquence de compressions thoraciques avant d'envoyer un choc électrique pour faire repartir le cœur, plutôt que d'administrer un choc électrique immédiat lorsqu'ils arrivent sur la scène. L'idée sous-jacente est que les compressions thoraciques rendent l'électrochoc plus susceptible d'être efficace, car les compressions thoraciques ont un effet sur le corps pouvant produire un environnement plus propice pour qu'un rythme cardiaque normal s'établisse après la défibrillation. Nous avons décidé d'examiner cette question en réalisant une revue systématique Cochrane pour évaluer si des preuves provenant d'essais cliniques seraient favorables à cette théorie. Nous avons effectué des recherches dans les bases de données disponibles jusqu'en mai 2013 pour trouver des essais pertinents pour la revue, et nous avons inclus quatre essais contrôlés randomisés comprenant un total de 3090 personnes.

Après avoir examiné les études et leurs données disponibles nous n'avons pas pu établir avec certitude si une approche était supérieure par rapport à une autre, et nous n'avons pas pu établir si les deux traitements avaient des effets similaires sur les résultats. Nous n'avons trouvé aucun effet indésirable associé à l'un ou l'autre des traitements. Actuellement, aucune preuve définitive ne permet d'établir si les compressions thoraciques devraient être le traitement initial pour les personnes ayant un arrêt cardiaque en dehors de l'hôpital par rapport aux électrochocs immédiats. Cependant, nous pensons que la quantité et la qualité des recherches actuelles dans ce domaine ne sont pas suffisantes pour permettre des conclusions solides. Pour approfondir notre compréhension de l'efficacité de ces deux stratégies différentes, d'autres essais contrôlés randomisés rigoureusement réalisés sont nécessaires.

Conclusions des auteurs : 

En raison de la faible qualité des preuves disponibles, nous n'avons pas été en mesure de déterminer de façon concluante si la défibrillation immédiate et une minute ou une minute et demie jusqu'à trois minutes de RCR en tant que traitement initial avant la défibrillation ont des effets similaires sur les taux de retour de la circulation sanguine spontanée, la survie à la sortie de l'hôpital ou les atteintes neurologiques.

Nous n'avons pas pu établir si l'une ou l'autre des approches de traitement était supérieure en cas d'arrêt cardiaque en dehors d'un hôpital.

Nous suggérons que ce domaine a besoin de nouvelles recherches rigoureuses au travers d'autres ECR de bonne qualité, comprenant des échantillons de plus grande taille et des analyses en sous-groupes pertinentes.

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Contexte : 

Les arrêts cardiaques soudains (ACS) sont un problème de santé courant associés à des niveaux élevés de mortalité. Un arrêt cardiaque peut être causé par trois groupes de dysrythmiesnbsp: la fibrillation ventriculaire (FV) ou la tachycardie ventriculaire sans pouls (TV), l'activité électrique sans pouls (AESP) et l'asystole. La dysrythmie la plus courante identifiée en cas d'arrêt cardiaque en dehors d'un hôpital est la FV. Durant la FV ou la TV, la réanimation cardio-respiratoire (RCR) permet la perfusion et l'oxygénation des tissus, alors que la défibrillation permet de rétablir un rythme cardiaque viable. Il est établi qu'une défibrillation précoce réussie améliore les résultats en cas de FV/TV. Cependant, il a été suggéré qu'une période de RCR avant la défibrillation crée un environnement physiologique plus favorable permettant d'accroître les chances de succès de la défibrillation. La priorité entre la défibrillation et la RCR reste ainsi débattue. Étant donné que les précédentes études restaient peu concluantes, nous avons mené une revue systématique des preuves disponibles pour tenter d'établir si la RCR associée à une défibrillation retardée ou immédiate mène à de meilleurs résultats en cas d'arrêt cardiaque en dehors de l'hôpital.

Objectifs : 

Examiner si une RCR préalable de une minute et une minute et demie jusqu'à trois minutes, administrée par des ambulanciers avant une défibrillation par rapport à une défibrillation immédiate à l'arrivée a influencé les taux de survie, les critères de jugement neurologiques ou les taux de retour de la circulation sanguine spontanée (RCSS) en cas d'arrêt cardiaque en dehors d'un hôpital.

Stratégie de recherche documentaire : 

Nous avons effectué des recherches dans les bases de données suivantes : le registre Cochrane des essais contrôlés (CENTRAL) (2013, numéro 6), MEDLINE (Ovid) (de 1948 à mai 2013), EMBASE (de 1980 à mai 2013), Institute for Scientific Information) (ISI Web of Science (de 1980 à mai 2013) et China Academic Journal Network Publishing Database (China National Knowledge Infrastructure (CNKI), de 1980 à mai 2013). Nous avons inclus les études publiées dans toutes les langues. Nous avons également effectué des recherches dans les bases de données Current Controlled Trials et dans Clinical Trials pour identifier les essais en cours. Nous avons examiné les références bibliographiques des études incluses dans notre revue en comparaison avec les listes de références des documents de l'International Liaison Committee on Resuscitation (ILCOR).

Critères de sélection : 

Notre groupe de participants se composait d'adultes de plus de 18 ans présentant un arrêt cardiaque en dehors d'un hôpital ayant une FV ou une TV sans pouls au moment de l'arrivée des auxiliaires médicaux des services d'urgence. Nous avons inclus les essais contrôlés randomisés (ECR) et les essais contrôlés quasi-randomisés ayant évalué les effets d'une minute et d'une minute et demie à trois minutes de RCR par rapport à une défibrillation en tant que traitement initial sur la survie et les critères de jugement neurologiques de ces participants. Nous avons exclu les études observationnelles et croisées.

Recueil et analyse des données : 

Deux auteurs de la revue ont indépendamment extrait les données. Nous avons contacté les auteurs des études pour obtenir des données supplémentaires lorsque cela était nécessaire. Le risque relatif (RR) pour chaque critère de jugement a été calculé et résumé dans la méta-analyse après que l'hétérogénéité ait été prise en compte. Nous avons utilisé le logiciel Review Manager pour toutes les analyses.

Résultats principaux : 

Nous avons inclus quatre ECR comprenant un total de 3090 participants recrutés (une étude utilisait un plan en grappes). Trois essais ont été jugés comme ayant un risque de biais relativement faible, et un essai a été considéré comme ayant un risque relativement élevé. Lorsque la survie à la sortie de l'hôpital était mesurée, 38 participants sur 320 (11,88 %) ont survécu à la sortie de l'hôpital dans le groupe de la RCR initiale avant une défibrillation retardée par rapport à 39 participants sur 338 (11,54 %) dans le groupe recevant une défibrillation immédiate (RR 1,09, IC à 95 % de 0,54 à 2,20, Chi2= 10,78, degrés de liberté (ddl) = 5, valeur de P 0,06, I2= 54 %, preuves de faible qualité).

Lorsque nous avons comparé les résultats neurologiques à la sortie de l'hôpital (RR 1,12, IC à 95 % 0,65 à 1,93, preuves de faible qualité), le taux de retour de la circulation sanguine spontanée (RCSS) (RR 0,94, IC à 95 % 0,77 à 1.15, preuves de faible qualité) et la survie à un an (RR 0,77, IC à 95 % 0,24 à 2,49, preuves de faible qualité), nous n'avons pas pu exclure la supériorité d'un traitement ou de l'autre.

Les effets indésirables n'étaient pas associés à l'un des traitements.

Notes de traduction : 

Traduction réalisée par Martin Vuillème et révisée par Cochrane France

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